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Les risques de l’inconscience


Portrait de TOURREILLES Jean-Marc

By TOURREILLES Jea...- Posté le 30 août 2008

La frontière de l’Algérie avec le Mali et le Niger : cette zone du Sahara n’offre plus aujourd’hui une sécurité suffisante pour le raid de loisir. Ceci pose des problèmes de sécurité individuelle, mais aussi présente potentiellement un danger pour l’avenir des voyages sahariens.

Plus que le Niger en particulier, c’est plus généralement toute la région frontalière entre l’Algérie, le Mali et le Niger qui est à éviter. Le danger de se faire enlever ou piller est réel, et l’avenir de nos raids passe aussi par un comportement responsable.

Il convient de rappeler ces faits à un moment où l’envie de découvrir ces merveilleux pays titille à un tel point les imaginations que certains en deviennent sourds aux avertissements.

Il se trouvera toujours des gens pour vous dire qu’ils sont allés dans un endroit très dangereux et qu’ils y ont passé de merveilleux moments, accueillis à bras ouverts par une population hospitalière et souriante. Ceux-là ont peut-être eu tout simplement une chance insolente. Ce n’est pas parce que tel ou tel est allé là-bas et que ça s’est bien passé que la région n’est pas infestée de brigands.

J’ai un copain qui revient d’Afghanistan où il a travaillé pour une ONG, et il ne s’est pas fait enlever, mais un autre vient d’avoir moins de chance. La fille d’un de mes collaborateurs a mangé et rigolé avec l’italienne qui a été enlevée le lendemain dans une ONG en Irak. Il y a encore des malins pour aller se balader au milieu des mines mouvantes du Dohone. Il y a même plein de soldats qui sont revenus de Verdun...

En pratique, la prudence la plus élémentaire impose de ne pas aller se mettre dans une situation qu’on peut éviter, surtout pour des vacances. Partir à l’aventure, ce n’est pas se lancer dans des plans foireux offrant de fortes chances de dégénérer en drame, c’est organiser un voyage qui restera dans les mémoires comme un beau souvenir.

Le but d’un site comme Sahariens est de permettre de rassembler les informations sur telle ou telle zone, de façon à les confronter et à évaluer les difficultés prévisibles.

Si l’on prend pour exemple les nouvelles en provenance de cette zone Algérie-Mali-Niger, on peut dire sans exagérer qu’elles ne sont pas bonnes : piraterie ordinaire, trafics divers, réseaux terroristes et activités militaires s’y côtoient de manière indiscutable. On peut se demander ce que l’on peut y faire en vacances. Il ne faut pas être présomptueux et se dire qu’en tout petits groupes, sans armes, dans des véhicules suréquipés qui sont autant de cadeaux de Noël pour des gens peu recommandables, le tout dans une zone où il n’y aura aucun témoin gênant d’une agression, on a peu de chance de bien s’en tirer en cas de mauvaise rencontre.

Alors, l’inconscient se retrouve de temps en temps pris au piège et déclenche l’alerte générale : téléphone satellite, appels désespérés à l’ambassade, activation des medias, mails à tout va, tout y passe pour faire libérer les otages. Excusez-moi, mais je trouve ça très con.

D’abord, quand on est si malin, on se démerde tout seul. Facile, avant de partir, de prendre tout le monde de haut, de dire qu’on est tellement expérimenté qu’on arrivera à parlementer, ou pire encore, de croire sans esprit critique les discours rassurants d’agences locales prises à la gorge et prêtes à promettre n’importe quoi pour avoir un ou deux clients. La première qualité d’un raider est d’être autonome, et pour ça, il faut avoir un minimum la tête sur les épaules avant les problèmes, et ne pas appeler au secours à la première difficulté qu’on s’est créé soi-même.

Ensuite, il faut être conscient que ce genre d’idioties pénalise tout le monde. C’est bien beau d’en appeler à la solidarité saharienne, mais la démocratisation des voyages sahariens a eu beaucoup d’effets négatifs sur la liberté d’aller et venir dans ces grandes étendues désertes.

Je ne m’étendrai pas sur la piètre qualité des relations humaines établies par l’arrivée massive de touristes déposés en avion, transportés comme du bétail en 4x4 pourris dans des zones ravagées par les passages permanents. Ces gogos se contentent de peu et les populations locales ont bien raison d’en profiter. Je veux parler ici des craintes croissantes des autorités locales à l’égard de comportements imbéciles qui entrainent souvent des difficultés diplomatiques. Il est tellement simple d’interdire bonnement et simplement que le danger de fermeture des zones jugées dangereuses est non seulement réel, mais avéré de plus en plus dans tous les pays sahariens, même dans des pays aussi dépendants du tourisme que la Tunisie. Le recours à des agences locales devient obligatoire partout, un peu pour créer une activité économique, d’ailleurs très surestimée, beaucoup pour contrôler les allées et venues d’une population touristique de plus en plus irresponsable.

A force de disposer de 4x4 supposés capables de vous emmener au bout du monde, on constate une espèce de frénésie d’aventure chez des gens mal préparés sur le plan personnel. Je peux disposer de tous les équipements dernier cri, je sais, moi, que je ne suis pas pour autant capable de faire de la haute montagne sans une bonne préparation, un long apprentissage et une aide de gens expérimentés. Les touristes qui débarquent sans préparation, sans expérience et sans informations fiables me font penser à des gens qu’ont déposerait en hélicoptère au sommet du Mont Blanc en basket et tee-shirt, et qui plus est, ne douteraient pas un seul instant qu’ils se mettent en danger.

Non, le désert, ce n’est pas la plage, ce n’est pas un vaste jardin d’enfants où s’ébatteraient de joyeux insconscients au mépris des plus élémentaires préparations. La préparation, ce n’est pas que choisir sa tenue saharienne (avec le cheiche autour du cou à la Paris-Dakar qui va si bien avec la barbe de trois jours) et monter une douche dans son 4x4. C’est non seulement de la mécanique, mais de la mécanique qu’on fait soi-même chaque fois que possible, pour avoir une chance de pouvoir dépanner si on casse loin de tout. C’est savoir lire une carte avant de faire mumuse avec son ordinateur de bord. C’est savoir en permanence où on est, où on va, combien de réserves d’eau et de gasoil il reste. C’est connaître les procédures administratives, les interdits locaux, les régles de courtoisie élémentaires en usage dans les pays parcourus. C’est connaitre ses limites, ne pas se la jouer "Inch’ Allah" alors qu’on est prêt à déclencher la balise Argos au premier pépin et à ameuter la terre entière. C’est être équipé de moyens radio suffisants, c’est savoir un minimum faire du franchissement, c’est savoir ne pas bourrer comme un âne sur une piste défoncée, c’est savoir ne pas casser les choses à ses co-équipiers et savoir d’entraider.

C’est surtout, en permanence, savoir où on met les pieds.

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