Le traitement de l’eau non potable

Portrait de TOURREILLES Jean-Marc

Le traitement de l’eau de boisson pose un problème à partir du moment où l’on part pour plusieurs semaines ou plusieurs mois. En effet, il n’est plus question d’emmener sa réserve d’eau potable, et il va falloir traiter l’eau que l’on va trouver sur place.

L'eau est le premier vecteur de maladies, et son rôle dans les grandes épidémies comme le cholera est connu. En terme de santé publique, l’assainissement de l’eau est la priorité des gouvernements responsables.

En Afrique s’ajoute à un sous-équipement certain en matière de traitement de l’eau des facteurs aggravants comme la température ambiante et les concentrations de populations humaines et animales, domestiques ou non, autour des points d’eau. En effet, on sait le rôle de certains animaux comme le rat ou le singe dans la transmission de certaines pathologies à l’homme.

Quels sont les risques ?

En dehors du risque de mauvaise rencontre avec un carnivore assoiffé ou un serpent, l’eau elle-même doit être considérée comme un poison à partir du moment où elle n’a pas une origine fiable. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’une guelta [1] puante n’offre pas de garanties d’hygiène. Mais bon, si on n’a que ça, c’est mieux que de mourir de soif.

Les risques encourus sont d’attraper une gastroentérite, qui va vous déglinguer pendant plusieurs jours, mais aussi des maladies plus graves comme l’hépatite, la salmonellose, la listeriose, la legionellose et autres cochonneries en -ose. Ces maladies sont impossibles à soigner au cours d’un raid et exigent un retour rapide vers un hôpital.

Mieux vaut donc prendre ses précautions.

Principes de traitement de l’eau

Le processus de traitement d’une eau immonde se fait en plusieurs étapes :

  • filtration sommaire pour retirer les débris végétaux, les plus grosses bactéries (certaines se voient à l’oeil nu), les invertébrés ou mollusques (dont certains comme les planorbes [2] jouent un rôle dans la reproduction de la bilharzie [3]) et autres choses peu ragoûtantes
  • filtration fine pour retirer la plupart des bactéries, à l’aide de filtres en céramique comme les filtres Katadyn, très utilisés par nos voisins allemands, ou de filtres osmotiques.
  • traitement chimique de l’eau à l’aide de produits chlorés (un peu d’eau de Javel est un excellent désinfectant, et il n’est pas nécessaire d’en mettre beaucoup et de se brûler les muqueuses) ou à base de nitrate d’argent (Micropur).Il reste aussi la bonne vieille solution de l’ébullition pendant au moins 10 minutes, mais c’est un peu difficile à faire pour un certain volume d’eau.

En pratique

La première filtration peut être faite avec un simple ligne ou un Sopalin. Le but est surtout d’éviter de boucher trop vite le filtre fin qui vient ensuite. Il vous faut donc un grand entonnoir, ou un tamis de maçon (propre) sur lequel vous tendez votre linge en coton. Il vous faut aussi un premier récipient que nous allons qualifier de "sale", puisqu’il contient de l’eau sale. Lui-même doit être raisonnablement propre. N’ajoutez pas des résidus d’engrais ou de gasoil à une eau déjà craignos, et n’oubliez pas que les résidus chimiques sont les plus difficiles à retirer avec les virus.

Pour remplir votre filtre, il faut un seau et la plupart du temps une corde assez longue sera indispensable, soit parce que les abords sont boueux, soit parce que vous devez chercher l’eau au fond d’un puits. Une corde de 40 mètres peut être nécessaire, mais il n’est pas nécessaire qu’elle soit très grosse (une corde en nylon de 8 mm suffit largement, et avec des gants est tout à fait utilisable sans se couper les doigts). Quant au seau, un modèle en toile est excellent, car pliable.

Ensuite, nous allons filtrer cette eau beaucoup plus soigneusement, soit avec un filtre céramique, soit avec un filtre osmotique.

Les deux reviennent un peu au même : un filtre céramique ou une membrane osmotique filtrent très finement l’eau, tellement finement qu’il ne reste pas de saloperies ou de bactéries. C’est pas mal, mais ça finit par se colmater (moins vite qu’on pense, mais quand même...) et pour le cas des filtres osmotiques, ça consomme en gros 4 litres d’eau pour fournir un litre (les 3 litres de plus servent à nettoyer la membrane).

Un traitement complémentaire antivirus parait souhaitable (un virus, c’est vraiment petit). On va utiliser le Micropur dernière génération, ce n’est pas garanti, mais c’est mieux que rien.

Vous voyez, il n’y a pas pas de solution miracle. Le filtre Katadyn permet de pomper de l’eau au fond des WC et de boire direct, ça peut être utile pour se dépanner dans certains cas, mais il faut quand même essayer de boire de temps en temps de l’eau un peu plus propre, quitte à la faire bouillir. De plus, certains passagers peuvent être particulièrement sensibles à la qualité de l’eau de boisson (enfants, personnes déjà malades ou très fatiguées, personnes sujettes aux coliques néphrétiques, etc.). Pour cela, pas d’autre solution que d’emmener de l’eau en quantité suffisante, et de cantonner l’eau de récupération à la toilette et à la vaisselle (encore que pour la vaisselle...).

Le nitrate d’argent contenu dans le Micropur n’est peut-être pas anodin à long terme. Varier ses poisons parait indispensable, ne serait-ce que lorsqu’on a la chance de tomber sur une eau un peu plus propre. On peut alors se contenter d’un peu de permanganate de potassium (vous aurez l’impression de boire du vin !) ou de Javel (berk). Le mieux est de faire bouillir l’eau 10 minutes, mais attention à votre réserve de gaz.

Ne soyez pas non plus paranoïaque. Une eau de ville ou de source, si elle est claire, sans odeur et sans saveur offre déjà certaines garanties. N’oubliez pas qu’en ce qui concerne la réglementation en France sur l’eau potable, nous sommes très laxistes. Pour faire court, je dirai qu’en gros, on vérifiait surtout jusqu'à une date récente la présence d’escherichia coli, germe indicateur de traces d’excréments, et point barre. Il a fallu les récentes infections épidémiques à la listeria et à la legionella pour se préoccuper un peu plus de la qualité de l’eau de boisson en France. Mais la grosse différence, c’est que nous disposons en France d’équipements performants comme les dispositifs de traitement par ozone et de mesures permanente de la qualité de l’eau, qui permettent si besoin est de donner un coup de fouet à la désinfection.

En fin de compte, il convient d’être prudent sans se gâcher la vie. Il y a des millions de gens qui boivent tous les jours une eau que nous qualifirions de "limite", et qui n’en meurrent pas. On s’habitue à beaucoup de choses et nos organismes européens sont probablement insuffisamment habitués à la lutte microbienne, et surtout très inégaux dans leur résistance à l’infection.

Au moindre doute, il vaut mieux recourir au Micropur que d’attraper un cholera, une collibacilose ou tout simplement une bonne colique. Aucune des solutions proposées n’offre les garanties d’un traitement industriel de l’eau, mais elle peuvent vous éviter des soucis de santé tout à fait inutiles.

 

Voir aussi cet article en anglais sur les filtres et purificateurs d’eau potable.
Notes

[1] mare ou réserve d’eau creusée dans la roche

[2] petits escargots d’eau douce à coquille plate

[3] ver à l’origine de la bilharziose, parasitant le système veineux et provoquant des hématuries, c’est-à-dire du sang dans les urines