Faire ses courses alimentaires avant un raid

Portrait de TOURREILLES Jean-Marc

Quelques jours avant le départ, c’est la course, mais ce sont aussi les courses. Comme l’écureuil avant l’hiver, il faut faire ses réserves.

Ce n’est pas très compliqué, mais il faut tenir compte de quelques contraintes.
- ne rien oublier d’important
- prévoir correctement les quantités
- adapter l’alimentation aux conditions réelles du raid
- allier plaisir et commodité
- transport et poids
- conservation
- traitement des déchets
- aspects culturels et réglementaires

Ne rien oublier d’important

Le "d’important" est important. On ne peut pas tout emmener en voiture, mais il faut toujours être conscient que l’on part en Afrique : ce qui est ordinaire chez les commerçants en Europe ne l’est pas forcément là-bas.

Exemple : les piles. On ne trouve pas tous les formats, et les piles que l’on trouve sont généralement de piètre qualité. De même, ne comptez pas trouver facilement du jambon pour vos sandwiches.

Un cas particulier : les médicaments. Vous avez peu de chance de les trouver sur place. Vous devez donc emmener votre réserve personnelle, sachant que certains supportent mal la chaleur. Un petit frigo est intéressant à prévoir dans ce cas, ne serait-ce qu’une glacière à effet Pelletier, souvent suffisante pour maintenir ces produits fragiles à température normale (moins de 25°) si on a la climatisation dans la voiture. Une autre astuce est le branchement d’un tuyau d’aspirateur ou similaire (tuyau de piscine, par exemple) depuis la climatisation vers une boîte en bois dotée d’une grille d’évacuation. L’air glacé suffira à maintenir une température correcte dans la boîte aux heures les plus chaudes.

En gros, même dans les pays les plus pauvres, vous trouverez assez facilement (je n’ai pas dit "à bon marché", ni "à proximité") :
- des oeufs, du poulet, du mouton et du lait pour les protéines
- du pain, des pâtes et du riz pour les sucres lents
- des légumes et des fruits, mais gare à la "cagagne" (diarrhée)
- du sucre et du thé, parfois du café (mauvais)
- des friandises au goût parfois étrange, généralement hors de prix
- du Coca Cola et du Fanta, génétiquement modifiés car souvent de fabrication locale, et dont la bouteille ne correspond pas forcément au contenu (Pepsi dans des bouteilles de Coca ou l’inverse, par exemple)
- des produits d’entretien et de toilette courants aux parfums d’Orient
- de l’eau, mais seulement dans les villages, et pas forcément potable selon nos critères.

Exemple de choses que vous ne trouverez pas : Slim Fast, PQ, CD réinscriptibles, Fine Napoléon, produits de piscine, huîtres de Marennes... je plaisante. Retenez simplement pour principe que vous ne trouverez que ce que vous trouveriez dans une épicerie de village ardéchois (ou provençal, ou vosgien, ou picard...).

Pour la voiture, vous trouverez facilement de l’huile et du liquide de frein, des réparateurs de pneus, difficilement des batteries, des ampoules, des fusibles ou des courroies de transmission, sauf dans les alentours de chantiers pétroliers. Vous pourrez vous faire livrer des pièces détachées dans la plupart des villes.

Evaluer les quantités

C’est le plus difficile, surtout si on connait pas intimement son co-équipier, qui peut être plus ou moins gros mangeur, plus ou moins difficile sur la nourriture, etc.

On peut essayer une méthode un peu scientifique, qui est de partir de la quantité de calories nécessaires par jour (1500 à 2000 calories, en gros). C’est un peu snob.

On peut calculer en partant de ce que l’on mangerait chez soi, mais c’est approximatif, car on n’aura pas une activité physique et sociale habituelles.

En gros, tout le monde se gourre et emporte trop à manger. Ce qui ressort de mon expérience personnelle, c’est :

  • qu’on mange plutôt moins que d’habitude en voyage, ou plus exactement chaque fois qu’il faut préparer sa tambouille
  • qu’il faut privilégier les paquetages individuels, ça évite de devoir toujours se mettre d’accord avec son co-équipier sur le menu, et ça permet de grignoter à tout moment
  • qu’à midi, quand il fait chaud, on mange léger et frais, plutôt qu’un cassoulet mitonné
  • que le soir, on se caille et on a le temps, et qu’un repas consistant est apprécié : là oui, le cassoulet est apprécié
  • si on fait tente commune, qu’il faut éviter le cassoulet.

Adapter la nourriture aux conditions d’un raid

En raid, on avance. C’est un peu le leitmotiv que vous allez entendre, et cela sous-entend une certaine organisation.

La pause repas du midi va durer entre une demi-heure et une heure maxi en hiver (les jours sont courts), plus longtemps en été (il fait twop chaud pouw twavailler).

Dans les deux cas, il faut de la nourriture tout prête : conserve, laitages, salades de fruit en conserve, etc. On a en général peu faim, on n’a pas envie de tout déballer, et il faut garder du temps pour s’allonger un peu ou faire le point sur la route, recharger les appareils photo, retrouver la scrogneugneu de paires de jumelles, - je t’avais dit de la mettre dans la boîte à gants, - t’as qu’à ranger ton bordel... et les tâches diverses qu’on ne peut faire que de jour et à l’arrêt.

Tout au long de la journée, vous risquez d’avoir soif, surtout dans un véhicule sans climatisation et après les pelletages ("pelletage du matin : chagrin, pelletage du soir : désespoir"). Il faut que les boissons soient accessibles en conduisant, ainsi qu’un peu de grignotis divers genre gateaux secs (sucres lents), éventuellement salés (lutte contre la déshydratation), sans se balader dans toute la bagnole (risque de blessures si projection de cannettes).

J’ai personnellement trois supports de vélo entre les sièges : chacun à un bidon de vélo isotherme pour les boissons froides, dans lequel il met ce qu’il veut et bave tant qu’il veut, et une thermos d’un format adapté en inox, dans laquelle il y a du café chaud (ou du thé).

Les trucs intéressants à emporter : Antésite (quelques gouttes suffisent, et ça désaltère très bien), Ricola, Ricoré pour ceux qui aiment. Évitez les sirops, catastrophiques s’ils se renversent et qui donnent soif. Ce que ça ne gêne pas ont intérêt à emmener de l'aspartam plutôt que du sucre (on en trouve maintenant en grosses boîtes), car même s'il se renverse, il ne colle pas.

Un truc que j’emmène aussi, ça fait marrer, mais c’est très commode : je mélange dans un Tupperware du muesli, du lait en poudre et du Gerlinéa (aliment de régime en poudre). Une ou deux cuillères de ce mélange en poudre avec de l’eau font un repas équilibré, agréable et prêt en 30 secondes.

Pour la tambouille, pensez toujours à la cuisson (économies de gaz : préférez les pâtes cuites en 3 mn aux pâtes normales) et à la vaisselle (en plus d’être pénible, ça consomme beaucoup d’eau). Évitez donc les plats en sauce, les trucs qui collent, et tout ce qui risque de brûler et d’attacher. Préférez une batterie de cuisine recouverte de Teflon.

Allier plaisir et commodité

On fait aujourd’hui des plats tout préparés de qualité très honorable permettant de varier les menus tout en cantonnant la cuisine à un simple réchauffage. Vérifiez simplement deux choses :
- la conservation doit se faire en condition ambiante
- les emballages doivent être légers, robustes et si possible, combustibles.

Un simple riz blanc en sachets individuels évite de se trimballer une passoire encombrante, et peut s’enrichir avec une sauce en sachet au goût de chacun.

Préférez les pâtes et le riz à cuisson rapide (3mn) ; ça économise du gaz et ça facilite la cuisine quand il y a du vent ou qu’il fait très froid.

Les laitages UHT permettent une conservation sans frigo. Préférez les doses indivduelles (il existe par exemple des petites bouteilles de lait de 25 cl).

La charcuterie se conserve bien si elle est bien sèche et à l’abri du soleil : saucisson, jambon cru en bloc désossé se transportent assez bien.

Pensez à emmener un fond alimentaire suffisant, mais aussi à emmener des petits plats permettant de varier les plaisirs, de fêter un événement inattendu (anniversaire, par exemple).

Emmenez aussi de quoi faire les apéros indispensables à la convivialité à la française, mais faites attention à l’alcool suivant les destinations ; ou alors soyez plus malins que les douaniers... je ne vous ai rien dit.

Transport et poids

Cet aspect des choses est peut-être l’un des plus contraignants, avec l’élimination des ordures. Ils sont d’ailleurs assez liés.

L’emballage idéal est cubique, résistant, léger et combustible.

Ranger des boites rondes, ovales, logilignes, en sachet et en boîtes est déjà un cauchemar. Les problèmes se posent cependant moins au début qu’en cours de voyage, quand les stocks commencent à diminuer et que les boites ne sont plus calées. Elles se mettent à se balader dans les caisses, les boites de conserves écrabouillent les chips et les cartons s’usent et se percent. La solution est de remplir les vides avec le linge sale enfermé dans des Ziploc, sachets de congélation à glissière, pour l'odeur et lhygiène, par exemple, et de regrouper chaque fois que possible pour conserver une boîte pleine.

En clair, ça veut dire qu’il faut pouvoir accéder facilement à ses réserves, pour pouvoir les réorganiser... ou nettoyer quand la bouteille de jus de fruit a explosé dans la caisse.

Avant de regarder ce qu’il y a dans les boites, regardez d’abord les emballages.

  • A proscrire absolument : le verre. Lourd et fragile, généralement rond, incombustible et dangereux en cas de bris (dans votre voiture ou sous les pas d’un animal), il cumule tous les défauts. Sa seule qualité ; il résiste très bien à l’abrasion due aux mouvements de caisse (le ragage).
  • Pas terrible : les conserves métalliques. Lourdes, rondes, incombustibles et difficilement destructibles par corrosion dans l’air sec du désert (comptez au minimum 12 ans de vie après votre passage en Tunisie, 100 ans  dans le sud loin de la mer), elles sont par contre très solides et hygiéniques. Préférez les systèmes à ouverture par tirette, plus commodes et moins dangereux (bords moins coupants du couvercle). Incontournable pour certains aliments : sardines à l’huile, certains jambons, thon, cassoulet( !) et plats mitonnés, cannettes. Mais on trouve de plus en plus d’emballages plastiques. Un conseil: Ikéa vend (vendait?) un ouvre-boîte qui replie le bord à coupant à l'ouverture, évitant ainsi les blessures.
  • Moyen à bien : les sachets plastiques. Tout dépend de ce qu’ils contiennent : sous vide, ils sont très résistants (mais protègent mal ce qu’ils contiennent, qui peut se retouver écrasé), aluminisés, ils brûlent mal, classiques, ils gonflent à la chaleur et prennent de la place. Les Ziploc sont excellents en termes de solidité (en tout cas les vrais Ziploc) et leur fermeture est fiable. Ils permettent de transvaser et de regrouper des choses commodément. En prenant soin de bien vider l’air qu’ils contiennent en les refermant, ils permettent de compresser leur contenu et de gagner de la place.
  • Bien : le plastique. "Bien" seulement, car les emballages plastiques sont souvent dotés d’un opercule en aluminium qui ne brûle pas, ou mal, et qui peut être fragile (attention aux angles qui peuvent facilement perforer le couvercle). Les formes sont souvent variées, ce qui peut causer des problèmes de rangement. En revanche, le plastique est résistant, hygiénique, léger et combustible (d’accord, ça pue).
  • Très bien : le carton. Cubique, solide (beaucoup plus qu’on croit), hygiénique s’il est plastifié ou parafiné, léger, combustible. Il a pour seul défaut d’être parfois sans système de fermeture (mais pour les liquides, il y a de plus en plus souvent un petit bouchon plastique).

Conservation

Il va faire chaud dans votre voiture, et ce pendant plusieurs semaines. Il est donc hors de question d’emmener du périssable au-delà de quelques jours, même avec un frigo, qui peut toujours tomber en panne.

Préférez les aliments secs, lyophilisés ou en boite étanche et à conservation à température ambiante. Le procédé UHT permet de conserver six mois du lait, par exemple. En fait, il est inutile de s’offrir des trucs hors de prix pour haute montagne, de plus en plus d’aliments ordinaires sont emballés de manière très robuste et se conservent fort bien, même à la chaleur.

La conservation passe par l’intégrité de l’emballage. Sa solidité mécanique est donc très liée à sa conservation biologique. Une boite de conserve est quasi indestructible, un sachet percé ne conserve plus rien (et coule, avec un peu de malchance).

Des petits emballages résistent mieux que des gros, leur épaisseur et leur résistance sont proportionnellement plus importantes. De plus, ils correspondent souvent mieux à nos besoins de rangement et de consommation.

Traitement des déchets

"Tout doit disparaitre" doit être votre leitmotiv. "Disparaitre" ne veut pas dire "cacher". Le trou où l’on jette ses boites de sardines finit toujours par devenir un tas d’ordure, les immondices, moins denses que le sable, remontant à la surface.

Il n’y a pas 36 solutions : on brûle, ou on emporte. Ce qu’on emporte risque de sentir si les résidus alimentaires sont gras, les autres ordures sentent peu une fois sèches. Un sac de plastique bien fermé suffit généralement. L’idéal, c’est d’accrocher ça sur la galerie ou dans la benne du pick-up (mais je refuse de transporter les merdes de tout le groupe !).

On peut brûler d’abord, puis emporter les résidus non brûlés : boites de conserves, bouchon métaliiques, feuilles d’alu...

Laissez le désert dans l’état où vous auriez aimé le trouver en arrivant, et ne prenez pas prétexte que les locaux se comportent comme des porcs pour faire comme eux.

Les fumeurs : ne jetez pas vos paquets de clopes par la fenêtre, ni vos mégots s’ils ont des bouts-filtres, c’est dégueulasse et ça met un temps fou à disparaitre.

Aspects culturels et réglementaires

Il n’est un secret pour personne que les musulmans ne boivent, en principe, pas d’alcool, ni ne mangent de porc. Ce n’est pas parce que tous les musulmans ne sont pas pratiquants, ou qu’il existe des tolérances dans certains pays, qu’il n’existe pas, à un niveau individuel, des réticences, voire un certain dégoût. Ce n’est donc pas la peine de frimer devant le guide ou de le mettre en boîte en vous empiffrant de saucisses dégoulinantes de gras.

Certains pays interdisent l’importation d’alcool. Ce faisant, vous prenez autant de risques que si vous passiez nos frontières avec du haschich dans la voiture. Vous êtes prévenu, vous prenez vos responsabilités, mais pensez aussi aux autres membres du groupes qui peuvent ne pas apprécier ces risques, pour leur propre sécurité. En cas de désaccord, passez la frontière séparément.

Le repas étant un élément important de la convivialité pour beaucoup d’Européens (français, mais aussi belges, italiens, espagnols...), il est intéressant de prévoir vos achats de manière à permettre des repas en commun, même si vous ne partagez pas les plats. Ceci n’est pourtant pas une habitude pour les allemands, par exemple. Si vous voyagez en groupe de plusieurs nationalités, il faut tenir compte de cet aspect des choses. Inutile d’emmener trop de biscuits apéritifs si vous partez avec des allemands, donc.

Dans tous les cas, les repas qui s’éternisent le soir peuvent déranger les gens fatigués ou simplement couche-tôt, d’autant que les tentes n’offrent aucune isolation phonique. Ce n’est donc pas nécessaire de se beurrer tous les soirs en chantant des chansons cochonnes, ça risque de nuire à l’ambiance plus qu’autre chose.

Inversement, les lève-tôt doivent essayer de prévoir les moyens de préparer leur petit déjeuner sans réveiller tout le monde : utiliser du Nescafé le matin plutôt qu’une cafetière métalique bruyante, par exemple. A midi, offrez-vous un super bon café si vous en avez envie.

Dernier point : si vous devez nourrir votre guide local (c’est en principe la règle), sachez qu’en général, les Touaregs aiment le riz, les pâtes, les sardines à l’huile et le sucre. Ils ont souvent une certaine défiance pour notre alimentation, surtout s’ils sont très pratiquants.

Bon appétit !