Santé : un contexte saharien éprouvant

Portrait de TOURREILLES Jean-Marc

Le contexte saharien est particulier quant aux premiers gestes que vous pouvez faire pour secourir une personne en danger. Il présente un certain nombre de caractéristiques qui aggravent les conséquences d’un accident.

L’isolement

Il est généralement illusoire de pouvoir disposer de secours rapides. Un groupe réalisant un raid doit par conséquent compter sur ses seules ressources, aussi bien sur le plan matériel que sur le plan de ses connaissances. Si vous disposez de médicaments et de matériels médicaux suffisants (ce qui ne veut pas dire pléthoriques) et d’un médecin habitué aux situations d’urgence, vous êtes évidemment plus à même de répondre à un besoin immédiat de secours.

Un minimum de connaissances médicales de premier niveau et de matériel adapté sont donc indispensables. Mais bien avant cela, il est impératif de ne pas compter sur la chance et d’adopter à tout moment une attitude responsable et prudente propre à éviter au maximum de se retrouver en situation d’urgence.

Si c’est vous qui avez l’accident, êtes-vous sûr que les autres membres du groupe pourront vous sauver ?

La chaleur

Dans le désert, la chaleur peut s’élever au delà de ce que votre corps est habitué à supporter. La déshydratation est le premier danger. Une élévation extrême de température peut aussi entraîner des malaises cardiaques. Les personnes d’un certain âge sont les plus exposées, ainsi que les enfants dont le volume corporel plus faible monte plus vite en température, mais un adulte jeune peut se découvrir une faiblesse cardiaque. Il convient de rester conscient que vous êtes dans le désert en situation inhabituelle, et que votre corps n’a peut-être pas la résistance que vous croyez.

Il ne s’agit pas d’une question de volonté, et il est préférable, si votre corps le refuse, de vous reposer un peu avant de continuer un effort trop important.Votre héroïsme n’aura de toute façon qu’un faible public.

Le soleil

Le soleil dans le Sahara tape dur. Vous êtes aux alentours des tropiques, et l’air très sec ne filtre pas les rayons solaires. Le vent omniprésent vous rafraîchit un peu, mais vous déshydrate et masque la morsure du soleil. Coups de soleils graves et insolations vous menacent, mais aussi ophtalmies et déshydratation.

La mort par la soif est une mort horrible. Ne calculez pas vos réserves d’eau trop chichement. Il est normal de ne pas consommer toute son eau au cours d’une traversée saharienne. Il doit vous rester à l’arrivée au moins 20 % de votre eau, qui correspondent à votre réserve de sécurité.

Le terrain

Le terrain que vous parcourez est accidenté et sollicite autant la mécanique que votre pilotage. Un raid saharien est un long voyage en terrain inconnu et difficile. Vous multipliez donc les risques d’une erreur de conduite fatale. L’accident arrive vite, et même s’il n’aboutit pas immédiatement à des dommages corporels, il peut occasionner plusieurs jours de réparation. Avez-vous de l’eau en quantité suffisante pour rester 3 jours de plus que prévu en plein sable ?

En cas d’accident corporel, le décès des blessés peut survenir quelques heures ou quelques jours plus tard faute de secours suffisants. Il est illusoire d’imaginer ramener vers un hôpital un blessé grave si celui-ci a une hémorragie interne ou s’il est polytraumatisé. Les chocs du transport en tout-terrain, la chaleur dans la voiture et l’absence d’assistance respiratoire auront probablement rapidement raison de lui.

L’accident est interdit, et la responsabilité de l’éviter est collective. Pour éviter le drame, ne jamais perdre son bon sens, toujours rester en deçà de ses possibilités réelles, ne jamais frimer ni mettre la pression sur un débutant, éviter la surenchère virile et imbécile, calmer les esprits chauds.

La faune

La faune n’est guère plus dangereuse dans le Sahara qu’en Europe, où il y a aussi des scorpions, des frelons et des serpents venimeux. Ce qui change, c’est que vous courez plus de risques de les rencontrer dans la pleine nature où vous êtes 24/24 heures, et que vous ne pourrez pas compter sur d’autres secours que ceux dont vous disposez. Il est donc impératif d’éviter les mauvaises rencontres. Quelques règles :

 éviter les endroits trop agréables. Dans l’environnement hostile et sans eau ni nourriture où vous circulez, les endroits que vous trouvez agréables ont toutes les chances d’attirer aussi toutes les espèces animales du coin. Evitez-donc la belle palmeraie ombragée, ou faites très attention, vous n’y êtes sûrement pas seuls.

 évitez les endroits habités. Il y a probablement de l’eau et des animaux domestiques qui attirent tout ce qui bouge alentour.

 évitez les zones lacustres. Serpents et moustiques s’y concentrent au delà du supportable.

 ne dormez pas trop près des herbes, même s’il y a du vent. Les insectes s’y concentrent et attirent les prédateurs

Les autres

Sans sombrer dans la paranoïa, il est prudent d’adopter une attitude circonspecte vis à vis de toute rencontre humaine. Il est d’usage de dire un petit bonjour à ceux que l’on croise dans le désert, pour s’enquérir de leurs besoins éventuels et se renseigner, mais il faut rester prudent dès que le groupe de personnes que vous êtes est en nombre inférieur ou égal à celui que vous rencontrez. En zone frontalière, il n’est pas rare de croiser des contrebandiers qui peuvent trouver dérangeant de croiser des témoins de leur passage, ou envier vos beaux véhicules. En ville, les petits voleurs peuvent démonter vos accessoires, mais aussi informer de votre passage des amis peu recommandables. Vous pouvez ainsi vous faire racketter ou dépouiller, et à pied dans le désert, vous êtes mal partis pour vous en tirer.

Au delà donc des accidents et des problèmes de santé, il convient d’adopter une attitude de prudence générale à l’égard de tout ce qui peut déclencher une situation ingérable.

L’ignorance

On ne devient pas du jour au lendemain un vrai saharien. On ne devient pas non plus un saharien expérimenté si l’on ne survit pas à ses premiers voyages. Les règles de survie dans le Sahara sont simples et sans traîtrise, mais encore faut-il les connaître. Faire ses débuts avec un groupe expérimenté est une mesure de prudence élémentaire. Se trouver des mentors en est une autre pour progresser.

Mais il faudra surtout acquérir des compétences multiples sur des domaines aussi variés que la mécanique, la santé, la navigation, la culture locale, éventuellement la langue, etc. pour pouvoir se considérer un jour comme un vrai baroudeur apte à survivre à l’imprévu.

Une très bonne connaissance de votre matériel est indispensable. Une très bonne compréhension des aspects humains d’un voyage est encore plus importante, car le stress ou l’enthousiasme peuvent conduire des individus par ailleurs parfaitement normaux à des comportements surprenants et potentiellement dangereux.

Une culture médicale de base est indispensable, mais elle ne peut en aucune façon vous autoriser des attitudes dangereuses. Une fois l’accident survenu, le voyage et les vacances sont finies.