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Bien manger en plein désert


Portrait de TOURREILLES Jean-Marc

By TOURREILLES Jea...- Posté le 19 août 2008

Le raid est une discipline fatigante. Un bon repas le soir est toujours bienvenu, pour peu que la journée ait été riche en sensations ou en exercices physiques. Comment s’organiser pour bien manger sans s’embêter ?

La qualité de vos repas est une affaire de goût, mais pas seulement. Au delà des préférences et des aversions personnelles, un bon repas est apprécié grâce à :

  • des aliments bien choisis
  • une préparation culinaire rapide et confortable
  • une bonne installation pour manger
  • une vaisselle et un traitement des déchets corrects

C’est donc d’abord une question d’organisation.

Le choix des approvisionnements

Lors de vos achats, inspirez-vous de ces quelques règles :

  • Préférez les aliments faciles à préparer. La grande cuisine, ça demande du matériel, du temps, et surtout des consommables (eau, gaz, en particulier). Un principe de départ est d’essayer d’être à table en moins de 10 mn. La cuissson doit être proscrite au maximum, car lorsqu’il fait froid et qu’il y a du vent, elle peut être très longue et très coûteuse en gaz : vous devez pouvoir vous contenter d’un réchauffage. Pour les pâtes et le riz, préférez les précuits : on trouve couramment des pâtes et du riz cuits en 3 mn.
  • Variez vos menus. Inutile de prévoir à l’avance ce que vous allez manger chaque jour, vous n’en savez rien. Par contre arrangez-vous pour pouvoir faire des fantaisies. N’ajoutez pas à l’uniformité des paysages l’uniformité de la pitance !
  • Emmenez des sauces et des condiments. C’est la façon la plus simple de faire varier vos plats tout en utilisant une base commune. Un simple plat de pâtes peut ainsi varier suivant les jours ou les goûts individuels.
  • Essayez de prévoir des doses individuelles. Cela vous évitera de devoir tous les soirs vous mettre d’accord avec votre partenaire, qui n’a pas forcément les mêmes goûts que vous, ni la même faim que vous. Il n'est pas nécessaire d'acheter des produits déhydratés hors de prix, on trouve aujourd'hui des conditionnement à la fois robustes, peu encombrants et combustibles pour des produits dont on est sûr qu'ils ont une chance de plaire, car ce n'est pas toujours le cas des rations d'alpinistes ou de militaires.

Préparation des repas

Les difficultés que vous allez rencontrer sont les suivantes :

  • Le vent. Il y a toujours du vent au Sahara, de force 4 ou 5. Il n’est donc pas évident de réchauffer un plat sur un réchaud à gaz. Celui-ci doit être bien protégé.
  • Les problèmes de place. Votre kitchenette doit être à poste, pour éviter les mises en place et les rangements fastidieux (rappelez-vous qu’on mange trois fois par jour, et que certains aiment bien s’offrir en plus un petit café de temps en temps). Une solution élégante est une caisse ou une cantine posée sur le côté de telle manière que le couvercle s’ouvre en formant une tablette. Tout ce qui est fragile doit être calé, et les choses rangées si possible sur un seul niveau de profondeur, pour éviter de devoir sortir cinquante choses pour atteindre ce qui est au fond, que vous ne saurez pas où poser.
  • L’obscurité. Prévoyez un éclairage pour faire la cuisine, de telle manière qu’il ne fasse pas d’ombres, qu’il éclaire le fond de la casserole et le point de remplissage d’eau. Ce faisant, faites attention de ne pas éclairer trop : il peut être indispensable de rester discret lors de certains bivouacs [1]. Une lampe frontale est une bonne solution, surtout les derniers modèles à diodes blanches, dont l’autonomie est extraordinaire. Vous pouvez tabler au bas mot sur une semaine d’éclairage continu avec un jeu de deux piles bâton. Pour les éclairages de type plafonnier, pensez à son rendement : un tube fluo éclaire mieux pour une consommation moindre. Vous pouvez ainsi prévoir deux tubes latéraux, pour éviter les ombres, sans "descendre" votre batterie. Il paraitrait que des éclairages de couleur orange attirent moins les moustiques.
  • Le réchaud. Faites simple : un brûleur unique de taille plutôt petite (meilleur rendement sur les récipients individuels), vissé sur une bonbonne de gaz de 5 kg, et vous êtes tranquille pour un mois. La bouteille peut éventuellement être rechargée sur place, ce qui n’est pas le cas des systèmes à cartouche jetable. Les réchauds à essence sont d’un maniement délicat et peuvent être dangereux. Ils donnent en plus une forte odeur de carburant à la nourriture s’ils sont mal réglés, et sont hors de prix. Soignez la protection contre le vent : le plus efficace est une grille très fine en deux ou trois épaisseurs, de façon à faire un écran semi-perméable à l’air, ce qui facilite la ventilation et réduit les turbulences.
  • La casse et le ragage. Calez tout systématiquement. 200 ou 300 kilomètres de tout-terrain chaque jour mettent à rude épreuve tout ce qui peut bouger, a fortiori les ustensiles de cuisines aux formes difficiles à ranger. Le sable qui s’insinue partout accélère l’usure des objets les uns contre les autres, et les revêtement Teflon bien commodes sont souvent altérés rapidement : mettez toujours une serviette en papier entre chaque casserole, bloquez tout, surtout si c’est fragile ou lourd. Surveillez le serrage de votre bouteille de gaz, qui risque de se dévisser avec les vibrations, ce qui veut dire fuites et danger d’explosion.

Le repas

Le repas du soir est l’occasion de se retrouver et de commenter la journée avec les copains. C’est aussi le moment d’annoncer le programme du lendemain et de raconter des histoires cochonnes. Tout ceci milite pour réunir une grande tablée, en agençant les tables côte à côte, et impose qu’elles aient toutes à peu près la même hauteur, et que tout le monde ait des chaises correctes et un éclairage suffisant (de préférence individuel et frontal dans les zones à risque). Si vous vous retrouver 30 cm plus bas que les autres sur votre table-mallette à sièges incorporés, ça ne va pas être commode.

De plus, de bons sièges stables et confortables sont bien agréables pour se détendre, pour peu qu’on ait eu une journée un peu difficile. Choisissez-les légers, peu encombrants une fois pliés et si possible avec des accoudoirs, c’est mieux pour bouquiner, mais ce n’est pas indispensable. Par contre, proscrivez tout montage fragile, le sable étant mou, votre siège va se tortiller et finir par casser. Choissisez aussi des trucs montés et démontés en quelques secondes, sous peine de craquer rapidement.

Arrangez-vous pour que les chaises soient accessibles rapidement, de façon à pouvoir éventuellement vous asseoir durant la souvent courte pause de midi (mais en été, la coupure de midi peut être longue). Si vous les rangez dans la tente de toit, vous ne pourrez pas les sortir avant d’avoir ouvert la tente. C’est à vous de voir si c’est un problème, mais sachez que le sable est chaud à midi, et qu’il fait plus frais assis dans votre siège que sur le sol.

La table doit être légère et vite montée et démontée. Une table en rouleau peut être intéressante dans certains véhicules, mais n’est pas indispensable si vous avez une tente de toit : posée à plat, elle ne prend pas de place.

Pensez absolument à boucher tous les trous et fentes de vos sièges et table au mastic silicone, sous peine de remplir votre véhicule de sable à chaque chargement. Fixez aussi tout ce qui peut s’envoler (les dossiers en tissu enfilés sur les tubes, en particulier), par exemple à l’aide d’un petit rivet pop, sinon, ça s’envolera tôt ou tard. Idem pour les goupilles ou les petits câbles, assurez-les pour ne pas les perdre.

Pour la vaisselle, préférez les assiettes en carton, quitte à les clipper avec des pinces à linge dans une assiette en plastique assez lourde pour ne pas s’envoler au vent. Après le repas, vous les jetterez au feu.

Par contre, les verres en plastiques vont se retrouver écrabouillés tôt ou tard ; préférez un quart en inox à double paroi, pour conserver le froid et le chaud un peu plus longtemps. C’est une bonne dépense. Des verres en Duralex genre cantine sont suffisamment robustes s’il ne ballotent pas.

Pour les couverts, prenez du classique en métal, les machins en plstique sont gonflants et les couverts de camping malcommodes.

Pensez aussi à prendre quelques accessoires de cuisine, en particulier une langue en caoutchouc pour enlever le plus gros des restes avant la vaisselle, une spatule, une louche et une écumoire qui tiendra souvent lieu de passoire. Il existe des couverts de cuisine en plastique très robustes et n’abîmant pas le Teflon. Pensez aussi au manche amovible des casseroles et à l’allume-gaz, on le perd moins que les briquets, et c’est plus commode lorsqu’il y a du vent (et en plus, on ne se brûle pas les doigts). D’accord, ça fait pas Indiana Jones...

Prenez une batterie de cuisine simple, traitée au Teflon pour ne pas avoir à récurer. Arrangez-vous pour trouver une bassine en plastique de petit modèle dans laquelle elle s’enquille parfaitement, ça fera un gain de place et une protection plus intéressante qu’une housse.

Emportez aussi un peu de liquide vaisselle (un bidon petit modèle suffit), deux éponges et beaucoup de Sopalin ou mieux encore des serviettes en papier en paquets carrés faciles à ranger, ça sert à tout, aussi bien à enlever le plus gros, à essuyer, à caler, à protéger, à se moucher, à se...

Le traitement des déchets

Vous avez bien mangé, bien bu. Il est bien sûr hors de question de laisser vos détritus sur place.

Le matin, ravivez le feu, ou faites-en un nouveau, en prenant garde à la direction du vent. Rassemblez tous vos détritus et brûlez-les, combustibles comme non combustibles, afin de carboniser les restes d’aliments dans les boites de conserve. Eventuellement, aidez la combustion complète avec un verre de gasoil (pas d’essence !).

Ecartez tout ce qui ne brûle pas, et laissez-le refroidir, puis compactez les boites de métal à coups de pelles ou de cailloux. Ne les enterrez pas, mais emportez-les, vous les jetterez au prochain village. Même si le traitement des déchets est discutable en Afrique, il n’est pas nécessaire de pourrir ce qui ne l’est pas encore, et mieux vaut concentrer les ordures sur les lieux d’habitation et éviter la dispersion.

Si l’un d’entre vous à un pick-up, ou une galerie, confiez-lui le transport de la poubelle, afin de ne pas enboucaner les habitacles, même si la combustion et la sécheresse limitent les odeurs. En contrepartie, ne lui filez pas des ordures de poisson dégoulinante de jus, et pensez à faire un sac bien fermé.

Pour limiter la corvée de traitement des ordures, privilégiez toujours lors de vos achats des emballages carton ou plastique, en tout cas combustibles (l’aluminium fin est combustible dans un bon feu).

Dernière remarque aux fumeurs : les mégôts, ça reste longtemps dans le désert, alors jetez-les dans le feu, ou dans votre cendrier.

 

Notes

[1] Rappelez-vous qu’une simple cigarette est visible à près de 10 km dans le désert, alors imaginez ce qu’un son et lumière peut être visible au loin en éclairant les dunes.

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