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SAHARA 2003 : retour d’Algérie

Cette année, c’était l’Algérie, avec l’idée de prendre du temps et de ne pas trop s’écarter des itinéraires classiques, puisque nous partions seuls, sauf à rencontrer des compagnons de voyage en cours de route, soit à Djanet soit à Tamanrasset.
Texte de Rafaele Ramos
Il nous paraissait de plus en plus évident que le voyage dans le désert exige d’être très disponible, d’abord dans la tête et ensuite physiquement pour pouvoir explorer tous ces oueds, toutes ces montagnes, toutes ces gorges que l’on aperçoit en passant ou qui se devinent sur les cartes. A quoi sert de foncer à l’autre bout du désert pour se rendre dans tel endroit mythique, si c’est pour le visiter à toute vitesse, et passer à coté de merveilleux tassilis pratiquement vierges de toutes traces et qui sont parfois à portée de main quand on est un peu expérimenté et surtout décidé ? Véhicule : un vieux Toyota HZJ 73, celui avec lequel nous étions en Mauritanie, suspension renforcée, réservoir suppl de 250 litres, et une petite cellule sur l’arrière, à la place du Hard Top, très légère ( moins de 100kg, je pense ) plus 80 litres d’eau. ; cartes au 200000, Gps Garmin 48, quelques livres sur des itinéraires et des randonnées ; pneus Michelin sable 700 / 16 2° voyage, 2 roues de secours ; 4 plaques alu, 2 pelles, 1 compresseur, une pompe. Problèmes rencontrés : aucun, contrairement aux autres années où nous avions eu des histoires de démarreur, des fuites aux joints spi sur la boite et deux trois bricoles. Pas de crevaisons alors que nous avions explosé un pneu neuf l’année dernière, dans les premiers jours, à 100 mètres de la route ( très énervant ) ( je dis ça parce que je suis de ceux qui pensent qu’il faut prendre deux roues de secours ) ; le Toy marche très bien à bas régime sur les petites pistes, il rame un peu dans les grandes dunes ( est ce l’âge ? ) ; il faut impérativement dégonfler beaucoup dans le sable mou et passer en douceur. Quelque chose à changer : pour un voyage en solo il faut prendre plus d’eau ; en fait nous ne sommes jamais descendus en dessous de 50 litres de réserves grâce aux puits et aux gueltas rencontrés ( pas par hasard bien sur ) mais on ne sait jamais. Itinéraire envisagé : Rejoindre Djanet par Hassi Bel Guebbour, Amguid, puis la bordure du Tassili ( environ 10 jours ) Traverser vers Tam par le Sud du Hoggar ( le temps nécessaire ) Remonter par la Teffedest ( le temps qui reste ) Durée prévue : 6 à 7 semaines ( on peut avancer sa réservation bateau à Tunis, sans problème ) Soucis de voyage : Débarquement en Tunisie encore plus rapide que d’habitude, sortie et entrée en Algérie, avec tout le cirque ( papiers, change, assurance, gas oil… ) en moins d’une heure. Pour l’histoire des cailloux : on roule au pas, on surveille et dés qu ’on en voit un qui ramasse un caillou, on fonce dessus, on descend de voiture et, suivant les cas on gueule ou on discute. Pour l’histoire d’Hassi Bel Guebbour, où le passage a été effectivement interdit pour des raisons précises à quelques reprises à l’automne, pas de problèmes. Pour le ravitaillement en gas oil, pas de problèmes non plus ( Zaouatallaz : essence presque toujours, gas oil la plupart du temps. Tam : il y a parfois la queue, pas toujours, et de toutes façons la police fait passer les touristes devant tout le monde. In Ecker : approvisionnement régulier ) Prolongation des visas : possible à Djanet mais plus facile à Tam ( une journée ) En résumé : aucun problème et un accueil formidable partout. Que ceux qui ne cessent de rapporter des indications alarmantes sur des évènements qu’ils n’ont pas toujours vécus eux mêmes, en les amplifiant ou en les généralisant alors qu’ils correspondent parfois à une conjoncture précise, assument leur frilosité d’occidentaux sécurisés et réalisent que, avec Internet, ils alimentent de véritables psychoses… à force de crier au loup … 1° étape : HBG Amguid Djanet 2°étape : Djanet Tam A Djanet, j’ai trouvé l’ambiance moins sympa que dans mes souvenirs ; cette noria de toyotas qui chargent et déchargent des touristes, ça faisait un peu station de ski vers les remontes pentes. Il y avait très peu de 4x4 avec des européens…. on a quand même rencontré un suisse équipé d’un HJ 61qui partait pour trois semaines vers les tassilis du Hoggar, mais en remontant d’abord vers nord pour couper ensuite le Hoggar nord sud en plein milieu pour voir le Serkout. Equipé pour voyager longtemps et seul il emmène plus de 100 litres d’eau et 400 litres de gas oil . De quoi voir venir ! On a commencé par passer deux ou trois jours au dessus de Djanet vers Tin Afazo. C’est très touristique mais ça reste une valeur sure quand on aime explorer à pied… et puis les couchers de soleil sur la barrière du Tassili ou sur l’erg d’Admer ! De là on est monté vers le Tazat ( très beau passage dans le massif au nord ) puis on a traîné vers Tin Aboro avant de rejoindre le puit de Ahelledjem ( gardé par des militaires très accueillants ) De là plein sud vers Sérouenout que nous avons évité par l’est pour aller dans l’oued Tin Hadjène. Au lieu de le suivre vers l’ouest, ce qui était notre intention, on s’est laissé embarquer sur une bonne petite piste, dans un oued plus petit qui filait au sud sud ouest et on est descendu jusqu’au bassin du Zerzérou. Là, il a fallu se bagarrer pour remonter vers Tin Effara, Tin Sedikla mais tous ces oueds de sable blanc, au milieu des montagnes avec de superbes arbres très verts ( des fois c’était que des tamaris, d’autre fois des acacias ), ça vaut le coup. Après on voulait rester le plus prés de la montagne, mais toutes les pistes nous emmenaient vers le sud est, on a réussi à recouper le Zerzérou sans descendre mais ça été très difficile et à se glisser le long du Serkout sur lequel on voulait grimper. Pas mal du tout… sauvage, en plus. En quittant le Serkout on a basculé dans le bassin du Tin Tarabine. On a roulé 200 km plein sud avec plein de poussière dans les yeux (c’est presque la seule fois du voyage où on a eu du vent, ça levait un peu dans l’oued). Après avoir croisé le Tadant on est descendu dans le tassili de Youf Achkal. Là aussi ça mériterait de s’y arrêter un bon moment. Notre ami Nicolas a continué vers le sud, vers Tagrera, le puit d’In Abeggi et les tassili qui sont plus loin à l’ouest ; nous, nous sommes remontés au nord ouest par la piste des agences qui rejoint la route Tam Tahifet vers Abalessa ; on s’est arrêté aux cascades de Témékerest, il y avait pas mal d’eau, et quelques touristes qui savouraient ce joli site, les premiers qu’on voyait depuis 10 jours à peu prés. 3° étape : remontée par la Teffedest Ambiance sympa à Tamanrasset ; moi, je trouve que ça n’a pas vraiment changé, sauf en périphérie (immeubles modernes, nouveaux quartiers populaires, bâtiments militaires…) En tous cas le centre ville est toujours le même, et les gens toujours aussi décontractés. Finalement on a abandonné l’idée de commencer la remontée en passant par l’Assekrem… mais je le regrette un peu, ça a beau être très classique, c’est quelque chose…et donc on s’est tapé 150 km de goudron jusqu’à In Ecker pour se diriger vers le nord est par In Abezzou. De nouveau on a constaté avec surprise qu’il y avait très peu de traces récentes… juste les habituels tours et détours des locaux visitant les pâturages, cherchant leurs chameaux ou on ne sait quoi au juste… Pendant plusieurs jours on s’est amusé à rentrer dans la montagne pour visiter les points d’eau indiqués sur la carte ou ceux qu’on connaissait déjà ( Abezzou, In Takouffi, In Tounine, Ouhet…) Dés fois on ressortait par l’endroit par lequel on était arrivé, d’autres fois on trouvait des petites pistes qui sautaient de vallées en vallées… Arrivé à la Garet El Djenoun, on avait toujours vu personne…. On a persisté vers les camps de base des montagnards, à Ariaret par ex. ou plus loin, à l’est de la Garet, vers Ahates, toujours personne….bon, peut être que y a plus personne qui délire sur cette montagne extraordinaire. On a juste croisé deux véhicules d’agence au puit de la Garet. La montagne était très belle. Rochers noirs en contre jour, grandes dalles parfaitement lisses, de l’eau qui coule au fond des gorges, des gueltas à l’eau transparente ( on s’est baigné 2 ou 3 fois )… le tout en roulant tranquillement sans prendre de risques. On a vu pas mal de campements de nomades aussi : sympa. Remontée par la grande plaine jusqu’à Amguid, sans incident, puis Bordj Omar Driss et Hassi Bel Guebbour. Un dernier bivouac, au milieu de ces putains de grandes dunes, dans le gassi Touil… Un itinéraire classique en définitive mais je vous assure que j’ai vu des choses que je n’avais jamais vu auparavant, moi qui part tous les ans et parfois plus loin que ça. Question de temps et puis de chercher le petit truc, le petit col derrière la dune, juste à l’heure où le soleil… Pour la voiture pas besoin d’un super engin, super équipé, il faut juste que ça continue à avancer quand on charge un peu (je dis ça parce qu’on est arrivé par le bateau de Gênes et que sur le port il y avait un matériel pas possible… et beaucoup d’argent aussi, des flottes de HZJ dernier modèle et de HDJ avec des équipements de rêve… et que ça te file vite des complexes). Un truc important par contre : le moral ou la ténacité. A deux le moindre problème technique peut tourner au drame si il y en a un qui craque. Ma femme, Rafaele s’est régalée et ne voulait pas rentrer. Moi non plus mais quand on revient je suis toujours un peu soulagé notamment à cause de la voiture qui a bien voulu résister cette fois encore… et puis un verre de vin blanc frais chez des copains, ça finit par manquer. Une dernière chose que je me sens obligé de dire à cause des évènements en Irak, c’est que, pour un tas de raisons, quand on revient de là-bas, on a encore plus mal au cœur de voir ce que les puissants de ce monde sont capables de faire pour le pouvoir et l’argent, et que c’était pathétique de voir la confiance démesurée que tous les gens rencontrés avaient dans la France et dans sa capacité à empêcher les américains d’agir ! Je sens qu’il y en a qui vont trouver que ça manque de points GPS. Je répondrai qu’il n’y en a pas besoin… par contre il faut des bonnes cartes, ça c’est sûr et ça fait partie du plaisir
LE VOYAGE
HBG Amguid : tout le monde connaît, ça roule bien, il y a des belles perspectives, c’est très utilisé pour aller sur Tam, l’arrivée sur Amguid reste éblouissante. Nous on a été traîner dans des dunes, à gauche en descendant vers le puit de Tin Kelemet, c’est pas mal du tout. Plus au sud on s’est promené de l’autre coté de l’erg d’Amguid au nord ouest ( il y a des cascades marquées sur la carte ) et ensuite vers les ergs de Kranguet El Hadid par la piste d’In Salah. On a trouvé un passage qui part de Hassi Tioukéline et qui rejoint Foum El Mahek , c’est assez fantastique pour les couleurs et les contrastes de lumière et les gazelles aussi… mais la piste à peine visible passe sur les cailloux qui sont vraiment énormes…c’est pour ça qu’il y a des gazelles, à mon avis, elles sont tranquilles.
Amguid Djanet : on a du mettre huit jours. Je sais que certains estiment que ça se fait en deux jours et demi et que ce n’est guère intéressant, notamment si on suit la piste, qui comporte de la tôle ondulée, paraît il .. . En fait on est passé le long de la falaise au nord de l’erg Guidi mais le sud de la piste dans les montagnes où il y a des oueds et des puits est pas mal non plus. Après, quand la piste s’oriente bien sud est, on est resté prés du relief au nord, et on a rejoint le nord ouest de Tihodaïne vers Azrou. Là on a trouvé une nouvelle trace qui arrive du nord, et on est allé voir un peu ce que ça donnait …Comme on était tout seul on n’a pas approfondi mais ça doit remonter vers In Azaoua ( confirmé depuis ), en tous cas ça mériterait d’y passer un peu de temps parce que c’est très beau. Après on a sauté Tihodaïne au nord, puis on a rattrapé la piste de Tamadjert pour remonter dans Ifedaniouène. Encore un très beau tassili dans lequel on peut circuler plusieurs jours. C’est par là qu’on a rencontré les deux seuls groupes de cette étape, comme quoi il n’y a pas grand monde, en fait.
Après on est allé sur Afara, c’est toujours aussi grandiose, et on a fait un aller retour dans l’oued Aharhar avant d’attraper la petite piste qui monte sur le Fadnoun pour rejoindre la nouvelle route ; ensuite descente tranquille sur Zaoutallaz puis sur Djanet. Cet itinéraire que nous évitions tous dans le temps, vu l’état dans lequel il mettait nos nerfs, est superbe en fait, et il y a des points de vue splendides dés qu’on s’éloigne de la route en prenant des pistes vers la droite avant la descente sur Zaouatallaz.

Conclusion

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