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 Sujet du message : Re: Fiction? pas tout à fait.
Message Publié : 14 Mai 2020, 17:20 
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BOUJDOUR
Au sud du Maroc vers Boujdour il fait beau, les Gomez font quand même du feu, Chez eux on ne parle pas de bivouac mais de camp, question de culture, leur camp est vite rangé puisqu’ils ne sortent rien, ils mangent assis sur le marche pied ou à l’arrière d’un véhicule, dorment habillés dans leurs véhicules. C’est rapide et pratique.
Il leur suffit de penser à ajouter de l’eau toutes les cinquante bornes dans le radiateur de la Renault et ça roule. Il ne reste plus qu’un contrôle à l’entrée de la péninsule qui relie Dakhla au continent. Rien ne presse Tonio veut simplement entrer en ville afin d’écouter les rumeurs des convois précédent , le prochain devant partir, inch Allah, dans deux jours
Il faut dire qu’ici les choses ne se passent jamais de la même façon, chaque convoi est géré par un règlement à géométrie variable. La préparation administrative est un vrai parcours du combattant. Pendant une journée il faut, passer de la police à la gendarmerie militaire (la prévôté) puis faire une queue interminable aux douanes… et en fin de compte se retrouver sans passeport ni carte grise qui vont rester dans les mains des militaires pendant les trente six heures que durera le convoi.

Bien plus au nord, sur la route entre Casa et Marrakech les groupes de 4X4 se suivent et se dépassent et se re- dépassent au gré des pauses. Les snobinards n’aiment pas vraiment se faire dépasser par ces vieux tout terrains bardés d’autocollants style rallye. Nos gogos rallye-men non plus, ils commencent à se chauffer.  Quelques queues de poisson accompagné de gestes désobligeants d’un coté, le coup du mépris de l’autre. Un des pilotes de rallye trafique les canaux sa C.B pour pouvoir communiquer avec l’autre groupe et le traiter de tous les noms. C’est peine perdue, heureusement, les autres sont en VHF, et les deux systèmes ont totalement incompatible.

Finalement c’est Gégé, le chef, qui intercepte Dany sur un bas coté. Les présentations sont courtes.
–Faudrait arrêter de déconner, les gars, si nous avons un accident il va y avoir des problèmes avec la gendarmerie, ça ne rigole pas ici !
Dany est plus que d’accord il n’a pas l’intention de se faire prendre pour une bêtise pareille.
La gendarmerie Royale a des pouvoirs quasiment illimités et si elle décide de bloquer un groupe personne ne sait comment ça peut finir. Ils enterrent la hache de guerre et décident de manger tous ensemble à midi avant d’Agadir.

Les deux clans s’installent à l’ombre maigre des eucalyptus dans un champ de caillasse et s’observent. Un jeune berger qui surveille de loin ses bêtes vient quémander un « tee-shirt du rallye. »
Bernard le Montpelliérain est contrarié, il trouve que le copilote d’une des voitures de course, surveille d’un peu trop prés sont « assistante » et le lui fait savoir. C’est vrai qu’elle est jeune, jolie et ne fait rien pour gâcher le tableau. Avec son coté post adolescente ingénue elle aime, comme toute les femmes, se faire un peu trop admirer.
-C'est une arme à feu! Circulez! Commente Gégé.
Le garagiste, Jack, très pro, inspecte les voitures de la horde d’aventuriers en compétition, son opinion est vite faite, mais comme tous les marchands de chevaux il sait rester discrets et ne fait aucune allusion.
Les plaques d’immatriculation sont trop neuves pour des véhicules qui sont sensé faire de la piste régulièrement, et puis il y a cette odeur de peinture fraîche qui fait désordre, tout comme les petits autocollants qui cachent les cicatrices des tatouages effacés.
Le corps médical fait « club privé », ça discute histoire du royaume Chérifien. Ils connaissent tous, bien sûr, au moins un membre de la famille Royale rencontré lors de leurs nombreux séjour à Marrakech et envisagent d’acheter prochainement un riad.
Gégé a choisi de déjeuner avec les joueurs de rugby, le flic et l’élu. Le thème des conversations d’aujourd’hui c’est le rugby et le cul, discussion inépuisables. Il faut craindre que ce soit aussi l’objet des débats des autres jours.
-Allez, roulons! Si on marche bien nous ferons le bivouac après Tiznit. Ne m’attendez pas si je m'arrête c’est pour prendre du pain pour tout le monde.
-Allez en avant et soyez prudents.
Pour ne pas être de reste Dany envoie 
-Prenons le café et on se tire, il y a un paquet de bornes devant le capot les gars ! Et calmos !
Dany est plus tendu c’est normal car à partir de maintenant vont s’enchaîner les barrages de Gendarmerie et de Police. Onze contrôles ! Il les a tous recensé à force de traîner sur cette route. Tous les points des barrages sont mémorisés dans son GPS et à chaque approche il se porte en avant de la colonne pour les salamalecs d’usage. En principe ça se passe bien, le numéro est bien au point : un serrage de main,
-Bonjour !
-Vous êtes Français ?
-Oui tout le groupe.
-C’est combien de voitures ?
-Dix neuf, chef. Il s’approprie les effectifs le de Gégé.
-Avez vous les fiches de renseignements?
-Voila chef.
-Soyez les biens venu, bon voyage !
Il remet les fiches et le tour est joué.
Le sketch est toujours le même, il est de bon ton de couper le moteur pour faire sentir que l’on n’est pas pressé d’échanger quelques banalités et ça passe.


Pendant leur halte gastronomique un bolide a déboulé suivi d’un Toyota Station Wagon qui malgré ses 160 chevaux, peine à suivre la cadence de la berline Germanique.
Après Dakhla quand le goudron va disparaître, rira bien qui rira le dernier.
Nos deux lascars sont lancés, ils ont déjà ramassé pas mal d’argent à Tanger. La négociation a été longue et sévère, les Marocains savent bien qu’il est dangereux de se balader dans ce pays avec des armes et ont essayé de « tordre » Choïchoï à l’usure. Choïchoï n’est pas Africain mais issu d’une famille de manouche sédentarisée dans la région Toulousaine. Un séjour d’acclimatation, offert à la centrale de Muret en compagnie de quelques caïds Maghrébins lui a fait connaître cette région. Pour l’embrouiller il faut se lever de bonne heure et surtout se coucher tard! Ils ont prévu une nuit sans fin au Parador de Laayoune car ils n’ont dormi que trois heures en deux jours. Malgré la fatigue le Jacquot imagine une super chambre dans ce grand hôtel occupé à l’année par les cadres de l’ONU. Il fantasme sur la rencontre hypothétique d’une jeune Marocaine compréhensive. La vie de riche touriste… Pour le moment la pause, pour eux, ce n'est pas pour manger mais pour dormir une petite heure sur la banquette arrière de leur voiture. Le réveil est brutal, ils sont assailli de mouches mais il y a pire : la gendarmerie Royale est là, uniforme impeccable et Jeep Wrangler flambant neuf.
-Vous avez traversé le village à plus de 100 ! C'est 500 Dirhams!
Jacquot prend un air malheureux et négocie, il évoque la grandeur du Royaume, l'amabilité des Marocains et la clémence de leur police. Rien n’y fait l’amende est quand même réduite à 200 francs Français. Pas de billet de 200 ils préfèrent deux billets de 100…
Les gendarmes repartent vers le sud, ils vont les bouchonner à 70/80 à l’heure pendant cent kilomètres… Quelle n’est pas leur surprise de voir dans leur rétroviseur le vieux Stradair surmonté de sa caravane. Les deux intellos ont changé d’avis, ils veulent être à Nouakchott le plus vite possible. Ils ont eu contact avec un copain étudiant en Médecine qui c’est fait embaucher pour un « safari à la misère » chez Médicos del mundo  Il est encore là pour quelques jours et leur à promis un hébergement, dans son bungalow couvert de bougainvilliers, sa « mission » doit prendre fin à son grand regret... il doit quitter l’immense résidence au trois piscines de l’organisation caritative.
Pas question de manquer une pareille invitation sur le dos du « Charity Bizness ». Le temps presse et leur gros souci c’est qu’un seul est titulaire du permis poids lourd. La tactique adoptée est simple, le jour c’est celui qui est en règle qui conduit et la nuit le sans permis. Barbus tous les deux il faudrait bien un flic tatillon pour les coincer, pensent ils.
Les contrôles se succèdent, il y en a un tous les cent ou cent cinquante kilomètres. Le Maroc compte bien de cette façon prouver que le Sahara Occidental n’existe pas et n’est en aucun cas un désert.
C'est une province à part entière. L’histoire jugera… un jour peut être.
Après un bivouac en plein vent sur le bord de la falaise les nouveaux conquérant de l’Afrique suivent leur petit bonhomme de chemin, le Maroc c’est 2500 Kms interminables, il faut le digérer. Le paysage est monotone, d’un coté une herbe brûlée par les embruns et clairsemée de l’autre la falaise ponctuée de cabanes de pécheurs qui surplombent l’océan que surveille de puissants radars.
Chacun à sa cadence, Tonio au petit trot avec ses bagnoles malades, les rallye-men à font la caisse mais souvent stoppés par de petites pannes, les VIP à allure soutenue à force de « Cruise control » mais régulièrement retardé par les séances photos et quelques « caprices de filles ».
Chacun sa musique, à l'exception des voitures de « course » Hard rock métal ou tubes des années 70 en fonction de l’age et du groupe.
Les seuls qui assurent sont nos deux routiers amateurs qui entre deux pétards sur fond de musique Hindou ont la médaille de la régularité. Leur élan sera hélas brisé par une identification malencontreuse : ils avaient oublié qu’entre deux barbus les musulmans savent faire la différence.
Vu qu’ils n’ont pas d’argent c’est leur stock de bière qui va régler l’amende… c’est ça l’Afrique ! Si le reste monde tournait aussi simplement il n’y aurait jamais de conflits.

Jacquot a pris du retard, ils sont arrivés à Laayoune à deux heures du matin. Le reste de la nuit a été somptueux, dans les villes de garnison les jeunes femmes compréhensives sont légion. Il a fait la connaissance de Latifa une « étudiante » qui ne demande qu’a venir perfectionner son Français à Toulouse. Il s’imagine rentrant au bistrot avec Latifa à son bras… la gueule du vieux !
Choïchoï à passé sa courte nuit en pointillé, il s’est levé dix fois pour vérifier si les voitures étaient toujours là, il est consciencieux Choïchoï il sait qu'une voiture ça s'envole! Et puis lui les palaces…
–Dans ce système il faut être sérieux, surtout avec le matériel, reproche t’il à son pote.
Ils ne ménagent pas la mécanique, sur cette route du sud il y a peu de circulation, seulement quelques camions de mareyeurs. La route maintenant est à voie unique, il faut se jeter sur le bas côté à chaque croisement et les camions ne font pas de cadeaux. Jacquot s’amuse comme un gosse 180/190 km heure malgré l’étroitesse du goudron. La BM crache le feu à tel point qu’il doit s’arrêter pour remettre deux jerrycans d’essence plus tôt que prévu.
Ils dépassent comme des éclairs le Rallye et les quatre-quatreux bon chic bon genre, jusqu’au moment ou Jacquot tombe ne panne de carburant à quelques kilomètres du but.
Éclate une violente engueulade avec Choïchoï qui pense qu’il va falloir le prendre en remorque.
-On est pas la pour déconner, Jacquot !

-Qu’est ce que vous fouttez ?
Dany vient de stopper à coté d’eux, ce n’est pas le mauvais gars Dany, il sait que dans le milieu de « l’export de caisses d’occasion » un bienfait n’est rarement perdu. En voyant la BM en laisse derrière le Toy il se prend à la solidarité Africaine et leur propose un bidon d’essence qu’il avait en plus pour l’ambulance. Les voilà maintenant associé à défaut d’être complices !

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A quand le prochain départ?


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 Sujet du message : Re: Fiction? pas tout à fait.
Message Publié : 16 Mai 2020, 17:05 
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Pour aujourd'hui:
Dakhla,
C’est le terminus du Sahara occidental. D’un coté l’océan de l’autre la baie du Rio de Oro ou venaient s’abriter les conquistadores puis plus prêts de nous les Latécoère de l’Aéropostale.
Ici il faut dire  « Maroc » avec les fonctionnaires, mais  « Sahara ATLANTIQUE » avec les autochtones, pour ne froisser personne.
Depuis des lustres, le Sahara occidental, ce morceau de quasi désert pendant 900 km, ne vit que de la pèche et des mines de phosphate de Bou Crâa. Il est le théâtre d’un conflit armé entre les forces Marocaines et les Sahraouis qui revendiquent l’autonomie de ce territoire, ex Sahara Espagnol.
La France a su gérer son départ du Maroc en rétablissant une monarchie télécommandée depuis Paris dans le nord mais les Espagnols, jugeant qu’il n’y avait rien de bon dans ce pays se sont contenté de partir laissant le territoire sans structure ni autorités.
Des forces d’interposition de l’ONU, dont la Minurso, quadrillent la région de Laayoune à Dakhla de Bir Gandouz à Guelta Zemmour depuis des années. La situation est bloquée. L’armée Marocaine déployée à grand frais le long du « mur » sur plusieurs centaines de kilomètres en plein désert, grille au soleil. Coté Mauritanien, n'ayant pas les moyens de contrôler cette longue frontière: On s'en fout.
La force d’interposition U.N est composée de contingents fournis par la communauté Africaine mais encadrée par des officiers aussi blancs que discrets. Ils sont là pour quelques mois en mission et passent le plus gros de leur temps aux bars des hôtels.
Devant la porte leurs Toyota siglés U.N attendent des journées entières avec leurs chauffeur dont le travail est d’astiquer le 4x4 et surtout d’aller à l’aéroport tous les matins chercher la presse internationale. C’est plus un travail de boy que de militaire, mais tout le monde à l’air de s’en accommoder.
Les journées sont longues à rédiger des rapports et des documents sans fin, que personne ne lira certainement, mais surtout qui ne seront jamais suivi d’effets. Les seuls moments forts sont les réunions avec les Saharaouis dirigeant la R.A.S.D.

Après quelques whiskys bien tassés le voyageur curieux entendra dire :
-Les Algériens veulent un accès à l’Atlantique, pour cela ils soutiennent les Sahraouis du RASD qui, eux, font semblant de ne pas voir l’ambition de l’Algérie. Les Marocains, le savent et ne sont pas prêts à céder, nous sommes là pour rien et pour… longtemps !
- Les journalistes, ah les journalistes ! Il faut pas leur en parler ils en sont resté à la décolonisation !
-Le référendum ? Hum, bientôt, bientôt nous y travaillons.
-Si on est bien ici ?
-Sûr que non, nous sommes loin de nos familles… ces missions sont éprouvantes... mais bien payées.




Tonio et sa famille sont installés en bord de mer, ils attendent le prochain convoi. Il a glané toutes les infos nécessaires pour se fondre dans le paysage. Pas grand chose de nouveau à part que les Mauritaniens, avec de la complicité Marocaines, viennent maintenant à Dakhla pour choisir les véhicules en avant première. C’est vrai qu’à Nouadhibou les flics et les douanes se servaient les premiers, ils étaient en position de force c’est chez eux qu’il faut aller récupérer les passeports et les cartes grises, qu' ils maîtrisaient. Les pros Mauritaniens ont trouvé la parade, ils passent commande et se font livrer dans le no man’s land avant la douane Mauritanienne. La carte grise du pays d’origine n’est pas indispensable, ils s’en procurent des dizaines aux douanes de Nouadhibou et parfois par un hasard aussi grand qu’Allah ils tombent sur celle de leur véhicule. Le monde est petit la magouille est grande !
La Renault 12 malgré son joint de culasse défaillant est classifiée « taxi pour Nouadhibou » la transaction serait vite faite, sauf que si elle était verte ce serait mieux… mais elle est blanche, il va falloir baisser le prix. Tonio a le temps et surtout l’habitude il laisse les Mauritaniens s’épuiser en palabres. Ce sera 5000 francs ou rien, elle est nickel cette R12 à part le moteur qui agonise. La pauvre machine n’a pas aimé les derniers niveaux faits, faute de mieux, à l’eau de mer.
Pour le fourgon Mercedes, il sera intransigeant, c’est sa maison, pas question de le lâcher avant Dakar, enfin il aimerait bien.

Le Camping Maous’fi commence à se remplir, c’est à l’entrée de Dakhla le rendez vous de tous les convoyeurs et des importateurs. Une vraie cour des miracles, on y trouve ceux qui ont loupé le convoi précédent, ceux dont les véhicules en panne n’ont pas pu aller plus loin et qui attendent là une hypothétique solution.
Les poids lourds aussi arrivent plusieurs jour à l’avance et attendent le bon convoi pour traverser, les ordres viendrons du Mali ou du Sénégal peu importe. Leur rôle c’est d’attendre et ensuite d’emmener le camion à bon port. Le trafic de camion, c’est du gros bizness, les revenus générés par l'exploitation d'un seul camion permettent de vivre dans un confort relatif à Agadez ou à Niamey pour une famille entière. Le camion ne rentre dans le pays de destination finale qu’une fois le paiement effectué, les spécialistes du camion connaissent les convoitises et la complicité avec les fonctionnaires qui savent effectuer une saisie surprise au profit de leurs revendeurs agréés.
Il reste en Afrique ce système tribal qui quadrille l’économie. Les familles de commerçant commercent, les familles de fonctionnaires taxent ou surtaxent à leur compte, les familles de transporteurs transportent et personne n’aurait l’idée d’aller s’engager dans un métier ou il n’est pas couvert  par son clan.
Chacun son métier, contrairement à notre économie libérale qui fait que chez nous tout le monde vends tout et de n’importe quoi. Seules les tribus bien organisé comme les pharmaciens et les notaires, échappent encore à ce désordre.

Bien seul à l’écart un petit Toyota blanc, super équipé avec des pneus de rechange sur la galerie, est coincé contre un mur. Sa propriétaire, Florence passe son temps à lire isolée dans son coin.
Florence, la cinquantaine pimpante est toute seule, c’est une intello, bobo parisienne, écrivain à ses heures. Elle ne sait pas trop ce qu’elle fait là et ne s’en pose pas la question. L’argent n’étant pas un problème pour elle, la voici à Dakhla par hasard, une idée d’aventure pas plus.

Les Mauritaniens en boubous bleus ciel à l’affût des nouveaux arrivages sont sur le pied de guerre, c’est à dire avachis par terre en manchonnant un bout de bois. Il passe ici 100 à 150 véhicules par semaine pratiquement que des épaves ou des véhicules volés en Europe. Cela représente un chiffre d’affaire considérable. Les vrais touristes de passage se comptent sur les doigts d’une main. Tout le monde vit de ce trafic, une voiture représente beaucoup d’argent dans ces pays ou le salaire mensuel est d’environ 3 à 400 francs. Les acheteurs sont des personnages importants, ils arborent tous sur leur cartes de visite la profession enviée d’« Homme d’affaire » C’est le qualificatif préféré des Maures, un sorte de code qui veut dire : je ne travaille pas, mais j’ai des relations ! Ils circulent entre les deux pays en hors piste par le zone minée qu’ils connaissent mieux que les démineurs de l’ONU.
Depuis peu, la force multinationale tente de déminer cette zone pourrie par trente ans de conflits. Tout le monde se défend d’avoir posé des mines, personne ne veut communiquer les plans des champs de mines puisque personne n’a miné. Les Mauritaniens accusent les Marocains qui accusent les Sahraouis. C’est la zone de tous danger des accident souvent mortels nous le rappellent régulièrement.
De temps en temps rentre au camping un nouveau véhicule, c’est la curée. Sourires, accolades de bien venue, pressions, menaces tout est bon pour prendre une option.

Quand les Montpelliérains arrivent c’est au contraire le coup du mépris. Ici plus le véhicule est douteux, plus il attire. Ceux là n’entrent pas dans le moule d'un seul coup d’œil « l'homme d'affaire » comprends que ces 4X4 ne sont pas, à priori, destinés à la vente.
Abdou, vautré sous le porche d’entré donne en Hassania l’ordre à son boy
-Limann, vas voir de prêt ses bouffons, je crois qu’il n’y a rien a vendre la dedans, regardes… on sait jamais.
Limann inspecte les « Rolls » du désert. Ils le prennent pour un employé du camping
–Pouvons nous passer la nuit et surtout prendre une douche ?
-YAPAD problème, soyez les bien venus… c’est la réponse standard de l’Africain qui n’a rien à faire de votre question. Un rapide coup d’œil et il retourne au rapport.

-Patron, il n’y a rien à vendre, mais ce sont des coffres fort roulants ces bagnoles, elles sont bourrées d’électronique et d’accessoires. Là, il y en a pour beaucoup de flouz.
-On ne va pas les perdre de vue, t’inquiètes pas fils !
La jolie troupe VIP est en état de choc, ils viennent de visiter la cabane qui héberge les sanitaires. L’hygiène est inexistante et le danger est grand. Un chauffe eau électrique avec tous ses fils dénudés est posé à terre sur trois cailloux au milieu d'une flaque d'eau. Il ne semble tenir en équilibre que par les câbles électriques et les tuyaux !
-Ça ne sert à rien de râler, c’est comme ça ou sinon bien souvent c’est l’eau froide, ici c’est le luxe, affirme Gégé.
Vu l'état des W.C cela laisse présager un avenir somptueux.

Les troupes de Dany font leur entrée au camping, même indifférence, personne ne bouge. Ils est connu ici avec ses bagnoles bardée d'autocollants. Les hommes d’affaire savent que tous ces 4x4 sont pré-vendus à Dakar et en plus comme Dany ne fait pas de bizness ici, il est détesté des acheteurs. Heureusement il a son « condé » sur place, il est intouchable. Ils se contente de verser un bakchich à un chef corrompu pour avoir la paix et toutes ses formalités administratives, sans contrôle, se règlent sur rendez vous.

Pour Jacquot, c’est une ovation ! La BM à son entrée est la star de la journée, les petits acheteurs magouilleurs sont écarté du camping, ne reste que les gros poissons. Le Toy de Choïchoï fait sensation, huit places, la clim, l’intérieur cuir, le toit ouvrant, une stéréo d’enfer, les vitres fumées… une voiture de très, très haut fonctionnaire, voire de ministre. On entendrait voler une mouche dans cette immense cour ou c’était encore la cohue il y a quelques minutes, les commentaires et évaluations se chuchotent.
-Jacquot, je crois qu’on est mal, annonce Choïchoï.
-On a mis la barre un peu trop haut, essayons de nous tirer en ville.
-En ville c’est pire, on aura les flics et le douanier sur le dos et ce ne sont pas des tendres! Faisons semblant de vouloir vendre, et on va jouer la montre. Demain matin on ira faire les papiers en ville et puis on se planque jusqu’au départ du convoi.
Les acheteurs encerclent les deux compères, la pression monte, c’est mal parti. On touche, on caresse, on regarde dessus, dessous dedans sans mot dire.
-Il faut à tout prix leur faire croire que nous sommes avec les bourges et Dany. Si on reste seul on se fera plumer.
-Tu as raison je vais le voir.
Dany est peinard dans sa combine, il sent Jacquot fébrile, il demande simplement de lui donner 5000fr pour sa protection, il a de gros frais avec l’administration Marocaine… C’est le prix de la tranquillité et en plus demain matin il n’aura pas besoin d’aller faire la queue dans les administrations. Toutes les formalités seront effectuées illico à la terrasse du Samarcande, le plus restaurant chic de la ville avec vue sur la baie du Rio de Oro. Il se la jouera grand seigneur  de Villa Cisneros, serrera les mains des fonctionnaires les plus pourri de ce pays et même pour certains se sera l’accolade. Bien souvent celle de Judas !
Choïchoï n’est pas d’accord pour lâcher l’argent provenant de la vente de ses fusils, conscient qu'ils leur faut une couverture ils entrent dans une séance de comptabilité et finalement c’est un partage à 50/50 avec jacquot pour le bien de l’entreprise, même chez les voyous les règles entre associé s’appliquent.

Dany est un homme d’affaire opportuniste, ce Jacquot lui a donné une idée. Il part à la recherche de Gégé, le chef des aventuriers de luxe. Qu’elle n’est pas sa surprise de le retrouver aux douches, au cœur d’une bagarre en règle, en train d’éjecter, manu militari, tout le monde au risque d’y prendre des bosses. Voici l’occasion rêvée de devenir copain. Sans savoir pourquoi Dany lui prête mains forte pour finir de disperser sans ménagement tout ceux qui traînent dans le bâtiment des sanitaires. Ils repartent sans commentaire en direction des frimeurs.
Leurs voitures sont serrées en cercle comme les chariots des cow-boys craignant une attaque. Il faut dire que l’épisode du Pajero en Espagne les a vacciné, ils essayent de ne pas y repasser. Ça discute ferme entre Dany et Gégé.
-J’ai une enfile pour faire tous les papiers demain sans aller faire la tournée des administrations, attention c’est réglo, il faut simplement donner un peu au gars qui s’en occupe.
-C’est quoi ton plan ? Dany donne les détails et fixe la barre à 500fr par véhicules. Gégé négocie à 200 plus la gratuité pour sa bagnole et il vend la « salade » aux autres. Marché conclu.
Les aventuriers High-Tech vivent des moment palpitants, c’est excitant la petite magouille, les bourges s’encanaillent ! L’ex commissaire explique d’un air blasé que « dans ces pays là…. » Un apéro commun est aussitôt programmé.
-Dis moi Gégé c’était quoi ce binz aux douches ?
-Tout simplement c'est Corinne, la petite allumeuse qui à mis le feu, elle sort de la douche et se balade torse nue devant les lavabos pour se faire une beauté parmi les routards, c’est de la dynamite cette conne, elle a le feu au cul ou elle est complètement barge.
-D’ou elle sort ?
-C’est « l’assistante » de Bernard le transporteur !
-Et son mec qu’est ce qu’il fout ?
- Pendant ce temps, il bouffonne, verre de pastis en main, il raconte son pognon, ses entreprises, ses camions, ses idiots de chauffeurs, son Dakar qu'il n'a jamais fait. Monsieur se la joue car il a du mal avec les bourges du corps médical. Il voudrait faire partie du club VIP, tu comprends.
Dany commence à regretter d’avoir embarqué Marie, sa blondasse. Pourtant, Marie n’a pas sa pareille pour détourner l’attention lors des contrôles, son fond de commerce c’est son sourire et son jean moulant, alors il la trimbale depuis des années, « sois belle, tais toi et n’en fait pas trop »

Leurs voisins de campement sont deux pseudos intellos hirsutes qui boivent leur coca en tirant sur leur clope roulée « maison ». Le flic a bien repéré qu’ils n’étaient pas trop à l’aise, il engage quand même la conversation avec quelques banalités sur le voyage. On parle de l’Afrique, que les deux oiseaux ont l’air de bien connaître. Ce sont des passionnés de Géologie, d’Archéologie et d’Histoire surtout d’art rupestre. Ils viennent de passer quatre semaines au Maroc à la recherche de sites et autre curiosité.
-Et vous trouvez de belles choses ?
-De la joli pierre, et parfois quelques flèches en silex, tenez en voici une.
-Ça date de quand ces trucs là ? L’instinct du flic revient à grand pas, un chien de chasse ne fera jamais un chien de salon !
-C’est du néolithique, mais il faut le faire expertiser nous ne sommes que des chercheurs, il y a aussi dans cette région de super sites ou l’on trouve des œufs d’autruches gravés, des meules et pas mal d’objets datant de l’époque ou le Sahara était verdoyant.
-Des œufs d’autruches ?
-Et en plus on en a trouvé un gravé,couvert de dessins, de la pièce rare !
Mis en confiance par la bonhomie de leur visiteur ils déballent leur trésor discrètement. Le flic est stupéfait. En plus d’un magnifique œuf d’autruche finement gravé il y a des haches, des flèches, des meules, des racloirs et sur une plaque arrachée à la roche une gravure rupestre représentant une antilope. C’est un musé ambulant cette vielle Opel.
Les deux chercheurs ne sont ni plus ni moins que des pilleurs de sites archéologiques et sont d’ailleurs à ce titre interdits de séjour en Libye. Ils se sont fait prendre avec des peintures rupestres découpées au burin. Le pillage, c’est un coup à passer le reste de ses jours en tôle chez Kadhafi, seule une complicité leur à sauvé la mise en s’échappant de nuit par le sud Tunisien.

Le Stradair arrive, capot avant démonté, un mécano Marocain a amélioré le refroidissement ! Comme qui se ressemble, s’assemble ils se garent tout naturellement à coté des Archéologues. Un grand bonjour comme si ils se connaissaient de longue date et les voilà en bonne compagnie.

Au milieu d’un groupe de vielles Mercedes et de 504/R12 se forme un petit attroupement. A la stupéfaction de tous ne voilà t’il pas que Michel notre roi de l’immobilier est en train de jouer aux cartes avec une équipe de routards-routiers, crados, dépoitraillés, tatoués et crânes rasés. Leurs shorts affiche les menus des repas et les séances de mécanique de ces derniers jours. Un des joueurs porte un « Marcel » immonde constellé d’auréoles de toutes couleurs. C’est sur qu’avec ceux la le racket des flics ne marche pas, ils n’ont pas le sous.
La première partie est finie, Michel a gagné de l’argent.... que les autres n’ont pas ! Grand seigneur leur propose quelques tours de cartes pour détendre l’atmosphère. L’attroupement redouble, il enchaîne des tours dignes des plus grands prestidigitateurs. Les autres joueurs comprennent enfin qu’ils sont tombés sur un os. Ça leur coûtera une bière ou plus car Michel, si il n’a pas besoin d’argent, aime bien (trop) la bière fraîche.

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 Sujet du message : Re: Fiction? pas tout à fait.
Message Publié : 16 Mai 2020, 17:59 
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Gardez ça pour demain dimanche!
La nuit tombe, les popotes s’activent, dans cette cour des miracles, demain ce sera la course à « papiers tampons »

De l’autre coté de la route au milieu des cabanes de pécheurs en ruine un grand feu crève la nuit sur la plage. Tonio et son frère Calou ont sorti les guitares pour la soirée décontracté, demain ils savent qu’il vont souffrir, fini le goudron. Sur la piste leurs véhicules en mauvais état ne seront pas à l’aise.
-Doucement, il faut y aller doucement sinon on va y laisser une ou deux bagnoles.
-Et si on s’ensable ? Demande un jeune dont c’est le premier voyage.
-Suis moi, ne cherches pas d’autre chemin, restes dans mes traces à au moins vingt ou trente mètres pour pouvoir prendre de l’élan et ça se passera bien. Si tu t ‘ensable tu auras mon pied au cul c’est tout.
Ils attaquent un morceau des Gypsis King à en péter les guitares. Des indigènes les regardent et écoutent cette musique mêlée de hurlements. Les jeunes battent frénétiquement des mains et font les chœurs. La fièvre monte à tel point qu’on les entend du camping. Quelques curieux sortent et traversent la route. Joëlle, la pharmacienne revient radieuse.
-Ce sont des gitans, c’est super, venez !
Le spectacle bat son plein, Limann sait que le moment est venu de passer à l’attaque, en un éclair il ouvre la tente de toit du toubib et se sauve avec le caméscope. Il fait pas bon de paraître riche dans ces coins la !
Jean-Mi, le toubib dormira bien, il a pris une bouteille de Whisky pour arroser la soirée gitano-flamenco. Marie, la copilote de Dany se lâche et danse ou tour du feu, la foule applaudit. Soirée de folie. Jacky le rallye-man, et le reste de la bande se gavent de bières, il persiste dans son approche de Corinne, la
belle « assistante » allumeuse. La proie paraît enfin à portée car le « titulaire » roupille déjà. A force de raconter sa vie, ça lui a donné soif, il s’est défoncé au pastis.
Les Gomez n’en peuvent plus, comment faire, jamais ils n’ont eu un tel public !
-Une autre, une autre ! Tout le répertoire y passe c’est la consécration !

Sur la presqu’île, ouverte à tous les vents la température baisse et chacun regagne son campement. Le toubib ne s’aperçoit même pas que sa caméra s’est envolée. Tout le monde à sommeil et le calme revient sur le camping. Seule Florence continue à lire à la lueur de sa lampe tempête.
Sur la plage au tour du feu faiblissant il ne reste que Tonio, Calou, le rallye-man , Corinne et Christian qui a flairé le coup et s’amuse de l’attaque du jeune coq ! A quarante ans elle en paraît moins de trente. Corinne est ce que l’on appelle une jolie fille, ça n’a pas toujours été rose dans sa vie. Elle trouve tout le monde sympa, son physique de Lolita fait le reste. Le charmeur, lui raconte sa vie, son boulot et la routine, il vient ici pour se changer les idées avec ses copains, le Paris Dakar c’est trop cher ! Voyager avec Dany coûte bien moins, l’aventure est plus authentique ...
Ce serait mieux si le flic partait se coucher, mais non il s’incruste. Le joli cœur prend discrètement l’initiative il caresse la main de Corinne. Elle ne bronche pas. L’affaire est bien engagée ce n’est plus qu’une question de temps.
Un minuscule croissant de lune scintille sur le clapot de la baie du Rio de Oro… Un éclair à l'horizon déchire la nuit saharienne ou est ce Cupidon qui décroche une flèche?

Le camping Maous’fi s’anime sous un joli soleil, on est bien ici, il fait si froid en France. Il faut vite déjeuner pour commencer la corvée des formalités de sortie du Maroc. Il n’y a pas de poste frontière plus au sud, juste une garnison à Guerguerat à plus de 400 km de piste.

A la gendarmerie militaire il faut remplir des fiches de renseignements. C’est bien organisé et bon enfant. Ils reçoivent leur « clients » par paquet de dix, leurs locaux sont équipés un ancien bureau d’école en bois avec le banc attenant. Un des routiers crée l’ambiance, il se coince avec son gros bide entre la table et le dossier. On rigole un bon coup. Un inspecteur recopie le renseignement sur un registre avec application et lenteur. La queue est longue devant la grille en attendant son tour.
A la Police un couloir sordide,gris de crasse, mène aux différents bureaux, ici c’est moins convivial. Chacun subit un interrogatoire en règle : Nom. Prénom, et celui du père et de la mère. Motif du voyage. Date du dernier passage s’il y a lieu. Et ça recommence, le registre à remplir dans une pièce ou la fumée des cigarettes couvre l’odeur de transpiration. Les Policiers ont un mépris profond de tous ces convoyeurs, ils les traitent comme des moins que rien. Ils les laissent mariner dans un bureau de longues minutes pendant qu’ils discutent, fument et boivent le thé dans la pièce voisine.
En Afrique tout ce qui porte képi est investi d’un pouvoir quasiment illimité, on subit et on se tait. Inutile de montrer de l’agacement, c’est exactement ce qu’ils attendent pour pousser le contrôle un peu plus loin et trouver à coup sûr un numéro illisible ou un document incomplet. Ils peuvent ainsi feuilleter et relire un passeport jusqu’au moment ou le voyageur craque et propose un petit cadeau.
Ce n’est pas de la corruption, c’est de l’amitié. Ce n’est pas du bakchich, c’est un souvenir.
Le contrôle terminé les passeports restent sur place dans les mains des policiers.

Quand on sait qu’il faut encore retourner aux Douanes à la sortie de la ville remplir la fiche du véhicule c’est désespérant. Même attente, mêmes formulaires, mêmes pressions, mêmes cadeaux. Les cartes grises sont conservées par la douane.

Il ne reste que peu de temps pour aller faire les courses. On trouve de tout à Dakhla du carburant, des fruit et légumes, du pain des conserves et du poisson. Il faut prévoir l’intendance pour vingt quatre heures avant de rejoindre Nouadhibou ou par contre il n’y pas grand chose dans les commerces.

Sous les parasols, à la terrasse du restaurant Samarcande, le plus chic du pays, les passeports et les cartes grises changent de main. Une pincée de billets aussi. Dany a fait un bon coup, il a encaissé plus d’une brique et ne reverse que 5000fr pour la prestation. Cinq mille francs c’est le salaire de dix mois, c’est une grosse opération. Quand on sait qu’elles à lieu une où deux fois par semaine on comprend pourquoi les fonctionnaires en poste, loin de tout, supportent mieux leur séjour ici.

Le circuit administratif est terminé, c’est l’heure de l’apéro du soir, une occupation pour tromper l’ennui.
Florence, l'intello parisienne déjantée se lie avec les VIP du groupe de Dany. Elle explique qu’elle est là depuis une semaine pour apprécier l’ambiance surréaliste de ce passage de frontière à l’Africaine. Elle est vaguement pigiste pour un hebdo et espère bien y publier quelques lignes sur ce sujet. Dans son innocence elle dégaine son appareil photo, c’est l’hallali, les pros s’interposent immédiatement devant leurs véhicules en prenant bien soin d’en cacher l’immatriculation. La plupart tournent le tête, ils n’ont pas envie d’être en photo sur le prochain VSD.
Florence se rend compte du malaise et finit par poser les pieds sur terre et rengaine son arme.

Ce soir pas de folies, chacun révise sont véhicule, demain c’est du sérieux.


Les convois quittent Dakhla tous les Mardis et Vendredis vers 10 heures, inch Allah. C’est à dire jamais avant midi…
Uns seul véhicule militaire taille la piste en direction d’El Argoub, la base de la marine Royale, premier contrôle, rien à contrôler puisque tous les papiers et les passeports sont dans le véhicule des militaires ! C’est comme ça, il faut contrôler quand même. Une trace balisée de cairns relie El Argoub à Guerguerat à trois cent kilomètres de là via le petit fort que les militaires persistent à appeler Bir Gandouz du nom de l’ancien poste distant à soixante et dix kilomètres. Les distances n’ont pas importance dans l’immensité Saharienne, les noms et lieux dits sont souvent imprécis. Le paysage est lunaire, des roches déchiquetées, des trous et des bosses donnent un aspect d’après bombardement. Il faut traverser quelques de passages sablonneux mais surtout de la caillasse qui entaille les pneus, déjà fatigué, des 504 et autres Mercedes. Les crevaisons sont fréquentes on répare au milieu de la piste en bloquant tout le monde. Personne n’ose sortir de la trace. On dit les abords de cette piste minés. Quelques carcasses mutilées sont là pour le rappeler. Ça roule à trente à l’heure, les rallye-men piaffent d’impatience, pour leurs premiers kilomètres de piste la moyenne n’est pas très glorieuse !
Enfin au coucher du soleil, au creux d’une petite dépression voici le sinistre fortin Guerguerat !

GUERGUERAT

Le long de la piste, au pied du fort en pierres sèches, délimité par deux bornes et deux cairns un terrain jonché d’ordures et de flaques d’huile sert de parking, bivouac, lieu d’aisance… C’est ici qu’il faut passer la nuit. C’est l’horreur, ceux qui dorment sous la tente essayent de nettoyer quelques mètres carré pour s’installer. Beaucoup dormiront dans leur voiture. Le repas du soir est vite bâclé dans ce décor de décharge publique. Seuls nos VIP s’immunisent au Whisky contre d’hypothétiques maladies qui séviraient dans la région. Le toubib cherche toujours son caméscope. Florence prend des notes et une fois de plus fait une gaffe. Elle monte sur une borne pour prendre une photo. Pas le temps un militaire descend du fort et lui fonce dessus, saisi l’appareil et confisque. Elle veut voir le commandant… Elle aura gain de cause après s’être confondue en excuses. Elle vient d’apprendre que sur ce continent partout ou il y a un uniforme ou une guérite c’est zone militaire: Photo interdite étant donné l'importance stratégique des gourbis militaires.
Le départ est prévu pour huit heures, tout le monde sera levé bien avant, l’endroit ne se prête pas à un une halte prolongé.

A huit heures précises, bye bye Maroc ! Un militaire ouvre la barrière et remet le sac poubelle contenant tous les passeport et cartes grises au premier venu, ça tombe sur Jacquot. Il réalise tout ce qu’il pourrait gagner en refourguant tous ces papiers en France mais vu la composition du convoi l’expérience serait risquée, il n’y a pas beaucoup d’enfant de cœur dans ce milieu. Un habitué en 504 a pris la tête de la colonne, la piste est composée de traces multiple et plus ou moins parallèles. Tous suivent dans le sillage, personne ne prend le risque de sauter sur une mine. Au milieu du no man’s land de quatre kilomètres entre les deux pays, à une intersection les « importateurs » Mauritaniens en boubou attendent leurs commandes. Les chauffeurs récupèrent leur sac et leur argent et abandonnent leur véhicules Ils s’entassent tant bien que mal chez ceux qui peuvent les transporter. Leurs voitures rentreront en Mauritanie un peu plus à l’Est du coté de Bôu-Lanois ou l’endroit n’est pas surveillé.
Il aura des cartes grises de reste à Nouadhibou…. Les convoyeurs iront seulement chercher leurs passeports au commissariat moyennant bakchich, et les faire viser aux douanes Mauritaniennes dans les baraquements infâmes non loin de la gare.
Il ne leur restera plus qu’à attendre un vol d’Air Afrique ou d’Ibéria pour rentrer en Europe. Les purs et durs peuvent rentrer en bateau en passant par Las Palmas.

Le poste Mauritanien est en vue, c’est une construction en pierre sèche, style garenne à lapins. Le sac poubelle contenant les document de tout le convoi est transmit à cette puissante administration et Jacquot se trouve promu chauffeur du militaire Mauritanien qui maintenant dirige le convoi. Une cuvette bien ensablé l’attend au démarrage il y plante la BM, il n’a pas besoin de demander de l’aide. Spontanément Choïchoï le remorque. La berline allemande va maintenant vieillir de plusieurs années sur les soixante kilomètres qui relient le clapier à Nouadhibou, elle ne sera pas la seule blessée sur ce terrain infect, cette piste est décharnée et même les 4x4 y laissent des morceaux. Cette pénible journée est déjà bien avancée quand le convoi atteint le PK 55. Il ont rejoint la voie ferrée Nouadhibou /Zouerate sur laquelle circule deux à trois fois par jour le plus lourd train minéralier du monde. Plus que quelques minutes et les voici au poste de gendarmerie de Basrah, un premier contrôle est effectué. Il va falloir maintenant s’habituer à ne rencontrer dans ce coin que des gens armés le doigt sur la gâchette. Le sac poubelle est vidé par terre et on fait l’inventaire des passeports. Chacun est prié de répondre à l’appel de son nom. Ça dure un temps infini, à cause de la lecture hésitante et de la prononciation des noms à la Mauritanienne. Entre l’appel du patronyme, sa compréhension et la réponse de l’intéressé il se passe parfois de longs silences. Le gendarme hurle.
-Monsieur Carriol !
-Carriol Bernard !
Personne ne bouge, puis enfin c’est B. Cayrol qui se présente !
On ne sait pas si le compte est bon au bout de deux heures le convoi redémarre.
Ils arrivent au « Bouchon ». Le lieu dit Bouchon de mines est certainement l’endroit dont se souviendra toute sa vie le voyageur qui passe par là. C’est un enclos  coincé entre la baie de l’étoile et les rails, délimité par des traverses de chemin de fer métalliques plantées dans le sol.
Tout le tour à terre se sont des herses faites des mêmes matériaux mais dont le métal à été défoncé et pointé verticalement comme une planche de fakir. Deux baraques en ruine abritent Police, Douanes et Militaires. Une fouille TOTALE des véhicules vas avoir lieu, sauf pour ceux qui ont un contact sur place et prévu le budget Bakchich. Ils ont de l’appétit les militaires et policier Mauritaniens, on ne les amuse pas avec de la menu monnaie ou une bière. Les saisies et amendes pleuvent. Les armes en bandoulière pointées sur leur interlocuteur maintiennent un climat d’une tension extrême. Tous les arguments sont bons pour trouver un prétexte de pillage et de rançon.
-Pourquoi avez vous deux roues de secours ?
L’explication quelle quelle soit aboutira à une confiscation.
-Avez vous rempli votre déclaration de devises ? Sortez votre argent !
Et c’est la vérification y compris par fouille à corps.
Discrètement avec un clin d’œil, le rallye-man jolie cœur propose à Corinne de la fouiller. Son compagnon très occupé, donne une conférence sur le « Dakar » comme dab!

Pour eux qui sont pourtant des fonctionnaires voyous, des bandits en uniformes et qui roulent sur l’or de leurs malversations, la surprise est toujours de taille. Si les convoyeurs-routards n’ont pas d’argent, par contre les vrais touristes, ceux qui ont les super 4x4 sont des banques ambulantes. Les sommes contrôlées atteignent des dizaine d’année de salaire honnête donc au moins quelque mois de pillage.
Les déclarations de devises leur font tourner la tête, les Africains ne se demandent comment font ses gens pour avoir des voitures pareilles et autant d’argent sur eux. Le contrôle des changes leur révèle un autre monde, ils ne réalisent pas, ne comprennent pas et ça aiguise leur appétit.
Si il savaient, les malheureux, que leurs dirigeants circulent avec des valises contenant des sommes des centaines de fois plus importantes, mais dans le sens: sud/nord ! De leur palais aux banques de Genève, d'Andore, de Monaco, et vers les Iles Caïman, les Bahamas ou l’argent n’a pas d’odeur.
En général on nous parle de l’argent noir de l’Afrique… du bout des lèvres. Ici ce n’est pas un tabou, si vous ne vous le donnez pas on vous le prends sous forme de taxes imaginaires ou de rémunération d’un guide sois disant obligatoire ou tout autre motif.
Tout est compté, les billets Marocains confisqué, malheur à celui qui ne rentre pas dans leur système ou fait mine de résister, il sera retenu plus longtemps.
Parfois c’est la faute, dans leur frénésie ils tentent de sous-tirer de l’argent à des gens qui n’en ont pas, ça frise la bavure et finira un jour par provoquer la fin de la combine ou de graves incidents.
C’est avec soulagement que l’on quitte Bouchon, ceux qui prétendent le contraire avouent qu’ils ont payé. Le proverbe Ivoirien, pourtant loin de sa source, n’a jamais été aussi vrai : « Voler blanc n’est pas voler » c’est la devise du Bouchon aussi.
Des états de non droit aux fonctionnaires corrompus il y en a partout, l’Afrique est cependant un cas d’école. Pour les habitués le sujet est délicat, ils n’en parle qu’a mots couverts, ils ont l’habitude de payer leur tranquillité… on s’habitue à tout, chacun se figure avoir un meilleur passe droit que les autres et se tait.

Tonio est fataliste il sait que de toute façons tous ces objets et ces quelques pourboires qu’il donne sont des leurres. Pour lui le vrai bizness c’est les papiers permettant l’immigration et accessoirement pour lui, la vente des voitures. Finalement il s’en sort avec un caméscope. Calou est contrarié, ces Mauritaniens sont des catastrophes.
-Il était neuf celui là, même dans son emballage depuis sa « tombée de camion »
-Il ne faut plus rien transporter qui est l’air neuf, on se fait farcir à tous les coups ! Il enrage, mais obtient le geste dédaigneux du militaire qui lui signifie qu’il peut enfin circuler.

Les fouilles s’éternisent, les « rats d’égouts » en épaves roulantes rigolent … ils savent comment ça va finir, ils sont venu pour se défouler et ont des projets musclés.
Demain il ferra jour… et il faudra repasser le Bouchon dans l’autre sens pour ressortir de la nasse de Nouadhibou.

NOUADHIBOU


Le calvaire des pneus et des suspensions n’est pas fini, encore quelques kilomètres pour rentrer dans un sordide bidonville bordé d’immondices qui annonce la proximité de la grande ville.
L’entrée de l’ancien « Port Etienne » surprend le visiteur, il n’en croit pas ses yeux, des Renault 12 Taxis, peintes en vert par une technique inconnue de nos peintres et carrossiers, crachant la rouille, sans vitres, avec des roues que l’on soupçonne d’être carrées, encadrent les premier libérés du bouchon.
Il y a aussi « Jacques » avec sa 4L blanche qui prend des risques de grand prix de F1 pour coller le plus possible à la proie qu’il a sélectionné: Les station wagons du groupe chic.
Jacques est un malin, ainsi surnommé en mémoire de la récente visite du président Jacques Chirac pendant laquelle il a su se faire remarquer, il a inventé réceptif touristique. Il répugne à se mélanger avec le monde des trafiquants d’automobiles et préfère la prestation de service ou tout est dans le baratin et la gentille arnaque.
Entre autres obligations, l’entrée en Mauritanie est soumise à quelques petits suppléments officiels et officieux.
Jacques connaît bien sûr les meilleurs guides, sois disant obligatoires, pour traverser le banc d’Arguin en direction du sud. Il connaît le chef de gare de la SNIM qui chargera, en priorité, votre voiture sur le train pour éviter les dunes gigantesques qui sont sensées barrer votre passage en direction de l’Est vers Atar.
Il connaît le meilleur assureur de la ville et au meilleur prix, le meilleur camping, restaurant, garagiste… Il s’occupera pour vous de la taxe de traversée du parc national du banc d’Arguin, de savoir à partir de quelle heure vous pouvez récupérer votre passeport et la carte grise de votre voiture. Il peut vous réserver un hôtel à Nouakchott de même qu’à Atar. Vous y dormirez grâce à sa recommandation dans la chambre de l’hôtel que Pierre Messmer avait fait construire dans cette ville pour la visite du Général de Gaulle dans les années soixante. Un vrai livre d’histoire ! Reposez vous pendant qu’il effectue le change des devises à votre place où qu’il calcule la marée.
Jacques, le baratineur sait se rendre in dis pen sable et finalement coûte moins cher que de se faire truander par la faune de mendiants qui ne tourne au tour du convoi.

C’est avec soulagement que tous s’entassent enfin dans le camping d’Ali.


Ali, le Stéphanois, est un petit seigneur local, il a ses rabatteurs qui ont prêché la bonne parole et qui ont su récupérer suffisamment de monde pour bourrer la petite cour qui sert de camping-refuge.
Sortant de deux jours de harcèlement intensif tous ne pensent qu’à se poser et reposer au calme dans un lieu clos. C’est justement ce que propose Ali. Murs de quatre mètres de haut, portail fermé dans la seconde qui suit l’entrée d’un véhicule, accès réservé à de rares colporteurs trié sur le volet et nec plus ultra : douches propres avec de eau chaude. Seuls les cris du muezzin voisin troublent cette tranquillité.
Sur sa demande un assureur se déplace pour vous établir l’attestation responsabilité civile obligatoire pour circuler en Mauritanie et pour le change officiel ou officieux le banquier vient à vous, c’est un cinq étoiles !

Avant la nuit il faut aller voir le cimetière des bateaux. La baie de Cansado sert de dépotoir aux armateurs qui n’ont pas envie de payer une dépollution et la démolition de leurs cargos épaves. Les vielles coques crachant la rouille et le fuel finissent ici échouée ou à demi immergées en attendant que le temps fasse son œuvre, il y en a certainement pour des siècles. Des organismes bien pensants s’insurgent contre cette pollution et régulièrement les caméras de télévision révèlent au monde entier ce sinistre tableau. Une émission spéciale à été consacrée au sujet par Thalassa, on y voyait quatre « démolisseurs » équipés d’un vétuste chalumeau découpant les tôles d’une carcasse de navire… ça à dû durer uniquement le temps de la prise de vue car depuis dix ans rien n’a bougé ! Le gouvernement Mauritanien essaye de revendre le bébé aux ferrailleurs Indous sans succès, les épaves ne sont plus en état d’être remorquées, leur démontage est trop technique. Le stock augmente à chaque tempête.

Nouadhibou bye night est une curiosité, dans ce décor de misère, de taudis et de bidonville infâme, il y a de nombreux restaurants ou l’on déguste de la langouste verte, produit local, avec des sauces fortes en goûts et odeurs qui cachent parfois le manque de fraîcheur et la piètre qualité du produit.
Si vous vous sentez une âme de Don Juan des pistes, et que votre trousse de pharmacie est bien garnie, rien de plus facile: Aimez l’Afrique elle vous attends !

Le circuit administratif est aussi complexe que celui de sortie du Maroc, il faut se présenter à la Police pour récupérer votre passeport et établir un visa. Le visa est délivré sur place à un tarif indéterminé, c’est en fonction de l’heure et de l’importance du convoi. Aux douanes il faut faire inscrire sur le passeport l’entrée du véhicule et signer une attestation sur l’honneur de réexporter ce dernier au terme de votre voyage. Moyennant un petit billet bien placé il se peut que le douanier oublie d’annoter l’entrée du véhicule ça peut arriver à tout le monde d’oublier…Ce qui vous permettra de le vendre en Mauritanie sans être inquiété au contrôle à la sortie du pays.
En principe pour les pros ou ceux qui « arrosent » le plus, en deux heures tout est fini.
Les contrôleurs du Bouchon, en fins psychologues, comprennent que les premiers à ressortir de la ville sont ceux qui donnent le plus, il faut un mélange de générosité et de diplomatie pour passer rapidement. Mais le roumi n’est pas toujours bon client et parfois belliqueux !

Dany et ses combines croit faire partie du peloton de tête, mais les desperados des 504 et Mercedes sont passés hélas avant lui. Quand il approche de Bouchon rien ne bouge, Dany comprend qu’il y a un imprévu. Un militaire sans armes, uniforme en lambeaux, approche titubant. Son visage est en sang, il ne peut pratiquement plus parler avec ses lèvres en bouillie.
Mauvaise pioche, il valait mieux rester un peu plus longtemps en ville.
Ceux qui chez nous seraient qualifiés de trafiquants ou de petits voleurs de voiture on réglé leur comptes. Les militaires se sont faits trop pressants pour qu’ils leur abandonnent en cadeau une des Peugeot. Ils se sont heurtés une horde de jeunes gars d’une vingtaine d’années, prêts à tout. Les quatre rançonneurs sont mal tombés, avec leurs vieux pistolets mitrailleurs ils n’ont impressionné personne, ils se sont fait surprendre, violemment désarmer et rouer de coups. Un vrai massacre il y a des bras cassés et des visages tuméfiés.
Le militaire reprend de l’autorité : Il voudrait que Dany fasse de la place dans ses voitures pour retourner et emmener les blessés à Nouadhibou. Vu l’état dans lequel ils sont Dany établie une stratégie de crise, il ferme sa vitre prend sa C.B et annonce :
-Attention à tous, silence total, écoutez moi bien : un imprévu nous oblige à réagir vite et bien ! Mettez tous vos moteurs en marche et démarrons en trombe, les explications seront pour plus tard, GO !
Ont ils à peine commencé à démarrer que Gégé entre dans les parc à bestiaux. Il a vu la manœuvre et exécute le même sans réfléchir une seconde, il hurle dans sa VHF
-Ne vous arrêtez pas ! Danger, Foncez ! Ne cherchez pas à comprendre !
Panique ? Analyse super rapide de la situation ? Instinct ? Peu importe il a senti que c’était la solution adaptée à une situation inconnue, imprévue donc dangereuse.
Un vrai commando ces Montpelliérains quand la trouille les prend, ils en font tant qu’ils sont obligé de lever le pied pour ne pas dépasser les 4X4 de compétition !
Décidément ils vont avoir des choses à raconter ce soir au bivouac et surtout au retour.
L’excitation est à son comble, ça roule, surtout trop vite le long de cette voie ferrée.
Dans les voitures, les cantines et les sacs mal arrimés, valsent dans tous les sens.
-Maintenant on lève le pied, qui est la dernière voiture ?
-C’est moi, annonce Jean Mi mais il y a le petit Toy blanc de Florence qui me colle au fesses !
Chez Dany le dialogue est identique, sauf que lui, étant l’instigateur du forcing commence à expliquer, à la C.B, la situation à ses compagnons de Rallye.
-Tout le monde est bien passé ?
Pendant ce temps à la CB.
-Les flics se sont fait « démonter » par les mecs des 504, ce n’est pas la première fois, mais qu’ils leur ai piqué leurs armes, là ils ont fait fort !
A PK 65 il décide de s’arrêter car il a vu que la colonne qui le suit était beaucoup plus importante qu’il n’en faut. Il stoppe, Gégé remonte la file :
-Qui c’est qui a démoli les flics ?
-Certainement les gars de 504, j’avais entendu des plaisanteries sans équivoque à l’aller.
-Tu fais quoi maintenant ?
-Je descends vers le puits de Morzouba pour y bivouaquer cette nuit et surtout pour laisser passer pas mal de voiture devant nous. Vu cet incident, il risque d’y avoir un comité d’accueil à la sortie de la plage à Nouakchott il vaut mieux attendre, et toi ?
-Je modifie mon cap, je vais passer par Atar, ça change mon plan mais je ne veux pas prendre le risque de me faire emmerder.
-Et si on la leur joué par la bande ? Passons par Nouamghar, on se fait la plage tranquille et avant Coppolani ou Tanit on file sur Bénichab, je connais plusieurs pistes. Ensuite nous rentrons dans Nouakchott par la route d’Akjoujt. Dany opine en silence, ce Gégé à l’air de bien connaître le terrain.

-J’ai mieux pour la suite, ajoute Gégé : de la route d’Akjoujt il y a une coupe qui rejoint la « Route de l’espoir » quelques kilomètres à l’Est de la ville, et là c’est royal personne ne nous attendra de ce coté.
-OK je te suis. Dany pour une fois perd ses galons de chef, il a trouvé son maître.

Tout le monde sera content, ils voulaient rouler sur la plage, ils vont avoir, quand même, la plage comme prévu ou presque.

Morzouba et son cabanon sur le promontoire se profilent, tout le monde est bien content d’atteindre ce puits. Un puits dans le désert c’est magique, on y retrouve tout ce qui vit dans le coin.

Florence prend une initiative :
-Qui vient avec moi chercher du bois ? Il y a des acacias pas très loin.
Les volontaires affluent, les événements de la journée ont soudé les groupes, le piment de l’aventure les motive.
Jean Mi, le toubib, aidé du fils du pharmacien ouvre un dispensaire. Michel et Christian dont les bagages étaient mal sanglé, ont pris leur chargement sur la tête tellement qu’ils ont roulé vite. La trouille qu’ils on eu au Bouchon leur avait donné des ailes. Ils ont tout deux de belles bosses et l’un a même une petite entaille au cuir chevelu qui a saigné. Vite une photo !
Les trois filles reviennent triomphales en traînant un gros fagot de branches au bout d’une sangle derrière le petit Toy.
-On se fait un super feu !
Beau bivouac prés de ce puits au milieu de nulle part. Chacun a pris ses marques et trouve enfin ses affaires sans vider complètement sa voiture.
Ils deviennent efficaces, les tentes sont montées rapidement et ils peuvent attaquer l’apéro.
Pour Bernard, pas la peine il en est déjà au troisième pastis et commence à donner de la voix.
Il a le pastis guai ce soir, il chante du Lama et raconte des blagues après avoir téléphoné par satellite à sa secrétaire, bizness oblige.




Les deux clans ont totalement fusionné, malgré les différences de standing tout le monde se tutoie, c’est la magie du désert. Loin des repères et des clivages habituels les comportements relationnels changent. Le maçon en rallye est attablé avec les pharmaciens les plus snob. Michel montre des tours de cartes à grand renfort de canette de bière. Marie d’habitude si discrète se lance dans une grande explication sur le mode de vie des femmes Mauritaniennes. Les garçons l’écoutent bouche bée. Elle raconte qu’elle est restée quelques jours avec les habitants d’un petit hameau à coté de Chinguetti pendant son dernier voyage il y a peu de temps.
Dany avait une voiture en panne et elle a mis à profit cette immobilisation pour vivre avec les femmes d’un campement.
Florence n’en perd pas un mot, c’est bon pour son article, passionnant. Les rally-men les plus techniques laissent tomber leurs discussions sur le cambouis et la ferraille. Marie explique, elle a eu la chance de rencontrer une famille issue d’une « grande tente » C’est ainsi que l’on nomme ici la classe aisée. Ce sont des maures, des Beïdanes d’Atar, l’ancienne capitale du pays. Toute leur famille vit en communauté en ville dans une immense maison, avec une ou deux esclaves importées du Maroc ou Sénégal. L’esclavage en Mauritanie est un sujet tabou mais hélas une triste réalité.
Tous possèdent également une résidence à Nouadhibou pour fuir la fournaise de l’Adrar à la saison chaude.
Le week-end Mauritanien commence le jeudi à midi, ils ferment leurs commerces et viennent passer une nuit sous les khaïma du campement ou ils rejoignent les gardiens de leurs troupeaux qui nomadisent dans la région. Ces escapades champêtres donnent lieu à des soirées de palabres et de fêtes. Une des filles de la « tribu » parle étrangement un français sans accent et sert d’interprète aux autres qui ne parlent que le Hassania.
Quand Marie raconte avec passion la vie des ces femmes, elle en a les larmes aux yeux. Dany ne l’a jamais vu dans cet état !
Elle n’est pas la seule, la plupart sont déstabilisées par cette entrée mouvementée dans le pays. Ils ne s’attendaient pas à autant de pression et de violence pour le passage de la frontière et l’agression subie par les Policiers les a tous choqué.
-Mais qu’est ce que c’est que ce pays ou rien de fonctionne régulièrement ?
-Tout est sujet à combine et rien ne se fait dans les normes.
-Si chez nous les fonctionnaires ripoux prenaient une bonne valse de temps en temps… épilogue Jack le mécano. Il pense aux boites de chocolats et aux bouteilles de Champagne qu’il se sent obligé d’offrir pour accélérer certains dossier à la sous-préfecture entre autres.
Déd et Richard en rigolent et concluent qu’ils ne vont pas rencontrer les Mauritaniens sur un terrain de rugby avant longtemps, chacun son délire !
-C’est le Far-West, comme dans tous les pays pauvres depuis quinze ans ils ont la télévision partout, ils reçoivent par leurs paraboles, des image du monde entier, explique le flic. Ça leur fait tourner la tête, soit ils restent chez eux à garder des chèvres et des dromadaires, soit ils sont fonctionnaires investis de pouvoirs exorbitants. Les autres ne cherchent que l'occasion d’émigrer vers ces pays de rêve ou ils croient que l’argent facile coule à flot. Ces pays ou des filles blondes et court vêtues se déplacent en rollers sur des avenues bordée de palmiers... sans dattes, les rendent fous. Ces pays ou des voitures de sport rutilantes déposent de play-boys aux portes des palaces.


Les Gomez et Jacquou n’ont pas se genre de préoccupations, ils sont tous bloqué au Bouchon et encerclé par des renforts de militaires très nerveux.
Les camionneurs ont beau essayé d’expliquer qu’ils n’ont rien vu, qu’ils étaient encore en ville quand l’agression a eu lieu, rien n’y fait.
Ce n’est pas le moment d’élever le ton, la tension au maximum, l’agressivité des soldats est de plus en plus pesante.
Jacquot croyait bien faire en laissant partir les quatre-quatreux les premiers, il le regrette amèrement.
Choïchoï fataliste en profite pour se trouver une parenté lointaine avec Tonio. Ils parlent en Catalan ce qui irrite tout le monde surtout Jacquot qui est exclu des débats généalogiques.
-Putain on est là jusqu'à quand ?
Le gitan fataliste le calme.
-Faut pas bouger, mon gars, on est victime d’une sale embrouille.
Ils risquent en effet d’attendre encore longtemps. Coté Mauritanien on ne sait même pas qui à donné l’ordre les bloquer tous au Bouchon. C’est inquiétant car personne ne prend l’initiative de laisser partir tous ces gens qui sont pourtant en règle.
Arrive en trombe un véhicule de Police brinquebalant :
-Je suis le commissaire, vous ne pourrez pas partir tant que nous n’avons pas retrouvé les armes dérobée à mes hommes, ça pourrait être dangereux pour tous.
Ben on est pas dans la merde crache un camionneur.
Pouvons nous revenir en ville, au camping ?
J’ai dit personne ne bouge !
Il vont rester là à camper dans ce terrain vague, encadré par des hommes en armes menaçants. Ils sont furieux les Mauritaniens, ils ont l’habitude de tondre tout le monde et que tout le monde s’écrase. Ils ont tombé sur plus voyous qu’eux !

Le long de la voie ferrée à plus de cent kilomètres à l’Est dans les premiers bancs de sable, les hooligans convoyeurs fêtent leur victoire et leurs premiers ensablements. Les tatouages brillent sous la sueur et les éclaboussures de bière.
Chacun revendique la paternité du plus beau coup de poing et de la plus belle giclée de sang. Ils se gargarisent de leur exploit en oubliant qu’ils étaient quinze contre quatre.
Demain le long des rails une grosse journée de sable les attend. Pour éviter les zones infranchissables par des berlines la tactique consiste à monter sur le ballast de la voie ferrée pour circuler à cheval sur un rail. Si la solution est bonne pour éviter le sable elle l’est beaucoup moins pour la durée de vie des pneus. Les abords de la voie sont jonchés de milliers d’éclat de métal car sous la charge de l’engin roulant le plus lourd du monde, les rails s’épluchent en projettent des sortes de flèches acérées de toutes dimensions.
Les habitués se font une raison, ils ont des pneus de rechange qui sont des déchets mais qui conviennent parfaitement à cet usage. Les crevaisons fréquentes permettent de laisser refroidir les vielles Peugeot le temps des réparations copieusement arrosées de bière tiède.

Au Bouchon le temps commence à devenir long et les nerfs lâchent.
Un camion de chantier de la SNIM rentrant de son travail sur la voie, arrive dans le « parc » de Bouchon, le chauffeur s’adresse directement au chef des militaires, il a trouvé des armes jetées sur la piste à PK 40.
Plein de bonnes intentions il retourne les chercher dans la cabine de son engin, mais il tend maladroitement un pistolet automatique à l’un des bidasse ce qui lui vaut un coup de crosse en pleine poitrine, le gars s’effondre. Les Mauritaniens ne se font pas de cadeaux ! Haute Tension dans un grand silence.
Sans prévenir Tonio à une drôle d’idée : il démarre son moteur. Dans la seconde qui suit les deux poids lourds se mettent en marche et démarrent sans crier gare, les militaires ne bronchent pas, peut être que l'ordre donné leur a échappé... ?
En cinq minutes le Bouchon se vide et la vie reprend comme si rien ne c’était passé.

Les voilà à nouveau sur ce tronçon de piste défoncée avec la roche tranchante comme revêtement, il faut rouler molo. Les intervalles entre les véhicules commencent à se creuser.
Les babas cool avec leur camion caravane ont décidé de faire équipe avec les archéologues pillards. Ils doivent encore échanger quelques bonnes adresses de « fournisseur » Marocains.
Ils ont du coté de Biarritz, un fournisseur d’herbe extraordinaire, le choix la qualité et le sérieux du vendeur ! Mais ils font quand même des provisions au Maroc pour la durée du voyage.
La BMW et le gros Land Cruiser font bande à part.
-Bougeons nous pour essayer d’arriver à Nouakchott les premiers, on tente le tout pour le tout.
-Si on roule une partie de la nuit on pourra arriver aux dunes de l’Azefal et au premier planton on se pose.

MORZOUBA

Au puits de Morzouba la soirée se passe sous un beau ciel de désert le charme est seulement rompue par la sonnerie incongrue du téléphone Inmarsat.
Le ciel est rarement clair en Mauritanie à cause des violents vents de sable qui balayent cette partie de côte Ouest. Quand ce n’est pas le vent c’est la brume qui occulte la visibilité.
Ce soir c’est exceptionnel, le toit du Sahara est magique, c’est un émerveillement pour nous qui n’en voyons qu’une petite partie sous nos latitudes. Les nuages mais aussi les pollutions atmosphérique et lumineuse nous privent du grand spectacle. Ici les étoiles filantes se succèdent sur fond de voie lactée.

Malgré l’heure tardive quelques pick-up locaux circulent en direction de la plage, ils ne veulent pas manquer l'heure de la marée, sous peine de ne pas arriver à Nouakchott le jour même. Ils vont se positionner à Nouamghar et dès le premier signe du reflux s’élancer en rasant bien l’eau pour trouver le sable les plus porteur.

Le tas de branchage a disparu, le feu baisse d’intensité, des bouteilles et emballages vides traînent un peu partout. Ce n’est pas du goût de Gégé
-Demain matin on laisse l’endroit nickel, il faudra en brûler le plus possible et le reste on l’enterre, compris ? Aucun écho ils sont fatigués et demain… on verra.

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 Sujet du message : Re: Fiction? pas tout à fait.
Message Publié : 17 Mai 2020, 06:40 
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Jo ...continue bien sur !!!
on attend avec impatience et délectation la suite de ton récit qui fait revivre aux Chibani comme nous de bien beaux souvenirs ..le convoi ..le bouchon ..la plage etc etc ..
Si j avais tes souvenirs et ton talent de narrateur il y aurait le récit des voyages en 504 ou 505 par l Algérie jusqu au Niger .. en passant par El Goléa , In Sallah , Tam ? In Ghezzam , Assamaka ..jusqu à Arlit ,Agadez puis Niamey ..
C est un autre parcours , une autre époque révolue ..on était djeuns !!

On attend la suite , Jo ...prends soin de toi et à bientôt .


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 Sujet du message : Re: Fiction? pas tout à fait.
Message Publié : 17 Mai 2020, 10:07 
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Il fallait aussi en tenir une couche pour descendre (pour la première fois) en solo avec un patrol 3.3Turbo tout neuf en faisant Alger/In Guezzam en deux jours et nuits. Bouffant une boite de ravioli en guise de réveillon à l'entrée d' in Guezzam derrière un file de centaines de trafiquants nigériens et réparer, au petit jour la station service "bonne année 1988" (en panne depuis plusieurs jours) Merci Christian*!!!
La réparation effectuée nous permis d'être servis... le premiers et d'être à Agadez le soir même pour faire de l'assistance sauvage des copains en course pendant la journée de repos...
Tu vois jacques j'ai encore des réserves de conneries à écrire du genre le vieux SABINE pourchassant les "touristes" que nous étions, entre N'gourti et N'guigmi du haut de son hélico. Cela lui permettait de tourner la tête et de ne pas voir PEUGEOT avec un faux hélico de la 5* en train de remettre sur la bonne piste les 205 qui filaient par erreur vers le Tchad! J'ai les photos, Maindru aussi (photographe officiel) et personne n'a rien dit... un peu comme le vol de la 405 à Bamako l'année suivante, que seul Fenouil a balancé.

Allez les gars réveillez vous il va falloir en mettre un coup!
Promis, si je ne perd pas la boule avant, je pondrai quelques pages sur le Dakar au prochain confinement ou mieux pendant ma balnéo à Er Réched!
Pour le moment, après mes vacances annulées, je bosse comme jamais en rêvant de me casser en octobre!
Programme du dimanche : https://www.youtube.com/watch?v=qrPsLhqCc-M

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 Sujet du message : Re: Fiction? pas tout à fait.
Message Publié : 17 Mai 2020, 10:55 
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et voila:
-Demain matin on laisse l’endroit nickel, il faudra en brûler le plus possible et le reste on l’enterre, compris ? Aucun écho ils sont fatigués et demain… on verra.
Seul un petit groupe lancé dans une séance de navigation et de cartographie parait en état de continuer les palabres. Ce mélange de jet-set et de jeunes aventuriers est unique, des gars de vingt ans en sont à tu et à toi avec quinquas notables. Ce n’est pas un nivellement par le bas ou par le haut, c’est une fusion loin des contingences économiques et professionnelles. La pharmacienne ultra guindée sympathise avec un loulou de banlieue vaguement mécano à ses heures. Comment des gens si différents peuvent'ils trouver des sujets de conversation? L’Afrique à laissé je pense une empreinte dans l’imaginaire de tous, ça doit être ça le dénominateur commun ?
Il y a Patrick le dragueur qui s’intéresse à Corinne pour des raisons beaucoup plus terre à terre, mais quel sujet peut intéresser un cador de l’immobilier et un chauffeur routier ? Entre un mandarin, coqueluche de Montpellier, et un paysan du midi joueur de rugby à ses heures?
Se sont des personnes qui se côtoient et s’ignorent superbement dans leur vie habituelle, mais qui se retrouvent ici embarquées, de leur plein gré, dans une situation complètement en dehors de leurs compétences et loin de leurs habitudes.
La modestie devant la grandeur de la nature et le dépaysement y sont certainement pour beaucoup.



Petit matin gris sur le désert, il y a un brouillard intense, une visibilité de vingt mètres maximum. Les braises servent à vite rallumer le feu, ils en ont bien besoin. Quatre vingt kilomètres séparent Morzouba de l’Atlantique mais on se croirait en Normandie. Le petit déjeuner est bien triste quand le soleil crève la brume.
-Laissons sécher les tentes et partons dans une heure !
Gégé en profite pour insister afin que le lieu de bivouac soit soigneusement nettoyé, Dany traîne un peu, l’écologie n’est pas sa tasse de thé, il enterre ses boites de conserve d’un coup de pied dans le sable, sans conviction.
-Imaginez qu’en arrivant hier soir vous ayez trouvé les abords du puits jonché de boites de papiers et de bouteilles, argumente Christian, si chacun laisse ses merdes ça deviendra infréquentable.

Les rayons du soleil les réchauffent et sèchent vite le campement, le changement de temps est brutal, le froid, l’humidité et le chaud s’enchaînent avec une rapidité étonnante c’est une des caractéristique de l’ouest du Sahara.

Ils démarrent enfin, direction Bir el Gareb, encore un puits seul au milieu de l’infini. Le voyageur ne peut passer à ce puits sans prendre une photo, il est composé d’une margelle basse et d’une auge pour faire boire les animaux. Quels animaux ? Il n’y a pas un brin d’herbe à perte de vue, le lieu est insolite comme abandonné de tous, figé dans le temps.

De grandes portions sablonneuses et plates permettent de rouler vite, ils jouent au Rallye mais bizarrement personne ne prend de risques. La sagesse Africaine aurait elle eu raison des plus excités ? Ils se dirigent maintenant Sud West .
Cap Tafarit, est un lieu très prisé des pécheurs, un rocher entouré de plages désertes. L’endroit est fréquenté le week-end par le microcosme des Français et les commerçants Libanais expatriés à Nouakchott, ce n’est pas vraiment le lieu de pêche le plus proche mais certainement le meilleur.
Un pseudo contrôle des prises est effectué par les gardiens du Parc Naturel du Banc d’Arguin. Cela prête à rire car les chalutiers Chinois traînent leurs filets depuis des années dans cette zone et installent leurs bateaux usines au mouillage bien au large en dehors des eaux territoriales Mauritaniennes. La nuit ces bateaux usines créent un halo de lumière sur l’horizon on y traite le poisson pour l’expédier par une noria de cargos vers l’Orient.


Enfin l’océan. Après avoir photographié quelques épaves de bateaux échoués sur la plage, ils prennent leurs repas au pied du grand rocher de Tafarit à l’abri du vent.
-Et si on se baignait ?
L’imprévu de la question induit un grand silence. Ils regardent tous leurs chefs de groupe pour voir leur réaction.
-Si seulement on connaissait l’heure exacte de la marée ça permettrait de décider, lâche Gégé.
Pour le moment les eaux sont hautes et il semblerait que ça monte encore.

-Il y a une 4x4 Mauritanien de l’autre coté du rocher, posons leur la question.
Un pick-up tout neuf de l’Unesco et là abandonné portières ouvertes avec dans sa benne du matériel de géomètres.
Ils avisent le sommet du rocher et trouvent enfin deux Suisses en train de faire des relevés sur le promontoire.
-Bonjour, vous connaissez le coin ?
-Pas trop, nous sommes juste là pour définir l’emplacement d’un bâtiment qui doit prochainement abriter un puissant radar pour la surveillance des pêches.
-Connaissez vous l’heure de la marée descendante ?
-Pas avant deux ou trois heures, elle n'a pas fini de monter, vous en avez pour un bon moment avant de pouvoir rouler sur la plage.
-Vous pouvez prendre la piiiste des caamions si vous êtes pressés, ajoute le second Helvète.

La cause est entendue, baignade générale. Dany est un peu contrarié, pour lui plutôt les voitures seront à Dakar, plutôt il expédiera par avion les Rallye-men et il pourra commencer ses négociations. Il lui faut aussi penser au long marchandage à Rosso ou il doit faire rentrer les véhicules au Sénégal sans qu’ils soient marqués sur les passeports de leurs pilotes. Le tarif des douaniers corrompus est fonction du nombre de voiture mais aussi du nombre de douaniers à partager la galette. Dany à rendez vous avec le chef de poste habituel mais il a toujours une petite crainte, dans ces pays rien n’est gagné, tout change au gré des besoins. Dany sait qu’une fois à Dakar il doit vendre, encaisser et repartir le plus vite possible. Ils se doit d’avoir un passeport « clean » et il a deux solutions : remonter son Range par la route ou l’embarquer dans un container. Sa combine ne tient que parce qu’il est en règle avec les Sénégalais du moins ceux de la capitale. Si la ligne rouge est franchie les enveloppes qu’il distribue à la frontière risquent de doubler ou tripler.

Ambiance de plage à Cap Tafarit, il fait beau, l’eau n’est pas des plus chaude en ce mois de janvier mais un bain en plein hiver ne se refuse pas, un souvenir de plus. Le pique nique est ensuite vite expédié, la marée commence à descendre il faut partir pour rouler bientôt vers leur rêve : la plage !

De Cap Tafarit vers le sud c’est une succession de marécages et de villages de pécheur, en bons connaisseurs ils reviennent à l’intérieur de terres pour reprendre la piste au petit monticule de Garet Zrâ. A partir de là la piste ressemble à un chott en saison sèche, une croûte terreuse relativement lisse permet de rouler vite vers Nouamghar.

Il faut ensuite compter avec le cordon de dunes de l’Azeffal. Ce ne sont pas de grands obstacles pour les 4X4 mais les deux roues motrices doivent dégonfler pour passer finalement après de nombreux ensablements et remorquages.




Il se fait tard la marée est au plus bas et les fonctionnaires du PNBA veulent vérifier si ils ont payé la taxe du parc, un peu de nervosité et les choses s’arrangent avec quelques tee-shirt.

A force de jouer les vacanciers la bande des 4x4 ne voit pas passer le temps et les Gomez finissent par les rattraper au contrôle du parc, ils les informent dernier épisode de l’affaire du Bouchon.
Jacquou et Choïchoï gardent leur distances ils sont de mauvaise humeur, la BM a perdu ses pare-chocs dans les sables de l’Azefal et Choïchoï a du faire le remorqueur non seulement pour Jacquot mais pour ses nouveaux cousin qu’il trouve maintenant un peu encombrants. Il faudra faire un petit lifting à la berline Germanique ! Elle à un look plus qu’Africain avec sa calandre défoncée et ses entrailles visibles. Les mécanos Sénégalais feront des miracles pour lui rendre sa valeur marchande à coups de mastic et de fil de fer.

Enfin la plage ! Les nouveaux n’ont pas la technique ils ne serrent pas assez la limite des vagues. Il faut profiter du retrait de chaque vagues pour foncer à raz de l’eau pour obtenir le plus de vitesse sur le sable mouillé et bien porteur puis remonter vers du plus sec et mou avant que les flots ne rattrape la voiture. Le jeu est passionnant et risqué.

Un des véhicules de tête se fait prendre par une vague et son « pilote de pointe » tenait le volant en dilettante. Il se fait surprendre, le 4x4 de course se met en travers, et cap au large ! Les occupants sortent par les vitres. Dany alerté par C.B fait demi tour il explose en voyant son véhicule demi immergé.
-Vite des sangles il faut tirer la bagnole de là sinon dans une heure elle sera complètement engloutie.
Tous prêtent main forte un des puissants 4x4 des VIP du désert se met en position de remorquage rien n’y fait l’engin amphibie ne bouge pas.
-Gégé ton toubib a un treuil sur son Toy ?
-Oui Dany ça vient… l’eau monte, ils sont au moins dix à barboter tout habillés autour du nouveau radeau de la méduse version japonaise. Ils tentent d’évacuer et de sauver ce qui l’est encore dans le 4x4 amphibie.
Jean Mi arrive, bien entendu il a un treuil mais ne sait pas s’en servir c’est donc Gégé et Dany qui prennent l’affaire en main sans lui demander son avis.
L’eau arrive aux rétroviseurs du naufragé, il faut faire vite, vite.
Emmanuel le plus jeune propose ses services de plongeur c’est sur lui que repose maintenant la lourde responsabilité d’accrocher, sous l’eau, le câble au châssis du Toy. Le câble se déroule avec une lenteur qui fait hurler Dany vite, vite ! Emmanuel respire un grand coup et disparaît sous l’eau. Du premier coup il réussit à l'enrouler sur un longeron et à refermer la manille. Chapeau ! Quand on sait que ce jeune timide vit dans l’ombre de son père et que l’on ne l’avais ni vu ni entendu depuis une semaine ! Il est chaleureusement acclamé.

-Vas y Gégé mouline ! Hurle un des baigneurs.
Suspens… on n’entend que le ressac et le ronronnement du treuil. Il y a un imprévu, ce n’est pas le véhicule naufragé qui regagne la terre mais le super engin de Jean Mi qui ripe vers l’eau.
-Accrochez une ou deux bagnoles avec des sangles vite !
Contre toute attente c’est Choïchoï qui manœuvre rapidement et qui sauve la situation. Les vagues envahissent l’intérieur du petit tout terrain/sous marin, tous croient que c’est foutu.
Choïchoï prend l’initiative :
-Dany, en plus du treuil tirons en marche arrière avec les deux bagnoles.
C’est avec effroi que Jean Michel les voient s’emparer de son véhicule les moteurs ronflent. Plus de 400 chevaux sont maintenant en action !
-Gégé ! En courtes et doucement OK ?
Le miracle se précise, l’épave bouge et se rapproche du rivage !
Le pilote amateur, auteur de cette énorme bêtise est prostré à l’écart assis sur une dunette et garde le silence… il vaut mieux. Une fois au sec c’est un « hourra » collectif. Maintenant Dany sait qu’il est bon pour une grosse séance de mécanique au minimum ou un remorquage si le moteur a avalé de l’eau. Tous s’effondrent sur le sable et récupèrent à grand coup de bières. Aucun n’a pris le temps de se mettre en tenue de bain, ils sont trempés. La discrète Joëlle toujours se transformera en lingère, ce soir le bivouac ressemblera à un authentique camp de gens du voyage avec des cordes à linge tendues entre les voitures.
Ils se préparent un bivouac d’enfer, la fiesta pour les uns, la mécanique pour Dany.
Les chefs se congratulent, l’esprit tribal des derniers jours a complètement disparu, ce soir les bourges feront l’apéro avec les gitans. C’est une troupe soudée qui installe son bivouac un peu en retrait dans un terrain bosselé couvert de grands bouquets d’herbes.
Florence l’intello plumitive récidive :
-Venez m'aider, il y a du bois sur la plage, faisons un tas avant qu’il fasse nuit !
Les Garcia hésitent Calou est un sauvage, il n’aime pas se lier avec des rencontre de voyage il se met un peu plus loin.
Les projecteurs des Montpelliérains suréquipés illuminent sur la plage une longue rangée de table et de chaises de camping.
Dany compte 4X4 … seize bagnoles, signe du destin ou mathématique parfaite : tout est enfin entré dans l’ordre.
Bernard lance sur son autoradio un C.D Rock endiablé et la fête commence. Ce n’est pas facile de danser sur le sable mais l’ambiance compense la qualité la piste. L’apéro promet d’être copieux !

Dans le désert on n’est rarement seul. Un groupe de pêcheur s’approche intrigué de tout ce vacarme. Des blancs ils en ont vu passer sur cette plage mais des fous furieux comme ça jamais. Comme tout bons public ils se mettent à frapper dans leurs mains et à danser. Ce moment de joie collective et intense, jamais ils ne l’oublieront, ils pourront sourire quand des intellos bien de chez nous leur parlerons avec des mots savants de mixité sociale, de barrière des cultures ou de spécificité Française !
-Voulez vous manger du poisson ?
Demande un géant noir dans un Français impeccable et d’une prononciation à faire rougir beaucoup de nos jeunes immigrés de troisième génération.
On croit rêver, mais non, ces pêcheurs sont des Sénégalais qui travaillent pour des conserverie Mauritanienne, ils parlent tous Français. Du coup les Garcia qui en oublient leur Catalan se mettent aussi à parler Français entre eux, du jamais vu !
Le feu crépite, fume énormément le bois est humide et rempli de sel, qu’importe la fête bat son plein.


Les sénégalais reviennent en portant des « truites » Ce sont, en Méditerranée des Loup ou Bar en Atlantique.
Les loups du banc d’Arguin tirent leur nom de truite du fait qu’ils sont mouchetés.
Tout en se dandinant en musique un pécheur nettoie les poissons, ils ont l’habitude de les manger bouillis accompagné de riz, ce soir exceptionnellement ce sera grillé et aromatisé au fenouil et arrosé de Pastis.
L’apéritif s’éternise, les coups de rosé et whiskys pleuvent… Les émotions de la journée en ont calmé plus d’un, on n’entend que le clapot de l’océan, le calme du repas succède enfin à l’avalanche de décibels.

C’est toujours le calme qui précède la tempête : les Gomez attaquent leur tour de chant et les Sénégalais emmènent leur Djumbé, la soirée est chaude au tour du feu qui compense le petit air frais venu du large Les flash immortalisent ce spectacle. Sur fond d’océan c’est un bivouac quatre étoiles tout le monde est émerveillé.
La nuit a été courte, le soleil légèrement voilé se lève sur le désert Mauritanien, aujourd’hui ils vont subir une épreuve de sable entre la côte et Bénichab, il faut dire adieu aux Gomez qui préfèrent assurer par la plage avec leurs véhicules à deux roues motrices. Jacquot et Choïchoï suivront le même chemin.

Les premiers kilomètres font peiner les moteurs, le sable est mou et la conduite est pénible avec des changements de direction incessants entre les touffes d’herbes. Les rallye-men s’en donnent à cœur joie, les Rolls du désert sont beaucoup moins à l’aise. Ils rejoignent Bénichab et son insolite usine d'embouteillage d’eau de source édifiée en plein désert. Ensuite c’est la piste roulante et bien tracée jusqu’à Akjoujt.
On entre dans la ville par les anciennes mines de cuivre abandonnées par les Français. Un derrick attire leur attention, ils rencontrent de Canadiens qui sont en prospection dans le secteur. Ils ont des résultats encourageants, un jour la manne pétrolière inondera peut être ce pays ?
La petite citée qui hébergeait les employés des anciennes mines est toujours la avec ces maisonnettes toutes simples et bien alignées.
Elles sont occupées par des familles Mauritaniennes et relativement bien conservées.
Les quatre quatreux se regroupent à la station service.
La route est maintenant goudronnée vers Nouakchott sur prés de 300 km, quelques kilomètres avant la capitale une petite piste file dans les dunettes vers Beïla petit hameau, bidonville de la banlieue. C’est par cette piste que Gégé envisage de contourner le ville afin d’y entrer par le coté le plus inattendu : la route de l’espoir venant de l'Est.

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 Sujet du message : Re: Fiction? pas tout à fait.
Message Publié : 18 Mai 2020, 11:27 
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Çà se corse à


Nouakchott


L’idée de ne pas rentrer dans Nouakchott par les pistes venant du nord était excellente, les Gomez qui n’ont pas put en faire autant tombent à la sortie de la plage sur des militaires et de policiers enragés qui attendent le « commando » qui a attaqué leurs confrères de Nouadhibou. Ils ont pris position dans les dunes le long des derniers kilomètres et au tour des antennes de Radio Mauritanie qui risquerait selon eux d’être la prochaine cible de ces dangereux terroristes armés ! Bizarrement il y a de nombreux officiers de police qui accompagnent deux étrangers bien blancs.
Malgré le nombre et les autorités présentes les vieux réflexes réapparaissent : les Gomez vont se faire rançonner une fois de plus, ils y laisseront quelques téléphones portables… Heureux enfin de rejoindre le centre ville ! Les deux compères avec leur BM démolie auront plus de chance malgré une inspection approfondie des deux voitures. Les officiers vérifient et notent les numéros de châssis de leurs deux voitures et examinent minutieusement la procuration qui donne à Jacquot le droit de circuler avec la BM, Choïchoï est blême ! Heureusement qu’il à fourgué tous les fusils au Maroc car la situation tendue et la présence des deux blancs ne prête pas à négociation ou à arrangement sur ce sujet.
Après avis des deux étrangers, ils peuvent circuler, biens soulagés malgré ce contrôle anormalement tatillon. Les deux blancs ont fait signe que « c'était bon » donc affaire réglée pensent'ils.
En réalité les officiers d'Interpol comptent bien suivre ces véhicules jusqu'à leur destination finale et faire tomber ainsi leur réceptif à Dakar.

Tonio a une première affaire à réaliser, il doit remettre à un fils de grande famille une attestation d’hébergement, le précieux sésame, pour qu’il obtienne un visa vers l’eldorado : l’Europe !

La négociation se fait dans une grande pièce, tous assis par terre sur des matelas en mousse recouverts de tissus multicolores au tour d’une théière. Les maures ne sont jamais pressés, ils marchandent pendant des heures, ils ne connaissent pas Tonio. Il a mis la barre très haut mais sait bien que le document étant nominatif il sera bien obligé de le leur donner. Deux heures et dix thés plus tard l’affaire est conclue, tout simplement au prix qui avait été convenu par téléphone les mois précédents le voyage. Ensuite on essaye d’obtenir un bon prix sur une voiture mais la mayonnaise ne prend pas les  Beïdanes  ne sont pas généreux. Tonio préfère négocier avec eux des cartes d’identité ou des passeports qu’ils vont faire falsifier.
Ils sont contents de quitter Nouakchott, avec un million de Francs CFA en poches, presque trois ans de salaire dans ce pays… Dans deux ou trois jours ce sera Dakar et enfin le gros bizness. Calou en profite pour passer un coup de fil à son contact dans la capitale Sénégalaise.
-Doudou, prépares le flouz, nous serons là avec les « faf's » dans deux jours !

Choïchoï sait que le calvaire de la berline est fini, ils reprennent le bon goudron vers Rosso et font les pleins pour épuiser leurs Ouguiyas.
-Je n’ai jamais vu autant de flics sur la plage, d’habitude ils attendent simplement pour faire quelques P.V négociables, car ils savent que beaucoup de convoyeurs circulent sans assurance Mauritanienne.
-Et les deux blancs, tu as vu qu’ils avaient l’air de mener la barque ? demande Jacquot.
-Il doit y avoir une embrouille, je ne crois pas que ce soit à cause du « baston » de Nouadhibou, jamais ils ne se couchent sous les bagnoles pour vérifier les numéros de châssis et faire autant de vérifications. Tirons nous d’ici et « fissa » !
-Tu as raison c’est pas bon signe.

Coté route de l’espoir les contrôles se font anormalement longs. Ce gros groupe de seize 4X4 attire les policiers. Quelques centaines de mètres plus loin ce sont les douanes qui eux aussi veulent voir les cartes grises et vérifier les numéros de série pendant qu’arrive en trombe une Mercedes.
Un policier Mauritanien en descend et approche à grands pas du véhicule « Organisation » de Dany.
-Daniel Fernandez ?
-Oui
- Vous êtes en état d’arrestation !
-Bonjour, monsieur, Interpol, nous vous attendions, lui annoncent les deux blancs qui sortent à leur tour de la Mercedes.
Gégé vient aux nouvelles et se permet de demander ce qui se passe, la réponse et claire :
-Vous êtes en état d’arrestation pour importation illicite et recel de véhicules volés en France.
-Quels véhicules volés ? Nous sommes tous avec nos voitures personnelles.
-Permettez moi de vous dire que non et veuillez, tous, arrêter vos moteurs, sortir de vos véhicules avec vos passeports, cartes grises et la clé de contact.
Un vieux Saviem équipé en panier à salade arrive à son tour, dans un nuage de fumée nauséabonde d’huile de vidange, arrivent ensuite deux autres fourgons tout aussi détruits et bourrés de policiers !

Dany ne dit mot et s’exécute, Gégé qui continue à discuter, se retrouve menotté et attaché à la grille de la fenêtre du cabanon faisant office de poste de contrôle.

Ils sont verts de peur et s’alignent, sans dire un mot, à coté de leurs voitures entre deux rangs de policier menaçants.
A force de vivre dans nos douillettes démocratie, nous n’avons plus l’habitude des armes brandies n’importe comment. Ici c’est canon pointé en permanence, doigt sur la gâchette bien souvent sans motif… sous ces latitudes le mot « bavure » n’existe pas.

-Je suis André Farnist, officier de police judiciaire d’Interpol annonce t’il en montrant sa carte à Gégé, tout penaud. Veuillez demander à votre passager de nous emmener vos papiers.
-Je voyage seul, mes papiers sont dans ma voiture.
Un Mauritanien défait la menotte et la passe à son poignet et ils se dirigent vers les quatre quatreux qui instinctivement ont formé le carré VIP. A la vue de leur leader tenu en laisse ils sont terrorisés.

Le deuxième flic d’Interpol s’approche et installe un téléphone satellite à même le capot du Toyota de Gégé.
-Donnez vos papiers, SVP. Et l’agent d’Interpol lance l’appel.
- Allo, salut c’est André, je t’appelle de Nouakchott, c’est bon, nous avons l’objectif en main, je te passe les références voitures par voitures ainsi que les numéros de passeports et les identités qui vont avec, d’accord ?
A Lyon, au central d’Interpol, devant son écran un fonctionnaire enregistre les premiers éléments transmis de Nouakchott.
Florence très émotive pleure dans son coin Corinne tente d’aller la rejoindre.
-Restez à coté de votre voiture ! Hurle un flic.
Elle n'a pas l'habitude qu'un homme lui parle comme ça! Les autres se taisent en attendant leur tour.
Le tri est vite fait, tous les passeports des passagers des voitures de Dany sont confisqué et remis aux Policiers locaux, ceux de la bande à Gégé aux policiers Français.
-Vous allez suivre la Mercedes jusqu’au ministère de l’intérieur et ils libèrent Gégé.
-Pourrais savoir pourquoi ?
-Nous y allons justement pour ça, vous aurez toutes les explications tout à l’heure.

Du coté de Dany ce n’est pas la joie, les cartes grises n’ont pas résisté au rapprochement avec le fichier d’Interpol. Ils se font tous embarquer dans le panier à salade sans même avoir le droit de prendre quoi que ce soit dans leurs voitures qui sont maintenant rangées et fermées à clé devant le poste. Dany est menotté et chargé sans ménagements. Seule Marie est étrangement accompagnée au ministère avec les Montpelliérains.
Dix minutes plus tard après une entrée en force dans la capitale à grands renforts de sirènes ils sont conduits dans une cour intérieure du ministère, ce n’est pas la place Beauveau mais ça à son charme :
Murs ocres, légèrement crasseux, mais recouverts en grande partie par de magnifiques bougainvilliers et sol en terre battue.

-Mesdames et messieurs nous allons procéder à vos auditions, à partir de maintenant je vous demande de ne plus communiquer entre vous, ce qui permettra je vous le souhaite de lever rapidement les charges retenues contre vous, à savoir recel et importation illégale de véhicules automobiles et complicité de vol ou recel.
Un mouvement de stupéfaction remplace petit à petit l’angoisse, ils sont certains de leur bon droit, ils se connaissent tous et ne doutent pas un instant de l’honnêteté de l’un d’entre eux.

-Je vous présente monsieur De Castillo, consul de France à Nouakchott qui, exceptionnellement, avec l’accord de nos confrères Mauritaniens, assistera à vos interrogatoires.
-Gérard Galtier, venez le premier, veuillez me suive.
Les questions sont simples et courtes :
-Depuis quand connaissez vous Daniel Fernandez ?
-Quels sont vos rapports avec lui ?
-Quels sont vos projets si vous pouvez continuer votre voyage ?
-Que savez vous de l’attaque dont ont été victime les fonctionnaires Mauritaniens en poste au Bouchon à Nouadhibou ?

A part Bernard qui se sent obligé d’en faire des tonnes et Michel qui sort sa carte d’élu, personne ne moufte. Florence après l’abattement se fait menaçante, elle à des relations et sortira un article dans la presse… ça ne se passera pas comme ça. Il ne faut pas plus de deux heures pour clôturer les auditions. Marie la compagne de Dany est placée en détention. Elle n’est pas idiote et se doutait qu’un jour la combine du rallye finirait mal, voilà qui est fait. De toute façons elle comptait bien ne plus repartir en voyage avec Dany, elle à découvert qu’il menait une double vie sous l’apparence d’un artisan magouilleur tranquille.
-Vous pouvez disposer en attendant que l’enquête se poursuive, je vous invite à ne pas quitter la ville, annonce le consul, en attendant la restitution de vos papiers.
Ils auraient bien du mal sans passeports ni cartes grises pour sortir de Nouakchott qui est assiégé dans l’attente de capturer le « commando » qui a démoli les fonctionnaires du Bouchon !
-Il faudrait décider, soit on se fait un petit hôtel, soit nous retournons bivouaquer sur la plage, demande Gégé.
A l’unanimité c’est l’hôtel, d’autant plus que Gégé connaît un petit établissement tenu par des Français en centre ville.

L’hôtel El hamane est un modèle de discrétion, il est complètement caché à l’arrière d’un grand corps de bâtiments, en retrait des commerces sur une grande avenue. On y accède par une sorte de couloir ou trône la réception qui débouche sur le bar dans un grand patio très frais entouré de bougainvilliers multicolores.
-Dans une heure au bar, les gars ! Je vais voir de suite le consul de France pour les informations.

L’ambassade de France, regroupe de multiples services dont le consulat. C’est un petit village de quatre ou cinq hectares, entouré d’une immense grille qui doit être doublée, pays islamique oblige, par un mur anti-agression en cour de construction.

Monsieur de Castillo le reçoit dans un immense bureau quasi ministériel.
-Votre affaire est suivie par mes services et aussi de Paris par le quai d’Orsay, notre expert est actuellement en train de vérifier avec la police l’authenticité de vos passeports et surtout des cartes grises. Ils vont certainement rendre leur rapport demain matin et je vous assure que je veillerais personnellement au bon cheminement de vos papiers jusqu’à restitution si tout est en règle.
Gégé connaît hélas l’inefficacité des fonctionnaires Français dans ces pays là, il a eu un accident au Mali il y a quelques années et a pu juger la lenteur de leur aide et le suivi aléatoire. Il remercie toutefois le consul après avoir reçu une invitation à l’apéro pour toute la troupe demain à midi.
C’est plutôt bon signe, pense t’il, ça voudrait dire que le fonctionnaire ne doute pas de leur bonne foi?

Son retour est très attendu au Bar de l’hôtel, il est assailli de questions dés son arrivée et résume la situation :
-Ils font un contrôle pour vérifier les cartes grises et nous libèrent dés que possible.
-C’est quand « dés que possible » demande Florence qui est devenue membres du groupe par circonstance.
-Inch Allah, Flo nous sommes dans un joli merdier, encore que nous sommes à l’hôtel pendant que les autres sont en tôle.
-J’ai contacté un ami au quai d'Orsay , les Mauritaniens ont demandé nos extraits de casier judiciaire et tout le tralala, la réponse sera transmise dans la soirée.
-Monsieur Galtier, téléphone pour vous à l’accueil, annonce la réceptionniste. C'est noire vêtue bizarrement à la mode Antillaise qui ne se départit jamais de son large sourire.
Les parents d’un jeune pseudo rallye-man du groupe de Dany prenant Gégé pour le responsable de l’aventure de leur rejeton, commencent par l’invectiver violemment. Quand il peut enfin placer un mot, Gégé leur explique la situation, ou du moins le peu qu’il en sait. La mère craque et l’insulte au point qu’il préfère couper la communication, il subit assez de pression comme ça.

L’apéro est tristounet, la patron, monsieur Albert, les rassure de son mieux, il a une entrée au commissariat central et va se renseigner pendant qu’ils passent à table.
L’hôtel El hamane est certainement une des meilleures tables de la ville à défaut d’avoir des chambres au même niveau. Le restaurant est fréquenté par les notables, hommes d’affaire et quelques blancs de passage aux air mystérieux et importants.
Albert se dirige vers eux et prends place à leur table.
-Mes garçons vous êtes dans une sale affaire, les Mauritaniens veulent à tout prix vérifier que vous ne faites pas partie de la même bande que les autres qui sont actuellement au trou ! Le consulat leur porte à manger et c’est tout ce qu’ils peuvent faire. Pour vous il semblerait que c’est une question de temps car c’est une grosse affaire que ce trafic de 4x4. Jusqu'à maintenant tout le monde fermait les yeux sur l'importation de 4x4, mais ça devient tout à coup un événement, on se demande d’ailleurs pourquoi. Ici il n’y a que ça des voitures douteuses, alors tout ce zèle ?
Le repas se déroule dans une ambiance morose, le silence devient pesant quand Albert vient chercher Gégé.
-Viens, il faut que je te présente monsieur Ould Mirhi qui est le ministre de l’intérieur.









Après les salamalecs d’usage le ministre, venu pour manger, se voit obligé de remonter le moral de la bande, chose impensable chez nous, il demande à faire approcher sa table de celle des Français. Christian se présente et sort sa carte de retraité de la Police Française.
Le ministre a fait ses études à Paris, licence en droit, est a gardé la fibre Francophile, il est au courant de leur affaire à cent pour cent et commence à poser des questions concernant l’autre groupe.
-Il me faut la certitude que votre regroupement avec les trafiquants est uniquement du au hasard du voyage, pouvez vous me donner des informations sur ces gens là ?
Gégé refait l’historique de leur rencontre, le ministre acquiesce.
-Mes renseignements me laissent penser que c'est plausible, mais il y a un autre aspect de cette opération, nous avons le sentiment que le seul coupable est Daniel Fernandez et que les autres Français ne sont que des pions et ont été habillement abusés.
-Je ne sais pas dit Michel, j’ai bien entendu une discussion entre les jeunes avaient des doutes ce qui laisserait penser qu’ils ont été trompé par Fernandez, l’organisateur. Ils se posaient pas mal de questions sur le retour des véhicules en France, sois disant par containers et eux en avion? Pour nous c’est clair ce sont nos véhicules et nous retournerons avec.
Mohamed Ould Mirhi est pensif, c’est exactement son avis, mais on ne dirige pas la police d’un pays avec des appréciations personnelles. La présence des deux officier d'Interpol l'intrigue aussi, lui cacherait' on quelque chose?
Puis le mot de la fin:
-On se voit demain à votre consulat pour la restitution de vos passeports.

Le soulagement est immédiat, on se congratule, Corinne en profite pour faire ami, ami avec madame la ministresse et pour finir de décontracter tout le monde le ministre appelle monsieur Albert, le patron.
-Monsieur Albert pouvez-vous ressortir les bouteilles de vin, que vous avez promptement caché à mon arrivée, avant que l’un de nous s’étouffe ! L’éclat de rire est général. Dans cette république Islamique l’alcool est toujours officiellement interdit, quelle hypocrisie !
Les conversations ont pris un ton beaucoup plus jovial et comme le monde est petit, le jeune Emmanuel s’aperçoit qu’il est en fac de droit à Montpellier avec un des fils des Ould Mirhi.

A Toulouse le téléphone réveille les Loucas, ce jeune couple qui s’est fait voler une BMV il y a une semaine. Ils sont convoqués au commissariat demain à l’ouverture, ils sentent les soucis qui se profilent et n’en dormiront pas de la nuit.


Un air de vacances retrouvées anime la troupe et les palabres continueront au bar tard dans la nuit.
-Demain matin faisons nos courses et les pleins et si tout se passe bien après l’apéro au consulat sauvons nous rapidos !

La nuit est courte mais réparatrice, la pression est enfin retombée

L’avenue Kennedy est dans la brume des échappements des minibus cabossés qui crachent des vapeurs de gas-oil. Dans ces petits fourgons Saviem verts qui embarquent et déposent leurs passagers « à la volée » sans s’arrêter, s’entassent parfois plus de trente personnes.
Les portières arrière ont disparues et facilitent ainsi le chargement des passagers et de leurs ballots. Ces taxis collectifs font fureur dans la capitale.

Une visite aux marchés s’impose, elle sera menée au pas de charge par Gégé qui ne veut surtout pas arriver en retard à l’ambassade. Ils prennent des taxis Mercedes aux sièges défoncés et pour faire couleur locale montent à cinq sur la banquette arrière, le chauffeur proteste, ils devront payer un supplément.
Il y a trois marchés à Nouakchott, le marché National qui est le mieux achalandé, le marché Africain ou les cœurs sensibles n’ont pas leur place. La Viande y est présentée à même le sol dans un nuage de mouches effrayant, le poisson se signale par une odeur d’ammoniaque qui retourne les tripes des plus fragiles, mais la cerise sur le gâteau c’est le marché aux voleurs.
Au marché aux voleurs il y a de tout, mais en particulier vous y retrouverez les super phares et la roue de secours de votre voiture qui ont été démonté cette nuit, les bagages volés à l’aéroport ces dernier jours, en somme, tout ce qui manque ailleurs !
Il y a un choix de vêtement faramineux, des vêtements trop chauds, impossibles à porter sous cette latitude, des jouets, des matériaux de construction… La visite est finie et retour à l’hôtel pour récupérer leurs voitures. Si tout se passe bien Gégé leur promet de les emmener au port cet après midi avant de quitter la capitale pour assister à l’arrivée des barques, un spectacle fort en couleur et en odeurs !

Ils filent vite à l’ambassade.

L’accueil  se veut décontracté, ils en ont bien besoin, pas d’alcool mais un petit buffet de bonne qualité ça change du bivouac. Ils partagent tous leur étonnement avec les agents consulaires, comment auraient ils pu se douter qu’ils voyageaient avec une bande de brigands pourtant si sympathiques ?

C’est madame le vice consul qui va donner toutes les précisions :
-Tout d’abord je souhaite que cet épisode de votre passage à Nouakchott ne gâche pas la suite de votre périple, il apparaît au vu des premiers éléments de l’enquête que vous avez partagé, malgré vous, une partie de vos vacances avec un groupe de convoyeurs de voitures volée, portant toutes de fausse plaques et qui alimentent la Mauritanie et le Sénégal.
Monsieur Daniel Fernandez était dans le collimateur de la justice Française depuis des années, mais il a toujours été assez habille pour passer entre les mailles du filet, il a fait cette fois le voyage de trop.
Son activité dépassant largement le cadre national, l’affaire a été confiée au gens d’Interpol qui vont gérer ce dossier. Ce genre d’affaire relève du grand banditisme international et aussi d’un certain coté du terrorisme.
Les conducteurs des 4X4 du pseudo rallye organisé par monsieur Fernandez, sont nous pensons étrangers à ses malversations. Une enquête est actuellement diligentée en France afin d’évaluer, si possible, la bonne foie de chacun.
Monsieur Fernandez devra répondre devant la justice Mauritanienne d’importation de véhicules munis de faux documents. Il est par ailleurs recherché en France pour vol de voitures et recel, au Sénégal pour falsification de documents pour des affaires antérieures. Sa compagne sera rapatriée vers la France, rapidement j’espère pour elle, car la prison de Nouakchott ne répond pas aux mêmes normes que chez nous. Elle sera poursuivie pour complicité et recel.

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 Sujet du message : Re: Fiction? pas tout à fait.
Message Publié : 19 Mai 2020, 17:07 
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Je vous invite à tous à garder une attitude correcte envers la police de ce pays dont la collaboration a été exemplaire et vous Présente monsieur Ould Mirhi, ministre de l’intérieur, qui est venu vous restituer vos documents.
Ils applaudissent le ministre qui n’en attendait pas autant !
Le buffet et ouvert et le ministre réclame discrètement… quelques bouteilles de champagne, décidément ici tout ce qui est interdit fait recette !

La situation étant maintenant enfin claire ils sont invités à continuer leur voyage.

TOULOUSE
Le couple Loucas prend son petit déjeuner sans mot dire. Le téléphone les sort de leur méditation. C’est leur assureur qui voudrait les rencontrer avant leur convocation par la Police. Il leur propose une transaction, restitution des sommes remboursées contre retrait de la plainte pour escroquerie. C’est déjà une bonne chose, elle appelle ses parents pour se faire avancer quelques deux cent mille francs. Devant la situation catastrophique de leur fille, les retraités se laissent attendrir, ils passeront à leur banque avant midi pour faire un virement.
Toulouse est toujours sous le crachin quand Madame Loucas, pleurnichante, sort du commissariat central au bras de son mari.
Ils seront convoqués devant le tribunal pour fausses déclarations seulement.
Décidément, ces jours ci, quelle que soit la latitude il y a de mauvais rapports entre les belles voitures et l’argent !




NOUAKCHOTT

Dans le commissariat du quartier du Ksar ou ils ont été transportés, la bande de Dany n’est pas la fête. Le décor est sordide, meubles bancals et crasseux, sol d’une couleur indéfinissable, odeurs insoutenables mélange de « sui généris » et de tabac froid…
Ils sont tous toujours menottés et en rang dans une pièce sombre. Ils ont l’air un peu ridicules avec leurs tenues de pilotes d’usine constellées de publicités.
Les inspecteurs qui les reçoivent un par un sont relativement bons enfants, c’est une drôle d’affaire qu’ils traitent, consciencieusement, en compagnie des deux officiers d’Interpol.
Ils n’ont pas l’habitude de mener des interrogatoires dans les règles de l’art comme on leur a appris à l’école de police avec la collaboration des officier Français du STIP. D’habitude c’est plus folklo, les interrogatoires se déroulent plus au gré des relations et du « poids » des clients que de la déontologie policière !
Les entretiens durent de longues heures, c’est l’affaire du siècle ! D’un seul coup voudrait'on régler le problème du trafic des voitures entre le nord et le sud?
C’est pourtant le quotidien de ces régions ou aucun véhicule n’est fabriqué. Le marché du neuf est approvisionné par de grandes maisons très officielles comme la CFAO et est réservé à la classe dirigeante ou aux résidents étrangers. Le marché de l’occasion trouve sa source exclusivement dans des magouilles de véhicules, d’importation douteuse, souvent déclarés volés en Europe et revendu ici à n’importe quel prix.
Les cours de 4x4 sont pratiquement fixes, il faut surtout qu’ils aient la climatisation, ensuite six ou sept places et sept ans maximum. C'est 70 000 francs Français maximum, même si chez nous ils cotent le double à l’argus.
Pour l’acheteur de Nouakchott ou de Dakar le calcul de l'argus est simple.
Article un : cette voiture est volée, article deux : le gars ne l’a donc pas payée. Résultat c’est entre deux et quatre millions de CFA et pas un sous de plus pour une berline. Pour les vielles Renault 12 et le 504 c’est 400 000 CFA… de quoi passer quelques jours au soleil, faire quelques conquêtes et payer le billet d’avion pour rentrer en Europe, pas plus.

A Atar les affaires vont bon train, les 504 et autres épaves du « commando » se négocient en quelques heures. Les transactions ont lieu sur la piste de la station service ou les « hommes d’affaire » se sont rassemblés.
L’équipe de loubards tatoués a vite trouvé de la bière malgré l’interdiction dans le pays et également un Hollandais de passage, qui les approvisionnent en Herbe Marocaine de première qualité.
L’alcool et les pétards aidant: c’est la fête ! Il ne leur reste plus qu’a se faire passer pour de joyeux babas cool et prendre une taxi brousse pour rejoindre l’aéroport et sauter dans un avion.
L’agression des forces de l’ordre à Nouadhibou n’a pas l’air de défrayer la chronique dans cette ville du bout du monde.
Le monde est petit, voici qu’arrivent nos camionneur en Stradair avec en remorque les archéologues dont l'Opel n'a pas supporté le voyage.
Le plus pur des hasards les conduit chez le Batave pour refaire leur stock ou pour livrer, qui sais quoi ?
-Salut les gars, bon voyage ?
-Nous avons chargé sur le train jusqu’a Choum pour sauver le moteur qui chauffe au moindre sable !
-Pouvez vous nous descendre à l’aéroport, nous avons vendu toutes les voitures ?
-On doit pouvoir s’arranger, les archéologues restent à Atar et il y a de la place dans la caravane.

Trois jours plus tard le vieux Berliet fait son entrée dans Nouakchott avec douze personnes à bord la caravane arrimée à l’arrière servant d’autobus. Ils n'ont pas pu prendre l’avion à Atar ! La police locale au courant de la vente des voitures voulait, elle aussi, une part du gâteau … C’est entassé dans la caravane qu’ils auront subit la piste jusqu’a Akjoujt puis enfin sur le goudron ce sera le grand confort. Cap sur Nouakchott.

Il va falloir négocier les billets d’avion, il n’y a pas vraiment de tarif c’est en fonction du nombre de sièges vides. Les chefs d’escales des nombreuses compagnies en présence cherchent tous à remplir leurs appareils qui font escale en venant de Dakar direction l'Europe.

Au commissariat du quartier du ksar les rallye-men retrouvent enfin la liberté, ils ont tous prouvé qu’ils étaient de bonne foi et toute la responsabilité retombe sur Dany.
Éblouis par la le soleil de plomb qui inonde les rue en plein midi ils se retrouvent à pied pour aller récupérer ce qu’il reste de leur effets personnels dans les 4X4. Les voitures, pourtant stationnées devant le poste de police, ont été fracturées et pillées sans pitié. Ils n’ont qu’un seul but c’est de rentrer en France rapidement avec ou sans l’aide du consulat et quel que soit le moyen ou le prix.
Leur leader en prison ils se retrouvent sans billet de retour !

Les négociateurs des deux bandes se retrouvent dans les bureaux de Tunisair et un des tatoués prend l’initiative d’une alliance commerciale.
-Combien de billets vous faut il ?
-Quatorze et si possible sur Marseille ou Toulouse.
-On s’en fout on change à Tunis donc on doit pouvoir se grouper pour obtenir un bon prix.
Le billet initialement prévu à 6300 francs Français, non négociable se retrouve rapidement divisé par deux, c’est le début !
Le Marchandage est long, le Tunisien ne veut plus rien lâcher sauf si… ils acceptent d’embarquer sur des vols différents dans les trois ou quatre prochains jours. Voilà la belle affaire pour les uns mais n’en est pas une pour les autres qui sortant de tôle désirent quitter ce pays dans le plus bref délais.
Le groupe ainsi dégroupé, obtient un meilleur prix que le tarif groupe… logique Africaine !
Ils voudraient quand même aller marchander chez Air Algérie ou Ibéria mais le temps presse, les tensions apparaissent et compromettent la belle association de ce G.I.E improvisé. Ils concluent enfin pour un Nouakchott/Tunis et ensuite chacun se dispersera à partir de Tunis sur Paris, Lyon, Marseille, Toulouse… Sans trop savoir quel horaire ni quel jour. Les tarifs sont descendus à 40000 Ouguiyas Mauritaniens, environ 1200 Francs Fr.

Il leur reste à passer de longues heures à l’aéroport saturé. Une foule bariolée campe dans le hall de l’ « aérogare » Les voyageurs ont l’habitude d’arriver plusieurs heures, voire plusieurs jours à l’avance et de camper sur place. L’attente sera longue.












ROSSO/SAINT LOUIS





S’étant copieusement faits racketter au passage de la frontière à Rosso, à cause d’un « mauvais regard » envers un douanier, Choïchoï et Jacquot, sont rejoints par les Gomez dans la file d’attente du bac. Le transbordement se passe bien, ils ont donné en petit cadeau un walkman certainement hors d’usage... Ils roulent sagement vers Richard Toll, Saint Louis et Dakar.

Les Aventurier Montpelliérains les voient passer à Saint Louis ou ils sont attablés à la terrasse de l’hôtel de la Poste. Juste un petit coup de klaxon en guise d’au revoir. Les amitiés se font et se défont aussi vite… Les rencontres sont aussi éphémères que les images des paysages traversés.
L’hôtel de la Poste est une institution à Saint Louis. Saint Exupéri et les pionniers de l’aéropostale y avaient leurs habitudes entre deux guerres. Le must de l’établissement est de vous proposer de dormir dans la chambre autrefois occupée Saint’Ex !
Ils ont passé deux jours à visiter la langue de Barbarie, le Parc du Djouj et quelques autres sites animaliers. L’hydrobase en ruine des Latécoère, leur a rappelé qu’avant Airbus il y a eu des hommes courageux dans le ciel d’Afrique et sur L’atlantique. Ces aviateurs volaient de longues heures à l’estime, sans GPS ni VOR. Combien l’ont payé de leur vie ?
Après Saint Louis et Dakar les capots de leurs belles machines devront se tourner vers le soleil levant pour pénétrer le continent Africain, une nouvelle aventure commencera.
-Plus que 11000 kilomètres devant nous, annonce Gégé, la vie continue !

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 Sujet du message : Re: Fiction? pas tout à fait.
Message Publié : 20 Mai 2020, 07:21 
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Toujours aussi passionnant ton récit romancé ...mais trés véridique ..
Vivement ce soir ou demain pour la suite ...merci encore Jo.


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 Sujet du message : Re: Fiction? pas tout à fait.
Message Publié : 20 Mai 2020, 20:50 
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DAKAR

Des embouteillages géants annoncent la proximité de la ville, l’air est chargé de gaz d’échappement et de poussière. Des policier en transes essayent de régler la circulation en s’époumonant dans leur sifflets. Des concerts de klaxons leur répondent.
Coincés portières contre portières les beaux 4x4 craignent pour leur carrosseries, dans ce désordre il est impossible de bouger.

Une insulte est proférée  au moment de démarrer  par un courageux qui a réussi à s’extraire de l’enchevêtrement d’épaves qui bloque l’intersection.
-Saloperie de blanc !
Le ton est donné, l’accueil Sénégalais n’est plus ce qu’il était. Depuis des années la situation des « Toubabs » vivant ici devient difficile.
Pour quelle raison les blancs, à qui l’on faisait de grandes courbettes, sont devenus l’objet de mépris, d’agressions verbales et parfois physiques? Ce pays s’alignera pourtant sur la position occidentale pendant la première guerre du golfe contrairement à ses voisins. Relents de décolonisation?
Ceux qui en souffrent le plus sont les « petits blancs » Ce sont des Européens, attirés par l'exotisme, qui vivotent mais ne peuvent pas se payer des villas gardées comme des bunkers et qui n’ont pas les moyens d’avoir des boy’s pour aller faire leurs courses. Eux sont en contact direct avec la population.
La plupart sont Français, ils vivent ici car ils ont perdu leur place dans notre société où viennent passer une retraite au soleil. D’autres se sont expatriés pour oublier un échec de leur vie ou la situation financière catastrophique qu’ils ont laissé en France. D’autres ont pris l’option de vivre du RMI au soleil et se paye le luxe d’ironiser sur les gens qui travaillent et cotisent pour faire marcher le système.
Les plus fortunés sont aussi touchés, après avoir été pendant longtemps sollicités par les mendiants ils ont à faire depuis peu à une jeunesse désœuvrée et agressive. Malgré leur double nationalité et leurs postes importants qui leurs permettent d’avoir chauffeur et gardes du corps, certains envisagent de quitter le pays. Ils devront abandonner leur train de vie de seigneurs. La plupart, pourtant, sont né ici et en sont à la troisième génération de Franco-Sénégalais. Ils ont laissé pas mal de plumes à l’indépendance dans les nationalisations mais on su entreprendre sur de nouvelles voies pour conserver leur train de vie et une grande partie de leur patrimoine. Il semblerait que les Sénégalais les poussent vers la sortie avec plus ou moins de ménagement.
C’est la fin d’une époque post-coloniale qui bien que douloureuse a été passionnante à vivre. C’est un tournant plus ou moins bien négocié par ce pays.

-Je ne leur en veux pas de nous chasser, disait un vieux colon, mais d’échouer dans toutes leurs entreprises pour ce pays !

Après quelques embouteillages, ils finissent par rejoindre un super hôtel sur la falaise dans le quartier chic ou tout est calme. De très belles villas trônent derrière de hauts murs au milieu de jardin luxuriants. Elles sont toute gardées par de homme en uniforme, vigiles ? Militaires ? Le calme et la beauté des lieux contraste sérieusement avec les autres quartiers, mais pour combien de temps ?
Une limousine Mercedes aux vitres teintées déboule en trombe.

-C’est Yasser Arafat, le leader palestinien, il se planque ici quand il n’est pas à Tunis, commente le gardien de parking.

Gégé a choisi ce qu’il appelle un « hôtel de folie » pour que tous reprennent leur souffle avant l’Afrique sub-saharienne. Comme douche écossaise on ne peut mieux faire.

-Demain départ sept heures direction Tambacounda, c’est du goudron, mais de mauvaise qualité et surtout la circulation est intense soyez prudents !

Les tenues sont irréprochables, les véhicules lavés par les gardien de parking les voilà en route. Les villages défilent dans des paysages de brousse, le long de la route des femmes avec d’énormes chargements sur la tête marchent résignées.
Cette route est une curiosité, elle fut goudronnée sur un terrain quasiment pas nivelé. Les vagues et les ondulations naturelles du terrain la rendent particulièrement désagréable et dangereuse. Ils admirent à la faveur d’un bosquet un magnifique lynx, ce gros chat avec des oreilles qui semblent se terminer par de plumes.


TAMBACUNDA

Ce soir bivouac banal au camping de Tambacounda. Ils y rencontrent des Français en voyage de chasse... Le Sénégal remplacerait'il la Thaïlande? La bande de quinquagénaires fait une fête effrénée avec de très belles et jeunes femmes. L’alcool coule à flot, on est loin de la Mauritanie et de tous ces interdits... « C'est l'amour qui gratte à la porte! »
Le soleil dans les yeux, ils prennent la direction de Kidira, le poste frontière avec le Mali. Il y a de moins de circulation sur la route qui se transforme de plus en plus en piste. Les camions et les voitures qui vont vers l’est préfèrent charger sur le train jusqu’à Bamako pour éviter la zone Kayes/Kita.
Le voyage sur le train est à faire au moins une fois dans sa vie ! Entre les pannes et les effondrements de ballast cette vois ferrée qui date de l’époque coloniale traverse belle brousse. A chaque arrêt c’est une nuée de colporteurs qui essayent de vendre nourriture et sodas aux passagers dans une atmosphère haute en couleurs et en odeurs.
Le changement de pays se fait à « l’Africaine » dans la bonne humeur avec ses fiches de renseignement, vérifications de passeports. Le tout est consigné sur un immense registre et il reste à acquitter les « taxes » diverses et variées.

LE MALI

La piste rapide fraîchement nivelée file vers Kayes.
Il y a une structure touristique à Kayes, c’est une sorte d’auberge de jeunesse et de camping verdoyant au centre duquel une immense case ronde en béton abrite quelques chambres qui ressemblent à des cellules de prison hideuses. L’état des locaux est déplorable, toutefois on peut installer des tentes sur le toit terrasse qui convient mieux a nos standards sur l’hygiène. Les compagnons de Gégé vont préférer dormir à l’hôtel.
Le choix de l’hôtel du Rail n’est pas forcément une bonne idée sur le plan confort, par contre on y rencontre tout ce qui peur circuler au Mali. La soirée est agréable on y discute avec des riches commerçants Libanais qui gèrent le bizness local ils possèdent les magasins les plus lucratifs du pays. C’est le point de chute de quelques célébrités locales. Kayes est l'un des carrefours d'affaires du Mali à la jonction de la Mauritanie du Sénégal.
A Kayes il fait chaud toute l’année, la pierre de construction de l’hôtel garde la chaleur ce qui donne la nuit l’impression de dormir dans un four. Les climatiseurs de l’établissement ne soufflent que de l’air tiède chargé de poussière… ce n’est pas un bon plan cet hôtel mais il n’y a que celui là.
Le voyageur qui préfère prendre la piste que le train ne sera pas déçu, il y voit des phacochères, des singes, des gangas des perroquets des troupeaux de pintades et toutes sorte d’oiseaux. Une population de Malinkés déambule de village en village, en mobylette ou en char à bœufs, on n’est jamais seul sur ces multiples et longues pistes.
A Médine devant l’ancien fort Français, une colonne entre deux canons, porte sur ses quatre faces de grandes plaques en bronze à la gloire du chevalier des Essarts et du Général Faidherbe qui dirigeât l’AOF (1854/1871) C’est avec émotion qu’ils écoutent Gégé qui fait son cour d’histoire agrémenté d’appréciations personnelles  vite corrigées par Flo qui connaît bien le sujet. De la création du port de Dakar aux campagnes en brousse, tout y passe.
-Ces mecs là c’était de lions, ils ne venaient pas ici avec deux cent chevaux sous le pied et le pastis au frais ! Nous sommes des rigolos à coté d’eux. Ne nous prenons surtout pas pour de grands baroudeurs !

La piste suit le fleuve puis s’écarte dans la brousse, au gré du relief, elle franchit mainte fois la voie ferrée qui sert de fil d’Ariane. De village en village les 4x4 circulent à faible allure car cette piste n’est absolument pas entretenue il s’agit plutôt de traces qui changent de place en fonction des saisons.
La nuit au bivouac est ponctuée de cris d’animaux et le bois ne manquant pas c’est un grand feu qui sécurise et éclaire la soirée. Leur rythme de vie a complètement changé, on sent le groupe beaucoup plus solidaire, plus conciliant. Les excès de boissons, de langage et de comportement des premiers jours sont bien loin. Tout le monde est beau tout le monde est gentil. Seul Raoul persiste à se tenir à l’écart et reste seul, il savoure à sa façon ce morceau d'Afrique.
C’est la déconnections qu’ils étaient venu chercher, ils ne savent plus ni le jour ni la date, c'est bon signe. Les questions se posent en nombre de jours de pistes plus qu'en kilomètres restant à faire. Le soir ils regardent les cartes, ces cartes qu’ils croyaient avoir apprises par cœur à force de préparer ce grand voyage. Des noms magiques apparaissent : Bamako, Niamey ,Gao, Tombouctou, Agadez, Dirkou... ce sont les paroles de la musique de l’aventure.

Le niveau de vie des Maliens en brousse en surprend plus d’un, dans cet océan de misère les enfants n’ont pas l’air plus malheureux que les techniciens Canadiens dans leurs magnifiques camions de chantier équipés en camping car siglés de la feuille d'érable.
Ils viennent installer le réseau téléphonique, le local high-tech des télécoms parait incongru entre les cases traditionnelles. Il est surmonté d’un gigantesque pylône couronné de paraboles et entouré de panneaux solaires. Des siècles séparent cette technologie du quotidien des villageois car ici le temps semble figé.

Loin, est le maître mot, quand on est loin de chez sois, il faut faire attention à tout, préserver santé et sa voiture qui est l’élément primordial de survie et de sécurité. Les fautes d’inattention, les écarts de conduite, les incidents et surtout les accidents se payent au prix fort quand on loin de son cocon. Ici il ne faut compter que sur soi.
Fini de jouer, tout le monde a compris qu’en milieu hostile il faut être sérieux, se mettre en retrait pour laisser leur chef régler les questions épineuses. Il ne faut ne pas improviser et exploiter au mieux les expériences des plus chevronnés. 
-Il y a deux ans nous sommes tous tombé en panne pas très loin, à Bafou Labbé, nous avions pris du gas-oil pourri et plus aucune bagnole ne marchait. Coté bonshommes c’était pas mieux, des fantaisie alimentaires avaient eu raison des estomac des plus costauds. Entre mécanique et soins nous sommes resté deux jours immobilisé non loin du village.

Les multiples traces se croisent et se recroisent dans une végétation de plus en plus dense, quand ce n'est pas un phacochère c'est un petit singe qui se balade sur la piste. Il faut sauter et ressauter la voie ferrée mantes fois. La voie les guide entre Kayes et Bamako, les villages s’égrènent le long des rails.
Quand ils arrivent à Bafou-Labbé ils doivent négocier le droit de passage sur le pont du chemin de fer.
Le militaire de garde a décidé de mettre la barre très haut, il fait semblant de confondre 200 Francs CFA, quatre de nos francs avant la dévaluation, et un beau billet de 200 Fr Français à l’effigie de Montesquieu soit 40000 CFA.
Il ne veut pas en démordre, c’est le tarif; C’est ça ou le passage à gué.
Le passage à gué est une opération risquée car les eaux sont troubles et le moindre écart de trajectoire se solde par un moteur noyé voire détruit si l’eau pénètre dans la cylindrée. Dans le meilleur des cas les moquettes imprégnées qui dégageront une odeur de moisi pendant le reste du voyage.
Une tentative de reconnaissance à pied dans l’eau, jusqu’a la taille, leur fait comprendre qu’il ne leur reste que la solution de payer. Il faut marchander un prix pour le groupe de voiture.
La discussion n’aboutit pas, le gars maintient son tarif exorbitant. Bernard à pris le temps d’aller « en ville » pour discuter un peu avec les habitants. Il connaît maintenant le vrai prix du passage sur le pont, et s’est renseigné sur les horaires des trains. Il retourne sur le ballast rejoindre la troupe. Il vient de décider de prendre l’initiative un peu comme les convoyeurs qui ont forcé le passage à Bouchon.
Le racket excessif donne de drôles d’idées à nos aventuriers si paisibles. Le « Toubab » perd facilement son calme quand il se sent piégé.
Gégé un peu embarrassé le laisse faire.
-Montez dans vos voitures et quand je démarre suivez moi sans explication ni hésitation.
Sont calcul est simple, 200 CFA est le vrai prix par voiture, ça fait 1400 CFA pour le groupe, royal, il arrondit à 2000. (40FR F)
Il lance son moteur, le garde du pont pense qu’ils vont faire demi tour pour passer à gué. Bernard s’en approche comme pour lui parler. Rapidement il lui fourre énergiquement dans la poche de sa chemise les 2000 CFA, lui donne une très courte explication sans droit de réponse et démarre en trombe. Cette équipe est maintenant Africanisée, ils ont tous compris qu’ici l’avantage est à celui qui réfléchit et décide vite. Ce n’est pas la qualité première de leur interlocuteur. Ils foncent sur le pont, deux roues sur le ballast deux roues entre les rails.
-Benzaï ! Hurle Michel dans le micro de sa VHF. C’est inutile car la manœuvre a été bien comprise.
Le garde, dépité compte son argent : Les Toubabs ne sont pas faciles ces temps ci.

Une bande de phacochères a décidé de prendre la même piste qu’eux, ces cochons n’ont pas peur des véhicules, ils trottinent devant le 4X4 de Bernard sans se presser.
Le charme de la brousse Malienne prend toute sa dimension, ils réalisent combien ils sont fragiles, ici, loin de tous les repères de notre civilisation. Ces journées de brousse resteront longtemps dans les mémoires, elles donnent une importance exceptionnelle au temps qui d'habitude leur est compté.
Dans ce décor rien n’a changé depuis des centaines d’année. La création de la voie ferrée, au temps des colonies a juste légèrement bouleversé le paysage. Les nombreux ponts qui enjambent les ravins sont de véritable œuvres d’art de maçonnerie, cent cinquante ans après, les ouvrages n’ont que peu subit l’outrage du temps. Quelques arbustes arrivent toutefois à raciner dans les joints entre les pierres c’est joli pour le décor mais et risquent de dégrader les piliers si personne ne s’en occupe.

A Kita un relais de chasse sert d’hôtel, enfin une douche… froide dans des cabines sommaires au tour d’une piscine…vide.
L’endroit ne figurera pas dans le guide des relais et châteaux.
Les chambres sont en si mauvais état que le bivouac se fera devant la porte de l’établissement entouré d’une nuée d’enfants venus chercher leur « Kado »

Le gérant leur propose les services du restaurant, Gégé est obligé de décliner l’offre prétextant des troubles digestifs.
-On ne va pas recommencer la séance du dernier voyage : trois jours malades comme des bêtes!
Pour conserver une bonne relation avec le commerçant ils lui achètent des boites de soda qu’ils distribuent aux enfants.

 
Après trois jours de brousse ils rejoignent la grande piste qui vient de Mauritanie via Nioro du Sahel. C’est une large piste de latérite, bien entretenue, mais sur laquelle il faut laisser des espaces importants entre les véhicules pour ne pas bouffer trop de poussière. A partir de Kati, la circulation devient intense et ils approchent de Bamako.
Le goudron est craquelé, les ruelles sordides avec leurs écoulements d’eaux usées, la surpopulation évidente. La pollution engendrée par les véhicules en mauvais états et les innombrables mobylettes rend l’air irrespirable. Dans le quartier de l'hippodrome quelques consulat et Ambassades relèvent le standing de la ville. Les rues sont poussiéreuses et jonchées de détritus.
Le long du fleuve un supermarché attire leur attention. C’est plus la curiosité que le besoin qui les fait arrêter. La propreté du parking et l’aspect extérieur de l’établissement tranche avec les commerces avoisinants.
Quand ils poussent la porte ils se retrouvent dans un autre monde, ambiance musicale, rayonnages regorgeant de marchandises, produits frais et surgelés et au fond un rayon de vins et d’alcool bien achalandé.

C’est le miracle des commerçants Libanais. Ils ont un système d’approvisionnement par avion et vous proposent les produits laitiers frais dans les mêmes conditions que chez nous… sauf le prix ! Le port par avion enchérit tous ces produits. Ils sont réservés à une clientèle aisée proche de la classe dirigeante ou travaillant dans les représentations diplomatiques.
Michel se croyant malin demande en plaisantant au patron qui lit le Figaro,
-Les nouvelles sont fraîches ?
-Oui et je peux vous dire qu’il neige partout dans votre pays, la vallée du Rhône est bloquée depuis hier !
-Il est de quand votre journal ?
-D’aujourd’hui, pourquoi vous avez l’habitude de lire de vieux journaux  chez vous? Dit il avec malice,
-La presse c’est comme les yaourts, ça arrive tous les matins mon cher ! En plus c’est gratuit car Air France nous distribue à chaque escale les journaux abandonnés par les passagers.

Il ne manque rien dans ce temple moderne du commerce, même un boy vous porte vos courses jusqu’à votre véhicule, soumis et résigné, comme au temps bénie des colonies. L’Afrique est pleine de ces petits boulots.

Au crépuscule ils sortent de la ville pour chercher un lieu de bivouac. Pas facile de trouver un coin tranquille, il s’éloigner de la route pour finalement s’arrêter au milieu des cultures faute de mieux.
Ce sont de milliers de moustiques qui ce soir leur tiendrons compagnie, tous les répulsif et autre lotions n’en viendront pas à bout.
-J’espère que vous prenez sérieusement vos antipaludéens, demande le toubib, car ici ça ne pardonne pas. C’est la malaria assurée.
Le paludisme reste la première cause de mortalité au monde, mais comme il ne touche pas trop les pays riches, la recherche ne se déchaîne pas sur le sujet. De temps à autres on lit dans la presse la mise sur le marché de nouveaux traitements mais toujours pas de vaccins.
Les moustiques vont les harceler encore plusieurs jours.
Pendant qu’il rangent leur bivouac quelques autochtones passent à coté d’eux en mobylette, indifférents. Ils circulent dans entre les cultures et la foret à leur aise avec leurs engins fumants, pétaradants et sans phares.

-Demain matin on roule à sept heures, annonce le chef, direction Mopti et le pays Dogons !


BANDIAGARA

Bandiagara est une jolie ville Malienne, on y trouve de tout, c’est le point de départ des nombreuses agences qui organisent des circuits en pays Dogons. Le tourisme a su se développer en évitant d’encourager la mendicité contrairement à beaucoup d’endroit de ces régions. Le Malien est rigolard et parait même sincère dans sa démarche pour aider le toubab de passage.
Juste à la sortie de la ville se trouve un poste de police puis la piste de terre rouge file vers Sanga.
Le relief, permet de prendre un peu d’altitude pour profiter de panoramas à couper le souffle, on a l’impression de survoler la brousse à perte de vue. A l’approche des petits villages les fonds de terre proches des ruisseaux sont exploités en jardins potagers aux couleurs vives.
Dans la falaise, creusé dans la roche subsiste d’anciens habitats troglodytes.
A Sanga les mauvaises habitudes touristiques ont fait école, les marchands du coin attendent les 4x4 des touristes avec des tas d’objets hétéroclites dans des vêtements faussement couleur locale. Cela va des portes en bois ouvragé au tee-shirt arborant le portrait de Guevara ! C’est dommage la magie du lieu est suspendu le temps de traverser ce village.
Sanga est le terminus des tours-opérator, il faut vite oublier cet intermède pour se lancer sur les traces qui partent vers Douenza en longeant la grande falaise. Il n’y a pas franchement de piste tracée, chacun en fonction de son véhicule choisi une trajectoire adaptée entre les ravines et les arbres. De multiples croisements de sentiers relient les minuscules hameaux de quelques cases, ce sont de vrai labyrinthe. Le terrain souvent cassant éprouve les belles mécaniques. La vitesse ainsi réduite permet de profiter du paysage.
Depuis le départ de Montpellier, pas un d’entre eux n’a connu de soucis mécaniques, chacun se félicite du sérieux de la préparation de sa monture. Sur les conseils que Gégé leur a donné pendant les soirées de mise en condition ils ont tous fait le nécessaire en évitant de tomber dans le piège des belles images des catalogues qui proposent bien des gadgets, chers et parfois dangereux, souvent au détriment de la fiabilité des véhicules.
En matière de 4X4 les charlatans ne manquent pas, ils proposent tantôt des suspensions miracle, des améliorations moteur qui permettent des performances exceptionnelles. A croire que le constructeur du véhicule est un petit bricoleur et qu’eux, les rois du cambouis, sont des génies.
C’est un bon groupe, qui ayant les moyens financiers a bien fait préparer les voitures.

Gégé a emmené au fil des années beaucoup de monde sur les pistes Africaines, avec quelques désillusions parfois mais aussi une nouvelle vision de la nature humaine. Dieu que le comportement des gens peut changer en fonction des situations inhabituelles.
C’est la première fois qu’il accepte qu'une qui ne fait pas partie du groupe se joigne à eux en cour de voyage. Cette Florence, intello solitaire, l’intrigue et l'attire.

L’éloignement, le changement de mode de vie, la promiscuité, l’hygiène et le confort sommaire, les aléas de la météo, ceux de la géopolitique des pays traversés sont des révélateurs de caractère.
La chaleur, souvent éprouvante pour nos organismes, déclenche des sautes d’humeurs imprévisibles, connues dans le microcosme des raideurs Africains sous le nom de « Saharite » ou de « Toccata ».
Ce sont des indispositions passagères engendrées bien souvent par le manque de confiance en sois et qui disparaissent comme elles sont venues.
Ils se souviendront du jeune Manu à l’aspect mollasson et soumis, écrasé par la forte personnalité de son père, plongeant sans hésiter dans l’océan tout habillé pour élinguer une des malheureuse voiture de Dany dans des conditions dangereuses. De Florence qui ne savait que régler le thermostat du chauffage de son appartement parisien, devenue une vraie pyromane, ne passant pas un bivouac sans allumer un beau feu. De la jolie Corinne, toujours souriante, qui ne l’allume pas moins … de Michel qui loin de sa vie de biznessman bourré de fric est jovial et décontracté on ne peu plus. Qui ne l’a vu éplucher des légumes et faire la vaisselle, ne peut comprendre.
La transformation de Christian, pourtant flics dans l’âme, qui finit par admettre que notre société réglementée n’est pas toujours le bon modèle. Il existe des comportements qui s’ils nous choquent sont ici admissibles car justifiés par la survie et le manque d’autres solutions.

Une halte dans un village leur fait découvrir « la foire à la mobylette » A l’ombre des manguiers, le sol est recouvert d’innombrables pièces détachées. Des moteurs, des phares cabossés, des courroies, des roues en veux tu en voilà.
Ce bric à brac permet de faire rouler les vieux cyclos venus du Burkina voisin ou ils sont fabriqués.

A QUELQUES MILLIERS DE KILOMETRES AU NORD

Bien loin de Toukouto et de sa brousse, nos convoyeurs sont arrivés à Tunis en ordre dispersé. Ils ne sont pas resté bien longtemps seuls, l’enquête d’Interpol a été suivie par les correspondants Tunisiens, mais surtout mal suivie. Les malheureux rallye-men se retrouvent à nouveau embarqué direction le commissariat le plus proche, ce n’est que deux jours après qu’ils ne pourront reprendre leur voyage rentrer en France quand l’ambiguïté du dossier sera levée. Pourvu qu’en arrivant à Marseille, la PAF ne leur réserve pas d’autre surprise ?

Dany a finalement un traitement de faveur, il est resté seulement quarante huit heures en cellule à Nouakchott et expédié par le premier vol direct vers la France. En compagnie des inspecteurs d’Interpol il se retrouve, vite fait, dans le cabinet d’un juge d’instruction à Lyon.
Le dossier est impressionnant, depuis des années Daniel Fernandez faisait « passer » des véhicules tout terrains en Afrique sous le couvert de faux rallye. Les douanes Espagnoles faisaient semblant de ne rien voir mais enregistraient tous les passages à Tanger. C’est plus de deux cent 4x4 volés et maquillés qui ont été exporté par cette combine au fil des ans. Les bénéfices engendrés sont énormes et le juge voudrait bien savoir à quoi a servi tout cet argent qui disparaît dés son retour en France.
Une enquête des RG de Béziers l’a mis sur une piste sensible.
Dany qui s’était converti à l’islam depuis quelques années, pour épouser une jeune Algérienne, finançe tout simplement un réseau de trafic d’armes entre des Algériens dits « Afghans » et les banlieue chaudes de France. Sous le couvert de son entreprise de carrosserie, ou il emploie quelques maghrébins en situation irrégulière, des amis de son épouse, et il couvre ainsi une équipe de recruteurs qui sévissent dans une mosquée de Montpellier.
La peine encourue sera prononcée quelques mois plus tard: Compte tenu du niveau du trafic et de la multiplicité des charges : 15 ans ferme le temps de... réviser le coran en centrale.

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A quand le prochain départ?


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