Saint-Louis du Sénégal et les Talibés

Saint-Louis du Sénégal et les Talibés
Qui n’a pas rencontré, en voyageant dans les pays d’Afrique de l’ouest, et particulièrement au Sénégal ou au Mali, ces enfants des rues, habillés en haillons, sales et marchant pieds nus, qui vous abordent en tendant une boite de conserve et réclamant une pièce ou une poignée de riz....
A Saint Louis, 180 000 habitants, 7 000 enfants dans les rues, principalement des garçons de 3 à 16 ans, venant des campagnes.
La majorité de ces enfants sont des « Talibés », ils ne sont ni vraiment abandonnés, ni orphelins.
Attention, le pas confondre "Tablibé" avec "Taliban" !
Le talibé est un élève d'une école coranique, et le taliban est une personne qui adhère à un mouvement fondamentaliste musulman et qui s'est répandu au Pakistan et surtout en Afghanistan à partir de 1994.
Pourquoi ?
Parce qu’un jour, un Marabout est passé dans leur village proposant une éducation religieuse, ainsi qu’une initiation à la vie sociale, à l’humilité et l’endurance aux épreuves de la vie. Leurs parents dans une situation de grande pauvreté, ne pouvant faire face aux difficultés quotidiennes, voient une opportunité pour assurer ce qu’ils croient être un avenir pour leurs enfants, et les laissent partir.
Il y a Marabout et Marabout....
Bien entendu tous les Marabouts ne sont pas de “mauvais marabouts”. Et en aucun cas il ne sont à amalgamer aux mouvements fondamentalistes extrémistes.
Je m’explique : les Marabouts sont une sorte d’intermédiaire entre Allah et le croyant. Ils sont très respectés car ils connaissent le coran à fond, et leur parole n’est jamais remise en cause.
Ils occupent une place très importante dans la tradition sénégalaise, et sont influents politiquement.
Alors certains sont amenés à utiliser leur fonction pour en tirer profit. Ils deviennent de plus en plus nombreux et on créé ce qu’on peut appeler “le marché de l’aumône”, en s’appuyant sur le fait que la charité est une partie importante de l’Islam, et que chaque croyant doit connaître l’humilité en ayant pratiqué au moins une fois dans sa vie la mendicité.
La plupart du temps le coran est la seule discipline enseignée aux Talibés. 114 sourates soit plus de 600 pages à apprendre par coeur. Et la lecture et l’écriture ne font pas partie de l’enseignement.
Bien entendu ces Marabouts envoient leurs propres enfants à l’école, et ceux-ci sont dispensés de mendicité.
Une journée pour un enfant Talibé..
Levés de très bonne heure le matin et rassemblés dans la rue, les talibés assis serrés les uns contre les autres récitent les sourates du coran. Ils sont surveillés par un plus grand, qui muni d’une baguette fait régner la discipline.
(Je peux en témoigner, car lorsque nous dormions centre ville, nous étions réveillés tous les matins vers 5 heures par ces enfants annonant en coeur).
La séance dure plus d’une heure, puis les enfants repassent chez le Marabout pour effectuer des tâches domestiques, puis sont lâchés dans la rue.
En allant de maison en maison en quête d’argent ou de nourriture, les talibés recueillent dans leur sébile (une boîte de conserve) les restes de repas de toutes sortes, ce qui contribue à rendre leur santé précaire. Ils sont par conséquent victimes des différentes épidémies telles que la gale, le paludisme, le choléra, la typhoïde, la malaria, les infections de toutes sortes, les conjonctivites, et ne profitent presque jamais des différentes campagnes de vaccination.
Les enfants qui ne rapportent pas en fin de journée, la somme fixée par le marabout (en général 300 CFA), ou qui font preuve d'indiscipline, sont soumis à de mauvais traitements corporels. La plupart des ex-talibés portent sur leurs corps des cicatrices qui sont les marques des durs châtiments subis pendant leur séjour.
Les talibés peuvent être considérés comme des SDF tellement leurs conditions d'hébergement sont précaires.

Selon l’excellent site http://membres.lycos.fr/talibes/Talibes.htm :
« Certains vivent dans des baraques délabrées où ils se couchent à même le sol. De plus, ils sont en situation de surnombre et donc ne possèdent qu'un espace exigu pour dormir . Parfois même, ces baraques n'ont pas de toit. D'autres dorment à la belle étoile dans la cour de la maison où le marabout n'est locataire que d'une seule chambre. Enfin, il y a ceux qui dorment dans des abris provisoires : garages, locaux dont les travaux de construction sont interrompus pour diverses raisons. Tous ces soi-disant logis sont caractérisés par un manque d'eau, d'électricité et de sanitaires. Ils vivent dans des endroits infestés de poux, de punaises, de cafards et de rats.
En général, du fait de leur difficile accès a l'eau, ils se lavent tous les quinze jours. Certains restent plus d'un mois sans se laver surtout en période de froid. Leurs vêtements sommaires et en mauvais état sont lavés à peine. La plupart le font eux même sans utiliser de savon. Les talibés n'ont pas de chaussures ou en tout cas n'en portent qu'accidentellement. Ce sont des enfants aux pieds nus. En règle générale et cela pour les besoins de rentabilité, les talibés sont tenus en permanence dans un état crasseux. Plus le profil est misérable, plus on fait pitié, plus on gagne "au change" »

Leur situation en résumé
Les Talibés sont en rupture complète avec la société, ils ne voient plus leur famille et sont rarement capables de dire d’où ils viennent. Exploités, battus, en sevrage complet d’affection, et sans aucun avenir.
Il n’ont aucun espoir d’une vie d’adulte normale, la seule possibilité qui s’offre à eux est la mendicité à vie ou devenir à leur tour des Marabouts.
Que fait l’état ?
En général l’état ne fait pas grand chose. Il ne veut pas bouleverser les traditions, ni s’opposer au lobbying des Marabouts.
Sa politique d’éradication de la mendicité n’est pas franchement probante, et le projet d’ouverture des centres d’accueil pour les Talibés n’a jamais vu le jour.
Et les ONG ?
Un certain nombre d’associations se sont mobilisées sur le sujet.
Certaines basées en Europe s’occupent de collecter des fonds
D’autres, sur place tentent de trouver des solutions pour venir en aide aux talibés.
Quelles sont les aides mises en place ?
Les Sénégalais se sont mobilisés, et des centres se créent dans les différents quartiers de la ville.
A titre d’exemple, voici ce que propose l’Association “jardin d’espoir” dans un quartier de Saint Louis :
“Nous offrons la possibilité aux enfants talibés d’être intégrés dans notre programme d’alphabétisation et de formation professionnelle ainsi que de bénéficier d’un suivi sanitaire et médical.
Nous sensibilisons les marabouts à la situation des enfants dont ils ont la charge afin qu’ils adhèrent au programme et s’impliquent davantage pour que la condition des talibés évolue dans son ensemble.
(Il ne faut pas oublier que la majorité des marabouts ont eux-mêmes vécu leur enfance en tant que talibés …).
Le Centre :
Le centre se trouve dans le quartier de Ndiolofene à Saint-Louis dans le nord du Sénégal, il est composé de :
- 1 salle de classe,
- 1 salle d’activités manuelles et ludiques / atelier de couture
1 infirmerie –salle de repos
- 1 pièce qui sert actuellement à héberger les bénévoles
- 1 bureau - stock de denrées alimentaires et divers
- 1 cuisine
-
1 salle de bains intérieure
- 1 douche extérieure
- 1 toilette extérieure
La maison est entourée d’une grande cour où les enfants talibés peuvent venir jouer librement à certaines heures de la journée ainsi que participer aux activités organisées.
C’est également dans la cour que se trouve la laverie qui permet aux enfants de laver leur linge (à l’africaine..).
Comment fonctionne le Centre ?
Pour les enfants faisant partie du « programme suivi »
Les enfants inscrits dans le programme sont ceux dont le marabout a accepté de signer le contrat bipartite avec l’association.
Ces enfants viennent au Centre deux jours par semaine au minimum.
Durant ces moments passés au Centre, ils se lavent ainsi que leur linge, changent de vêtements et participent au cours d’alphabétisation et de prévention sanitaire.
Les enfants ont également des moments pour jouer ou se reposer.
Ce programme ne permet pas seulement aux enfants de se laver et d’apprendre quelque chose, il leur permet surtout d’échapper un moment à leur condition.
L’état de santé général des enfants est régulièrement observé et les éventuels traitements mis en place (gale, paludisme, plaies etc..).
Ces enfants bénéficient réellement d’un suivi de notre part dans la durée et
leurs marabouts sont encouragés à participer activement à ce changement (en améliorant l’hygiène des Daaras* par exemple).
Actuellement, nous avons 150 enfants inscrits qui viennent de 7 Daaras* différents.
Pour les enfants « hors programme » :
Les enfants issus de Daaras* qui ne collaborent pas avec l’association (ou pas encore..) sont les bienvenus au centre.
Ils peuvent participer aux activités de jeu, aux ateliers, et également accéder aux douches et faire leur lessive au centre.
Concernant l’alphabétisation, nous les intégrons très volontiers aux cours existants et attachons un soin tout particulier aux demandes allant ce sens.
Malheureusement, le manque de régularité quand à leur présence au Centre nous empêche d’effectuer un réel suivi avec ces enfants. D’autant que certains viennent au Centre contre l’avis de leur marabout (certains marabouts estiment que le temps passé au centre les empêche de mendier et donc d’être rentables pour eux…)”
Que peut-on faire pour eux ?
La seule réponse actuellement possible est : ALPHABETISATION ET APPRENTISSAGE
Il faut impérativement rompre le cercle infernal qui fait d'un Tablibé un Marabout qui aura tendance à reproduire ce qu'il a connu dans sa prime enfance.
Un enfant sorti du système = un (mauvais) Marabout de moins
Il faudrait ouvrir un grand nombre de centres, qui ne peuvent être gérés que par des associations locales. En effet, seul un Sénégalais peut négocier valablement avec les Marabouts afin de les convaincre d'autoriser les enfants à venir régulièrement.
Les besoins sont immenses et les associations qui collectent les fonds chez nous sont trop peu nombreuses.
Les centres n’ont pas seulement besoin de fonds, mais aussi de matériel, des vêtements, de la nourriture et de volontaires.
Et pour en venir à Sahariens ?
Comme annoncé à l’Assemblée générale l’an dernier, le Comité de l’association a donné son accord de principe pour un soutien à un projet ou une association en Afrique. Une somme d’argent devra être déterminée en fonction des possibilités de Sahariens.
Nous sommes donc allés (à nos frais je précise) en “reconnaissance” pendant plus de 2 mois en afrique de l’Ouest, où nous avons traversé plusieurs pays (Sénégal, Mali, Burkina, Bénin, Togo..).
Le but était de répertorier les besoins, et voir un peu quelles sont les actions sérieuses et les gens capables d’assurer un suivi ..... Et comme vous le savez, la tâche est délicate. Les besoins sont si nombreux qu’il est difficile, à moins de bien connaître les demandeurs, de se faire une opinion.
C’est pourquoi nous avons préféré centrer notre intérêt vers un projet que nous pourrons suivre de près... De près Saint Louis du Sénégal ? Oui, oui, de près car nous sommes plusieurs Sahariens à nous y rendre très régulièrement, à connaître les réseaux de cette ville et y avoir une certaine “écoute” des autorités.
Aussi, aider des enfants nous a paru une priorité. Et puis lorsque vous vous promenez dans les rues de Saint Louis ou Dakar, qu’un petit de 3 ou 4 ans vous tend sa sébile pour ramener les 300 francs CFA nécessaires pour ne pas être battu... Et que vous devez refuser car vous ne voulez pas encourager le système, c’est duuuuuuuuur !!
Et vous Sahariens que pouvez-vous faire ?
(que vous soyez ou non membre de l’Asso)
Joindre l’utile à l’agréable lorsque vous voyagez dans le coin, en véhiculant du matériel et autres paquets à faire passer au centre que nous aurons choisi d’aider. A vérifier en passant que notre action est bien suivie et nos fonds bien employés. Plus nous serons présents, plus notre aide sera efficace.
Il est bien entendu que tout l'argent servira aux associations locales, et que les Sahariens impliqués dans cette action voyageront à leurs frais.
Je vous tiendrai bien sûr au courant de l’évolution de cette opération. Et j’espère recevoir beaucoup de questions de votre part à :
Amitiés à tous
Marie-Geneviève
* Daara = école coranique
Photos : Jean-Baptiste Paye, Marion Hadi et site grandreportage.com
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