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Mauritanie & Mali - Décembre 2004 / Janvier 2005


Portrait de TOURREILLES Jean-Marc

By TOURREILLES Jea...- Posté le 26 août 2008

 Sète -> Algéciras -> Marakech -> Laayoun -> Nouadhibou -> Nouakchott -> Timbédra ->Nara -> Ségou -> Djenné -> Mopti -> Pays Dogon -> Hombori -> Tombouctou -> Néma -> Kiffa -> Tidjikja -> Atar et retour ( 13500 km )

Texte de Rafaelle et Christian Janvier

 

 

1 Le voyage

Nous avons mis 6 jours pour descendre jusqu’à la frontière mauritanienne. C’est un peu long, mais cette succession presque sans transition de paysages, de modes de vie, d’ambiances différentes est assez fascinante : l’Espagne hivernale, propre et rangée, au réseau routier « occidental », puis le nord du Maroc, plus contrasté avec de grandes villes modernes, des centres commerciaux, mais aussi des villages plus traditionnels avec les carrioles, les ânes, les boutiques, les femmes voilées... la montagne ensuite, plus sauvage, le désert enfin, qui pointe son nez, la circulation qui se raréfie, le climat qui annonce l’Afrique, et enfin l’Atlantique avec ses falaises et ses plages qui se succèdent à l’infini, la mer majestueuse, puissante, inquiétante...

Peu soucieux de continuer à rouler comme des robots nous avons piqué directement vers le banc d’Arguin. La piste qui part de la baie du Lévrier semble de moins en moins utilisée, ou alors, comme d’hab, on avait le nez en l’air et on est passé trop vers la côte. Puit de Morzouba, ça c’est sûr, puis bord de mer là où le désert se confond avec des sebkhas et avec la plage. Mou par endroits.

Nuit de Noël dans les dunes de l’Azefal. Enfin le calme et la tranquillité du désert. Nouamghar. Les gardes du PNBA qui lisent Camus et Gide. Marée descendante, pneus légèrement dégonflés... 170 km de plaisir pur, la voiture plane sur le sable mouillé à la limite des vagues, grandes gerbes d’écumes, banc d’oiseaux qui décollent au ras du capot...

Et puis baignade, un jour de Noël, ça ne se refuse pas.

Arrivée sur Nouakchott, sortie au marché au poisson, petite ruelle juste à gauche de la grande halle. Deux jours chez Olivia à l’auberge Ménata en plein centre de Nouakchott. Très sympa. Faune diverse : voyageurs, habitués de l’Afrique, descendeurs de caisses, quatre quatreux lookés Paris Dakar... de tout pour faire un monde. Peugeots, Land Rover, japonaises, combi VW, coupé Mercedes... au moins dix nationalités ( et un catalan ).

Route de l’Espoir. Succession de contrôles policiers ( sympa, mais bon, la moyenne !) et de bleds tous plus quelconques les uns que les autres. Vraiment la zone... mais on peut trouver ça exotique. Paysages assez grandioses à partir de la passe de Djouk. Après Ayoun, on pénètre dans une savane arborée plutôt sympathique mais un peu platounette. Sortie pas très officielle ( trouvé la douane, mais pas la police, donc, pas de tampon ) par une piste non marquée sur la carte : Timbédra Nara. Piste de savane fatigante qui traverse de vastes étendues plates, mélange de reg et de prairie... Temps brumeux avec beaucoup de vent. Les derniers villages mauritaniens sont d’une tristesse à mourir... Des cubes en béton, épars sur de grands espaces désolés, végétation rabougrie, herbe brûlée par le soleil... des êtres vivants apparaissent et disparaissent dans la poussière... comment peut on vivre là ?

Le lendemain, ça va mieux, temps plus clair, premiers villages maliens, des enclos, des maisons rondes aux toits pointus, des ruelles sableuses entre les « fermes »...jolies couleurs, une sorte d’urbanisme plus humain. De plus en plus de villages qu’il faut traverser par des chemins étroits, des petites places abrités des rayons du soleil par de grands arbres, des espaces couverts pour se reposer, des gens souriants... Puis Sokolo, d’un coup, le canal du Sahel, de l’eau, du monde, des couleurs, plein de gosses, des femmes qui lavent le linge, des arbres magnifiques, des ruelles ombrées... soleil de fin d’après midi, douce poussière qui gomme les angles... On roule sur des digues, dans une grande plaine fertile et c’est la rencontre avec le fleuve. Un grand fleuve, normal, large, puissant qui ne se rend même pas compte qu’il coule en plein désert.

Ségou : grande ville au bord du fleuve, circulation intense, foule bruyante, commerces... et terrasse de café avec une bonne bière. De là nous sommes remontés au nord est par la route en visitant Djenné et Mopti.

Même ambiance de vie intense, du bruit, des couleurs, des odeurs, du monde partout... et à quelques kilomètres, dans la campagne, entourés de terres cultivées et de jardins, des petits villages à l’écart du monde qui ne doivent pas avoir changé depuis deux mille ans.

 

Djenné, haut lieu touristique, visite obligée... mosquée impressionnante, belle ambiance, mais rien de génial.

Mopti , le port des pirogues, un condensé d’Afrique sur quelques centaines de mètres carrés.

De Mopti, direction le pays Dogon. Petite piste à la sortie de Bandiagara qui permet d’atteindre la falaise en 20 km et ensuite, en bas, de serpenter au pied des fameux villages, dans une sorte d’oued, bordé de grands arbres.

Le premier, on a failli le manquer tellement il était fondu dans les éboulis. Après, c’est vraiment fantastique, les villages sont de toute beauté, certains commencent au bord même de la piste et s’étalent en montant dans la pente, d’autres sont carrément nichés plus haut, sous de grands à pics ( dans le style pueblos mexicains ), ou même sur des replats à mi hauteur. C’est très touristique mais c’est quelque chose de vraiment à part et de très beau.

La piste rejoint le goudron à la sortie est de Douentza.

On avait comme idée de chercher les éléphants du Gourma, qui se déplacent en fonction de la saison des pluies, entre la boucle du Niger et le Burkina. Il s’agit du dernier troupeau d’éléphants sahéliens ( environ 320 bêtes, plus de 500, il y a 20 ans ). Je m’étais pas mal renseigné avant de partir, car c’était un de mes rêves : voir un éléphant sauvage, en liberté, hors de toute organisation.

En fait je crois qu’on les trouve facilement près des mares qui sont nombreuses dans le coin. Les bergers savent tous, évidemment, où se trouvent les points d’eau pour abreuver leurs troupeaux. Impression merveilleuse de voir cette énorme bestiole émerger de la forêt, puis se diriger pas à pas vers son trou d’eau habituel, maître des lieux, indifférent, superbe... Grand moment d’émotion donc.

Un petit tour vers Hombori puis retour par le nord d’un petit massif qui borde la route avant de revenir sur Douentza.

Grande piste ( bonne tôle ondulée ) toute droite, plein nord, vers Tombouctou. La route s’arrête, connement, sans prévenir , au bord d’une immense étendue d’eau, comme une sorte de lac, avec de vagues îles, en face, dont on distingue à peine les contours. Toujours aussi impressionnant. Traversée avec le premier bac du matin et visite rapide de la ville, qui retourne lentement à la poussière : mythique mais pas terrible, comme tout le monde le dit.

Pour retourner en Mauritanie, nous sommes reparti plein ouest par Goundam, Niafounké ( une bière chez Ali Farka Touré ) puis Léré. Savane arborée un peu triste... et non ambiance lacustre, comme prévu... la sécheresse a définitivement tari les lacs... d’anciennes palmeraies sont partout en train de mourir, c’est plutôt le désastre. Il faut dire que depuis le début nous sommes accompagnés par du vent et de la brume qui gâchent un peu les paysages. Entrée en Mauritanie par Fassala et Bassikonou. Piste à camion pas vraiment cool.

Route de l’espoir dans l’autre sens jusqu’à la passe de Djouk puis coup de volant à droite pour aller traîner sur l’itinéraire indiqué par Cyril Ribas ( Sources et Gueltas ) Très belle guelta d’En Guinar, hors piste hasardeux dans les zones chaotiques qui s’étendent en bas du plateau du Tagant. Montagne, oueds, forêts, et ergs ( petites dunes molles et difficiles ). C’est calme, c’est beau, ça change de la savane et de la grande piste. Vu une bande de singes : impressionnant l’immédiat sentiment de proximité que l’on ressent avec ces animaux.

Après Moudjéria nous avons fait un tour dans la vallée qui part de N’Beika : c’était de toute beauté, entièrement inondé, avec des pâturages, de superbes arbres ( acacia du Nil ?), des troupeaux d’ânes qui paissaient tranquillement les quatre pattes dans l’eau. Un petit coté Irlande. Surtout avec notre soleil voilé habituel.

On voulait rejoindre Atar par Ksar el Barka mais on a loupé la piste et donc, on est remonté par la route jusqu’à Tidjikja puis par la piste classique : Rachid, Taoujafet, Ain Sefra... La traversée du Khatt a été délicate : vent violent, visibilité réduite, nos propres traces s’effaçaient presque immédiatement et on ne savait pas exactement où passer. Plus au nord, nous avons abandonné l’itinéraire normal au moment où la piste actuelle se sépare de celle qui est indiquée sur les cartes IGN. Cette dernière nous a menée jusqu’à la palmeraie de El Meïga où nous avons bifurqué à gauche vers Tenouamend. Ca nous a permis de rejoindre directement Timinit puis Faraoun, Maaden et l’oued El Abiod.

 

Je reste un inconditionnel de ce coin : à chaque fois, je trouve ça éclatant de pouvoir circuler dans ces fonds d’oueds, au milieu de la montagne. Longues ondulations de sable éblouissant bordées de grands arbres verts, de palmiers et de jardins, murs de dunes qui semblent boucher le passage, entre lesquels il faut se faufiler.

A Atar on a fait la fiesta avec des copains qui sont là bas et puis on a repris la route vers Choum. Deux jours de piste au sud de la voie ferrée, droit sur l’océan. Bou Lanouar, gros bordel avec les travaux de la nouvelle route qui part vers Nouakchott plein sud. Frontière et retour à la maison ( on avait prévu de faire quelques excursions pour agrémenter le trajet, mais vu l’état des lames de ressort, on a fait simple et direct ) Juste une mention particulière pour notre arrêt à Grenade et notre visite de l’Alhambra. C’est quand même extraordinaire. Pas de rapport avec le désert bien sûr, bien que ce soit les Maures aussi... Enfin, Tombouctou, à coté, c’est qu’un vieux tas de sable sale.

2 Etats d’âmes

Il y a des gens qui croient qu’on voyage avec un Land Rover, un intercooler ou un compresseur... Pour ma part, je pense qu’on voyage d’abord dans sa tête, avec des états d’âmes. De ce point de vue, pour nous, ce périple a été assez terrible. On peut, sans dommage, traverser le désert, ce que nous faisons plus habituellement. Même si on traverse des villes, même si on rencontre les habitants des contrées visitées, cela reste marginal. L’essentiel se déroule dans la solitude, dans le vide minéral, dans l’infini des plaines, dans le silence des soirs étoilés. Pas forcément sans dommage, le face à face avec soi même peut être, lui aussi, terrifiant, mais ça reste un problème personnel.

Cette année, l’humanité, nous a un peu sauté à la gueule.

Des routes, des villes, des ports, des banlieues, des villages, du monde sans cesse, une humanité bruyante, exigeante, qu’on ne peut pas éviter, qui crève la faim, qui a froid, qui a chaud, qui cherche du travail, qui vit dans des cabanes ou des bidonvilles, qui fait des enfants, des enfants qui meurent, de maladie, de malnutrition... Nouadhibou, Nouakchott, les villes sur la route vers l’est, Néma, Ségou, Mopti, Djenné... c’est exotique, folklorique, touristique... on peut traverser, admirer, photographier, se remplir la tête d’images parfois très belles, de gags désopilants... Mais au bord de la route il y a les campagnes contre l’excision ou contre le Sida, ... il y a les yeux des enfants, les mendiants estropiés, les femmes qui se battent pour vendre trois tomates, les ouvriers qui cherchent du travail à la journée pour manger le soir même... On peut rouler sans les voir, après tout, on est en vacances, on peut se réfugier dans leurs si beaux villages, pour ne pas voir la crasse des villes, les égouts à ciel ouvert, les cadavres d’animaux, les tas d’ordures. Ils sont beaux les villages, entourés de leurs lopins de terre cultivés...sauf que ça produit pas assez pour nourrir tout le monde, sauf que une année sur deux, la sécheresse divise par trois la récolte, sauf que cette année il y a eu les criquets qui ont dévasté, à certains endroits, 80 % des champs. Le bétail va mourir et les gens aussi. Je n’insiste pas... je dirais juste qu’on ne peut pas traverser tout ça sans être blessé. Après, c’est vrai que quand on voit la gueule des gens en Europe, on se dit que les Africains, eux au moins, ils rigolent. C’est aussi ça, une bonne leçon d’insouciance et de joie.

3 Infos pratiques

Formalités : . Au départ : carnets de vaccination avec le fièvre jaune pour nous et rage pour le chien ( jamais demandé ) . Traversée Algéciras Ceuta : 180 euros . G.O. détaxé à 0.50 euros . Frontière marocaine : 30 minutes maxi ( le document d’importation temporaire du véhicule qui peut être rempli sur internet évite la queue au guichet de la douane, soit, pour nous à cette heure là et ce jour là, dix minutes de gagnées, sauf que ça n’a pas marché) . Aucune question sur le GPS . G.O. détaxé de nouveau au sud de Tan Tan ( environ 1250 km ) à 3 dirrham environ( 0.3 euros ) . Sortie du Maroc, au bout de la route : 20 minutes . Frontière mauritanienne au début du goudron mauritanien à 3 km de piste au sud du poste marocain : visas à 50 euros valable 1 mois ( penser à demander un visa à double entrée pour revenir d’Afrique Noire ) et taxe de 10 euros pour la douane, sinon aucun problème. . 10 km de goudron avant le carrefour, à droite Nouadhibou, ( pour ceux qui aiment ou pour prendre l’assurance auto ) à gauche Nouakchott . Visa pour le Mali à l’ambassade du Mali à Nouakchott ( 10 euros, une demi journée ) . G.O. entre 145 et 160 ougiyas ( change officiel à 340 ougiyas pour un euro ) . Entrée au Mali à Nara dans la brousse sans problème avec une taxe de la douane de 7000 CFA . G.O. vers 425 CFA . Assurance auto obligatoire ( possible dès la Mauritanie ou sur place ) . Retour en Mauritanie sans pb avec de nouveau une taxe de 10 euros . Sortie de Mauritanie en 20 minutes, sans vérification de rien.

Voiture et mécanique : . Toyota HZJ 75 de 170000 km équipé normalement avec rés supp de160 litres pour le G.O. et 80 pour l’eau. 6 Pneus Goodrich MUD 235 85 16 sur jantes tôles blanches qui ne sont toujours pas voilées ( marque Mangels ). Crevaisons zéro. . Problèmes : fuite sur un injecteur ( réussi à resserrer au troisième essai ; je me pose des questions sur le sérieux de mon garagiste qui a vérifié mes injecteurs avant de partir) mauvais fonctionnement de la mise à l’air libre du réservoir qui provoque le désamorçage de la pompe à chaque stationnement prolongé ( solution : petit trou dans le bouchon de remplissage) suspensions arrières cassées en fin de parcours ( 3 lames d’un coté, 4 de l’autre ) galerie insuffisamment résistante au roulis ( n’a pas supporté la piste de savane avec 2 grosses ornières de sable où la voiture se fait balancer de droite à gauche )

Bonnes étapes : Auberge Menata ( Olivia ) à Nouakchott Hotel « Djolibane » à Ségou Camping « Le roi bédouin » ( humour belge ) ( Luc et Martine ) 45 km au nord de Laayoun

Sécurité : Nous n’avons été ni attaqués, ni dévalisés, ni inquiétés, ni rien du tout... Comme pour des dizaines et des dizaines de personnes qui traversent ces contrées ou qui y séjournent, tout se passe bien, dans les faits et dans les infos que nous avons pu recueillir. J’étais un peu plus tendu que d’habitude, par la faute de ceux qui colportent des rumeurs ou des histoires anciennes ( le nombre de fois où on nous a reparlé des camps touaregs vers Bassikonou et des bandes armées qui se promènent au nord de Tombouctou ...) Evidemment, ça aurait pu arriver, dirons les obsédés de la menace « terroriste ».

 

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